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Un artisan pour la résolution pacifique de cette crise

CRISE DES REGIONS ANGLOPHONES         

Partisan du fédéralisme, mais contre la partition du Cameroun dont il chérissait l’unité nationale,  le feu Cardinal Tumi s'est particulièrement investi pendant sa retraite dans la recherche des solutions pour une sortie de crise pacifique dans le conflit qui divise le pouvoir de Yaoundé et les régions anglo-saxonnes.

 

Feu Mgr Christian Tumi n'a jamais véritablement profité de sa retraite.  La faute à la crise anglophone qui secoue le Cameroun depuis cinq ans. Feu le Cardinal Christian Tumi avait en effet mobilisé ce qu'il lui restait de forces pour tenter de ramener la paix dans ces régions dont il était culturellement attachées, lui, le digne fils de la région anglophone du Nord-Ouest où il naquit en 1930, dans le petit village de Kikaikelaki. A sa mort, on retient de lui ses inlassables tentatives de médiation entre les sécessionnistes anglophones et le gouvernement de Yaoundé. C’est le cas de la «All anglophone Conférence» ou Conférence général anglophone qu’il avait projeté d’organiser en unissant toutes les forces vives de ses régions aussi bien les leaders religieux, traditionnels, sécessionnistes et de la société civile  anglophones pour créer un cadre de dialogue, malheureusement, pour des raisons sibyllines, cette heureuse initiative, saluée par plusieurs experts de médiation de la paix e zone de conflit s’est heurté devant la frilosité du pouvoir de Yaoundé. Par deux fois, les assises de cette conférence ont été interdites en 2018.

Mendiant de la paix, cela ne va pas l’empêcher de participer au «Grand Dialogue National» dont plusieurs observateurs étaient unanimes pour dire que le Gouvernement s’en était inspiré. En prélude à cette rencontre nationale, le feu Cardinal Tumi avait proposé au gouvernement une étude de 400 pages pour mieux appréhender la crise. Résultat des courses, les fruits n’ont pas porté les promesses des fleurs. Le conflit est encore plus sanglant et meurtrier, faisant à ce jour plus de 3 000 morts et conduit plus de 700 000 personnes à l’exil forcé aussi bien à l’intérieur du Cameroun que hors de nos frontières. Ce qui met régulièrement les deux camps à l’index de crimes contre des civils innocents par les ONG internationales. Au sortir de cette jamborée nationale, Cardinal Tumi avait appelé les bandes armées séparatistes a déposé les armes et invité le gouvernement à mettre au plus vite en application les principales résolutions qui portaient sur «l’octroi d’un statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest et la suppression du statut de délégué du gouvernement nommé prévu dans le cadre du régime spécial applicable à certaines agglomérations». Surtout que cette solution apparaît comme un juste milieu entre la centralisation du pouvoir reproché à Paul Biya et le fédéralisme exigé par de nombreuses populations autochtones des régions anglophones.

Réputé pour sa liberté de ton et ses positions tranchées, le gouvernement comme les groupes sécessionnistes le soupçonnaient mutuellement de défendre les intérêts du camp adverse. Son investissement dans cette crise avait failli lui coûter la vie. Après son enlèvement de courte durée par des séparatistes anglophones les 5 et 6 novembre 2020 entre Bamenda et Kumbo, dans la région du Nord-Ouest, le Cardinal Tumi va dans ses multiples sorties médiatiques appeler le Président Paul Biya à déclarer l’amnistie pour qu’il ait la paix. Ce qui permettrait à l’armée et aux bandes armées séparatistes de déposer les armes afin de permettre un retour à l’école des enfants. Il ne fait pas de doute qu’au cours des dernières années de sa vie, le cardinal Christian Tumi s’était pleinement engagé dans la résolution pacifique du conflit dans les régions anglophones du Cameroun. De sa position d’autorité morale, il se cessait de se placer aux devants de la scène camerounaise, invitant sans répit le gouvernement et les séparatistes à un dialogue inclusif pour une solution concertée au conflit dans ces régions. Ce qui a fait dire à l’avocat au Barreau du Cameroun et président d’une Ong pour la résolution de cette crise Me Agbor Balla que le Cardinal émérite Cristian Tumi était «un ardent défenseur d’une société juste, un défenseur des droits des opprimés, réprimés et marginalisés».

Mathieu Nathanaël NJOG

Publié dans L'essentiel du Cameroun

 

 

 

 

 

 

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