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Culture – Dessin
A l’occasion du démarrage de la semaine du dessin de presse, organisée par le Cercle Kapsiki avec le soutien du centre culturel français de Douala, une conférence a été donnée le mardi 13 octobre 2009 par Pahé, dessinateur gabonais avec à ses côtés des dessinateurs camerounais.
Les dessinateurs camerounais, Abou, caricaturiste du quotidien La nouvelle Expression, El Pacho, du journal satirique Le popoli et Malick freelance, ont fait l’état des lieux du dessin de presse au Cameroun. Sans concession, ni fioriture, les dessinateurs camerounais ont au cours de l’échange avec la presse avoué sous le regard médusé de leur confrère gabonais, Pahé, que le dessin de presse est menacé de disparition et les dessinateurs de presse abandonnent progressivement la profession. Un aveu qui a sonné comme un cri d’alarme pour un métier où le Cameroun passe pour être le creuset en Afrique centrale et même en Afrique Subsaharienne.
Tout d’abord, ils ont fait le constat selon lequel, les rédactions de la presse camerounaise dans son ensemble que ce soit la presse écrite, pionnière en la matière, où les médias digitaux tels que les chaînes de télévision, n’y accordent plus une place prépondérante. «Ce qui est inquiétant est la disparition de la caricature dans la presse écrite. C’est le cas des journaux comme Le Messager où il n’existe même plus, de Mutations, où il est intermittent, en somme les espaces de presse ne sont plus des chroniques où on prenait rendez-vous avec les lecteurs», affirme El Pacho. Pour sa part Abou déclare péremptoire qu’«il y a une perte d’intérêt manifeste pour la caricature dans les rédactions de la presse écrite.» Contrairement à plusieurs autres journaux, il a encore la chance qu’on lui réserve une portion congrue. Elle est passée de la demi-page à un quart de page.
Crise économique et de contenue
Seul le journal Le Popoli essaie encore de tenir le cap, malgré une réelle menace économique auquel il fait fasse tout comme l’ensemble du microcosme médiatique camerounais. «Il faut chercher les causses dans la crise économique qui secoue toute la presse camerounaise», indique El Pacho. Ce que ne semble pas partager les journalistes Suzanne Kalla Lobe et Stéphane Tchakam qui se demandent s’il ne faudrait pas aller chercher dans les causes de cette déperdition, «dans la qualité du contenu des dessins proposés.» Conséquence, il faut y remettre de la rigueur et le sérieux qui ont fait la crédibilité du dessin de presse les deux décennies précédentes. Notamment, en réduisant le décalage souvent énorme qu’on y observe entre le dessin et l’actualité, l’absence de l’humour et même d’une créativité aride.
Conséquence, la propension est à l’abandon. De plus en plus, les dessinateurs de presse migrent vers d’autres métiers. A l’instar de la peinture, le graphisme, l’infographie, le montage vidéo, la réalisation pour lesquels, les dessinateurs sont plus prédisposés. «Parce que le dessin ne nourrit pas son homme. Il est difficile de se consacrer aujourd’hui à ce métier pour nourrir sa famille», soutient Malick. Pourtant dans les années 90, l’association «Coup de crayon» a été mise sur pied pour le renforcement des liens et la défense des intérêts dessinateurs. Ce qui avait abouti, à la rédaction d’une pseudo convention collective de dessinateurs de presse qui a œuvré à l’amélioration des conditions de travail des caricaturistes dans la presse, notamment en définissant une grille salariale et même de paiement des piges. Malheureusement, cette dynamique syndicale s’est estompée parce que ces acteurs d’hier sont passés du statut d’employés à celui de patron.
Pour Pahé, dessinateur gabonais de presse reconverti dans la Bande dessinée et les dessins animés, propose d’explorer d’autres horizons à l’instar de la télévision, en faisant les dessins pour les Jt et les émissions, et même de faire dans le dessin animé made in Cameroun. Ce n’est pas nouveau, car les expériences antérieures avec Jacques Logmo à la Crtv, El Pacho à Canal presse et même les dessins animés de Nyemb Popoli pour le compte des publicités pour ne citer que ceux-là n’ont pas prospérées. El Pacho de reconnaître que ni les patrons des chaînes, ni les dessinateurs, n’ont pas forcé les habitudes. Dont acte ! On apprendra d’ailleurs que Nyemb Popoli est entrain de mettre en place un laboratoire pour la réalisation des dessins animés.
Mathieu Nathanaël NJOG, publié dans Le Messager