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La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv

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«Il faut qu’on se lève pour construite une société où personne n’est exclue»

MARTIN CAMUS MIMB 

Le journaliste de sport émérite et patron de la première radio privée de sport en Afrique centrale : Radio Sport Info, vient de publier son premier livre sur le titre : « DEBOUT » ou « L’histoire vraie d’un miraculeux ». Pour comprendre ses motivations et ses objectifs, nous sommes allés à sa rencontre.

 

Vous venez de publier votre premier livre avec pour titre : « DEBOUT ». Est-ce une volonté d’écrire votre biographie ou de mener le combat pour la prise en compte des personnes vivantes avec un handicap ?

Je dois d’emblée préciser que ce n’est pas une autobiographie parce que l’objectif pour moi était de raconter une tragédie que j’ai vécu dans mon enfance et voir comment je l’ai géré dans les différentes étapes de ma vie : familiale, professionnelle, sentimentale, et autres. C’est pour cela j’ai choisi d’écrire. Pour ma biographie, je pense que ceux qui vivront le feront avec beaucoup de précision surtout que je pense que ma vie n’est pas encore terminée.  

 

Qu’est-ce qui a motivé Martin Camus Mimb, journaliste de sports à emprunter le couloir de l’écriture au moment où on attend qu’il rebondisse dans un grand média à l’international ?

Ce qui m’a motivé, c’est parce que j’ai vu autour de moi les gens qui vivent avec le handicap ou qui ont réussi dans la vie en étant des personnes vivant avec le handicap tourner le dos à cette catégorie de personnes parce qu’ils ne veulent plus vivre avec ce traumatisme. Voyez-vous, nous sommes dans une société de rejet. Moi j’ai choisi d’utiliser ma lumière, une façon de la narguer, mieux pour montrer à cette société que vous ne pouvez pas rejeter les personnes vivant avec le handicap parce que même en les rejetant il y’en aura toujours ceux qui réussiront à tirer leur épingle du jeu. Vous comprenez que j’avais envie de faire ce témoignage pour la société et pour tous ceux qui vivent avec le handicap parce que beaucoup meurt en silence et parfois n’ont pas la possibilité de sortir la tête de l’eau. C’est pour moi une façon de leur dire : Ne mourrez plus en silence comme beaucoup d’entre nous. Ce n’est pas impossible de grimper sur la colline et arriver au sommet parce que moi je l’ai fait. Lorsque vous lisez le livre vous vous rendez compte que je révèle des choses qui me sont personnelles mais en réalité qui sont la caricature de ce que les personnes qui vivent avec le handicap traversent. Par exemple sur le plan de la sexualité, c’est une sexualité totalement perturbée parce que lorsqu’elles n’ont pas de mobilité et par conséquence ne peuvent pas la vivre comme les autres. Lorsque vous allez regarder mon cursus académique, vous allez voir que ce n’est pas simplement parce que j’étais brillant, mais parce que j’ai forcé. Evidemment lorsque vous êtes obligé de marcher sur la fesse et de monter les marches en rampant pour accéder à votre salle de classe, ce n’est pas évident pour tout le monde. Ce sont des situations qui poussent au découragement. C’est pourquoi je me suis dit, si je parle de mon histoire, cela peut aider la société à prendre conscience de la situation que vivent au quotidien les personnes vivant avec le handicap et la corriger. Elles peuvent se dire que tout n’est pas perdu.

 

On peut aussi le prendre comme un livre de motivation et de coaching dans le développement personnel, mais surtout de prise de conscience pour tous ceux qui vivent avec ou sans handicap ?

Livre de coaching ? En quelque sorte, d’ailleurs le livre est préfacé par Roland Kwemain qui  est un coach en développement personnel parce que je voulais qu’il essaie d’analyser les ingrédients qui m’ont aidé même à postériori à pouvoir braver un certains nombres de choses. C’est pourquoi ce livre est orienté vers le développement personnel et la confiance en soi. Mais je rappelle que c’est une invite que je fais à la société de prêter une petite attention à des personnes qui sont différentes. Aujourd’hui, on peut me célébrer, mais si je ne m’étais pas battu pour arriver là parce que la société m’avait marginalisée, je n’aurais jamais pu. Je leur dit juste regardez le chemin parcouru. Certains me disent, mais tu n’aurais pas dû écrire toute cette histoire, oui, parce que pour eux c’est banal, parce qu’ils voient un homme qui est déjà accompli, qui a une femme, des enfants, une activité, des amis qui sont très hautes personnalités, mais ils ne voient pas l’homme qui était condamné à être porté par ses frères, à rester sur des chaises roulantes, à ne pas jouer avec tous les autres enfants. J’attends souvent dire que les personnes qui vivent avec le handicap sont méchantes ou agressives. Non, c’est la société qui les prédispose à cette agressivité de manière qu’ils voient en tous ceux qui viennent devant eux des suspects potentiels. C’est pourquoi j’essaie de leur dire non, il y’en a parmi elles des bonnes personnes.

 

Comment vous pouvez expliquer cette suspicion qu’ont les personnes handicapées sur les autres ?

Sachez qu’un enfant, un frère ou un ami vivant avec un handicap physique et qui doit monter des marches pour accéder à votre domicile se sent d’emblée exclu d’avance parce qu’on l’inflige l’obligation de se battre pour le faire. N’en parlons pas lorsqu’il s’agit des services publics. Certains sont obligés de contenir les besoins naturels ou le faire dans les frocs pour éviter ce supplice. Dans les sociétés développées, il y a les accompagnateurs et les rampes dans les établissements et immeubles  pour faciliter aux personnes vivant avec le handicap de se mouvoir. Lorsqu’on sait que les personnes sans handicap ont toutes les difficultés dans cette société je ne m’imagine pas qu’il faut les exiger des efforts très spéciaux, mais je leur demande de continuer à se battre face à toute adversité. Alors je pense que tous ensemble nous devons nous mettre au travail pour changer ces paradigmes c’est pour cela que j’ai écrit ce livre. Car il ne faut plus rester indifférent devant les personnes vivant avec un handicap. La plupart, lorsqu’ils ont réussi dans la société et qu’ils sont des élites, ils refusent cette condition et ils en ont honte. Je les invite à ne pas refuser leur condition car la plupart ont honte de leur condition. Pour une petite anecdote, j’ai travaillé à Radio Equinoxe qui était au 6è étage pendant six ans et pendant toutes ses années je grimpais les marches pour aller travailler pourtant le patron d’Equinoxe dont les bureaux sont au Rez-de-chaussée vit avec un handicap. Dans une analyse psychologique, vous arrivez à la conclusion qu’il refuse l’acceptation de son handicap et il veut qu’on le regarde autrement. Je pense que moi de ma posture en parlant de la condition des handicapés cela devrait leur permettre de se décomplexer.

 

Vous croyez que vos prédécesseurs dans la littérature portant sur des personnes vivant avec un handicap n’avaient pas déjà suffisamment traité la question ?

Dans la Littérature des personnes handicapées la plupart des auteurs refusent de parler des déboires de ces personnes. En parcourant le livre, vous vous rendez compte que je raconte mes déboires. Je les écrivais avec les larmes aux yeux et souvent en pleurant. Mais il fallait que je me fasse violence pour mettre le doigt dans ses plaies qui commençaient à se cicatriser pour dire à tout le monde et aux personnes qui vivent avec le handicap de se regarder et d’accepter qu’on vit avec le handicap dans une société qui nous disqualifie sur tout. Moi je ne me suis jamais battu en me disant on va m’accorder une faveur. Moi je me suis toujours dit qu’il faut que je me batte quatre fois plus pour qu’on n’ait pas le choix au moment de décider sur ma candidature. Lorsque je suis allé faire le texte de commentateur de match pour la Coupe du Monde 2010, on a refait le texte trois fois parce que les examinateurs de Canal Plus voulaient s’assurer qu’il n’y a pas d’autres choix que moi. Ils ont fini par se résoudre que j’étais le meilleur. Nous avons les problèmes dans la société, il faut les exposer c’est ce que j’ai essayé de faire.

Comment comprendre le choix du titre : «DEBOUT» ?

Parce que la posture la plus difficile que j’ai eu dans ma vie c’est d’être débout. Premièrement il faut dire je rampais, je tirais les fesses au sol étant petit et je ne me suis mis débout que de manière miraculeuse. Il faut que je rappelle que c’est un exercice d’être débout. La deuxième chose c’est que je rappelle à tout le monde que si on ne se lève pas rien ne sera fait, pas parce qu’ils ne veulent pas mais parce qu’ils ne savent pas. A la Délégation Régionale des Affaires Sociales du Littoral, le bureau de Madame le Délégué est à l’étage, et il n’y a ni ascenseur ni rampe pour y accéder, comment les personnes vivant avec un handicap et surtout physique qu’elle est appelée à servir font pour accéder à son bureau ? Certainement il y en a qui ne parviendront jamais. Voilà une exclusion que ces personnes vivent dans ce qui est appelé à être leur propre case. Moi j’avais exigé qu’elle descende pour me recevoir et je lui en ai fait la remarque. C’est dire que si on ne se met pas débout pour réaliser qu’il y a un droit qui est violé, une personne qu’il faut accompagner,… nous allons rester coucher et nous allons réaliser qu’on est passé à côté des choses incroyables. Oui, nous sommes dans une société où il y a des inégalités mais battons-nous pour mettre fin à ses inégalités. Ce n’est pas simplement une question des personnes qui vivent avec un handicap, les personnes du 3è âge ont plus de problème de mobilité qu’elles. C’est dire qu’il faut qu’on se lève pour construite une société où personne n’est exclue.

 

Il y’en aura-t-il d’autres livres pour poursuivre ce combat ou ce sera le dernier ?

Je voulais me libérer émotionnellement pour écrire le livre qui raconte ce que j’ai vu. Parce que c’est facile de voir le Martin Camus Mimb, qui passe à la télé, dirige une entreprise, qui a la voiture, un chauffeur, et que les gens susurrent que c’est parce que son ami c’est Eto’o, Drogba, ou X mais avant d’avoir ces amis, il a fallu que je me batte pour arriver là. C’est d’abord ce message que je voulais passer. Ce livre, je veux qu’il me conduise jusqu’à la tribune des Nations Unies pour défendre cette cause et leur dire que vous ne pouvez pas continuer à accepter qu’on disqualifie les êtres humains dans la société simplement parce qu’ils ont les différences physiques. Je suis désolé, le Président Roosevelt a dirigé les Etats-Unis sur une chaise roulante pendant trois mandats. Je veux leur dire que vous ne pouvez pas procéder par exclusion de cette façon. Je crois que je vais avoir à écrire d’autres livres, mais ce livre est un livre témoin. Maintenant j’ai envie d’écrire des livres professionnels dans ce que j’ai appris dans les récits de commentaires de matches, pour aider d’autres personnes qui me prennent pour exemple et veulent faire dans ce que j’ai excellé. Ce sera une déception pour beaucoup qui m’attendent dans les faits divers qui tournent autour du sport et qui vont faire rire les gens sans rien leur apporter. J’estime qu’il fallait montrer aux gens qui je suis et d’où je viens, avant de leur montrer ce que je sais faire.

Interview réalisé par Mathieu Nathanaël NJOG

Publié dans L'essentiel du Cameroun

 

 

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