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La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv

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Le bénévole de la chaussée

Tchognang Paul

Il a fait du bouchage des creux sur la voirie urbaine de Douala son activité, un bénévolat que d’autres qualifient de mendicité déguisée. Dix ans après, il cherche un emploi rémunérateur.

 

Vallée Bessengué, un jeune homme habillé d’un treillis bleu de technicien a entreposé un tas de caillasses en pleine chaussée et une plaque y est dressée avec un message évocateur : “ Razel, Ketch et les Chinois veulent ma peau ”. Il existe entre lui et les automobilistes une grande complicité. Certains se pressent même pour lancer quelques pièces de monnaie dans son panier qu’il vide aussitôt et glisse le contenu dans sa poche. “ Avant que la communauté urbaine n’engage la réfection des routes détériorées, n’eut été son action, il y a plusieurs axes de la ville de Douala qui auraient été bloqués depuis longtemps”, lance un taximan.

Depuis plusieurs années, les populations de la ville de Douala se sont familiarisées à sa présence sur les différents axes de la voirie urbaine. Lorsque la détérioration de la voirie urbaine était à son comble, il n’y a pas un axe où il ne s’est déployé : Ndokoti – Pk5, Bp Cité – Entrée Camrail, Rond point direction des douanes, Tunnel – Carrefour Ccc… Sa mobilité dans la ville et ses messages suscitent une très grande curiosité. “ Mon enfant a trop chauffé cette nuit ”, “ Je n’ai pas d’argent pour payer l’ordonnance ”. A la rentrée scolaire, on pouvait lire : “ Mon enfant ne va pas encore à l’école ”, “ Mon enfant n’a pas encore de livre ”. Sa plaque est un atout dans le soutien que lui apportent les usagers. “ Lorsque je mets simplement la caillasse, les gens sont indifférents et mes recettes journalières chutent. D’autres m’obligent de poser ma plaque sinon, ils ne contribuent pas”, révèle Ingénieur.

 

« Ingénieur » cherche du travail

Paul Tchognang, qu’on connaît plus sur le pseudonyme “ Ingénieur ” est âgé de 33 ans, marié et père d’une fillette d’un an et six mois. Il a une formation de menuisier-tapissier. Faute de moyens financiers pour ouvrir son atelier, il se met à pousser avec un porte-tout. Devant la forte dégradation de la voirie urbaine dont il subissait aussi les affres, il décide de se lancer dans la fermeture des creux sur la chaussée. “ J’ai commencé, il y a dix ans au niveau d’Ipd où je n’avais pas pu passer avec mon porte-tout ”, affirme-t-il. C’est ainsi que naît en lui cette flamme du bénévolat. “ Ce n’est pas que cela rapporte plus que le porte tout, mais j’ai senti un besoin d’être utile à la cité ”, souligne Tchognang. Il avoue que ses recettes journalières varient entre 1000 et 2000 Fcfa. Toutefois, il y a eu des rares occasions où il a reçu d’un usager une somme de 5000 ou de 10.000 Fcfa. “ Cela est arrivée une ou deux fois ”, avoue-t-il.

Depuis que la Cud a engagé les grands chantiers dans la ville, il a vraiment du mal à joindre les deux bouts. Ce qui le contraint souvent au chômage. “De temps en temps, ce sont les taximen qui me signalent de nouveaux endroits où la chaussée est fortement dégradée ”. Maintenant, il dit chercher un emploi. “Depuis que je fais ce travail, j’espérais qu’une personne me proposerait un emploi”, déclare Tchognang. Pourtant une rumeur faisait état de ce qu’il avait refusé un recrutement à Ketch. “ C’est faux. D’ailleurs, j’ai le contact de plusieurs cadres de la Cud qui m’ont promis de m’insérer quelque part, mais jusqu’ici je n’ai toujours reçu aucune proposition ”, clame-t-il.

De même, il rejette les avis de ceux qui qualifient son action de mendicité déguisée. “ Je ne le vois pas ainsi. Les mendiants ne travaillent pas, mais moi je rends des services en espérant que des âmes de bonne volonté seront sensibles ”, souligne Ingénieur. Avant de conclure : “ Ce que je fais, c’est pour fuir la maison et éviter les problèmes, voire les tentations diverses ”.

 

Par Mathieu Nathanaël NJOG

Le Messager du 05-03-2008

 

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