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Le boycott divise le barreau

Avocats - Mouvement d’humeur

Le mot d’ordre de suspension du port de la robe pendant une semaine a été large suivi par les avocats du barreau du Cameroun. Toutefois, des voies divergentes s’élèvent contre cette action.

 

Des échos des différentes villes du pays, les avocats ont désertés les salles d’audiences en respect au mot d’ordre de la suspension du port de la robe pendant une semaine. Plusieurs avocats ont toutefois écumé les palais de justice en civil pour effectuer les diligences. Et certains n’ont pas cachés leur désapprobation à cette action surtout si elle se résume à contester la condamnation de Me Abessolo Etienne. Parlant sous anonymat, ils estiment que la démarche est maladroite et tardive. «Ce n’est pas après la condamnation qu’il faut mener des actions, c’est faire preuve de mauvais perdant. Car lorsqu’on accepte d’être jugé par une juridiction, on sait qu’on s’attend soit à une condamnation, soit à un acquittement », affirme notre source. Un autre d’ajouter : «A cet effet, c’est en aval qu’il fallait mener des actions auprès du ministère de la justice pour que notre confrère Me Abessolo soit extrait de cette procédure comme plusieurs autres l’ont été. Lorsqu’il a accepté de se faire juger en instance d’abord où il a été acquitté et par la suite à la Cour d’appel, c’est qu’il accepterait de se soumettre à la décision.»

 

Divergence

D’autres mènent le débat contradictoire sur l’accusation à problème. Ils vont dans le sens du ministère public pour reconnaître que la prestation de Me Abessolo était en elle-même délictueuse. «En acceptant d’aller faire un recouvrement d’une subvention de l’Etat due au Port autonome de Douala qui est une entreprise étatique, il savait qu’il était dans une opération peu orthodoxe de gros sous. D’autant plus qu’il ne s’agissait pas de recouvrer une créance.» En réplique, les partisans de la solidarité à Me Abessolo Etienne évoque les dispositions de la loi N°90/059 du 19 décembre 1990 portant organisation de la profession d’avocat pour soutenir que la prestation était légale. «L’article 23  alinéa 2 de la loi N° 90 dispose que les honoraires auxquels l’Avocat peut prétendre sont librement débattus entre son client et lui», soutient Me Maré Jeanne. Avant de poursuivre : «Alors d’où viendrait-il qu’on assimile dans l’affaire du Pad, les honoraires perçus par notre confrère de détournement de deniers publics ?»

Rappelons que Siyam Siwé, alors Dg du Pad avait donné mandat à Me Abessolo Etienne, conseil du Pad pour le recouvrement auprès du ministère des finances d’une subvention d’un montant de 5 milliards Fcfa, décidée par l’Etat du Cameroun aux fins de la recapitaliser de cette entreprise. Ce dernier parviendra à faire débloquer une première tranche d’environ 2 milliards Fcfa qui va lui valoir un rémunération de la somme de 188 794 9555 Fcfa. Le juge corroborant avec les réquisitions du ministère public, a qualifié cette prestation crime de détournement de deniers publics dont Siyam et Abessolo ont été déclarés coupables et condamnés à des peines de prisons, mais aussi solidairement à payer en guise de dommage et intérêts. Ils estiment qu’on ne peut pas recouvrer une subvention due et qu’à la base, les deux protagonistes savaient bien que cette opération était irrégulière parce que ne résultant pas d’une créance encore moins d’un contentieux judiciaire.

Pour les confrères solidaires, il s’agit d’une violation qui vise à rétrécir le champ d’action des prérogatives des avocats en violation de celles prescrites dans l’article 1 de la loi N° 90 : «La profession d’avocat…consiste contre rémunération, à : - assister et représenter les partes en justice, postuler, conclure et plaider, donner des consultations juridiques – poursuivre l’exécution des décisions de justice, notamment engager et suivre toute procédure extrajudiciaire, recevoir les paiement et donner quittance, accomplir au lieu et place d’une des parties des actes de procédures.» Toute chose qui prouve qu’il est dans son bon droit.

Mathieu Nathanaël NJOG

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