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La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv

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Les deux faces de l’Eglise du Cameroun

Visite de Benoît XVI

Le pape arrive dans un pays en paix, mais englué dans la corruption et fragilisé par l’injustice sociale. Victime des mêmes maux, l’Église de ce pays a du mal à faire entendre une parole forte et libre

 

Double face. Comme tant d’autres, l’Église au Cameroun présente tout à la fois une face lumineuse – avec des paroisses pleines lors des messes de semaine et du dimanche, de nombreux séminaristes et novices religieuses, et quelque 1 500 établissements scolaires, dont certains très réputés – et une face sombre. Ainsi, le P. Claude Lah, enseignant de philosophie politique et éthique à l’Université catholique d’Afrique centrale (Ucac) à Yaoundé, redoute que «la première révolution anticléricale d’Afrique commence ici». Formé et incardiné en France (diocèse d’Amiens), ce prêtre camerounais dénonce avec calme la corruption « qui gangrène également l’Église » dans ce pays, la centralisation du pouvoir aux mains des évêques «en vue de l’enrichissement des évêchés », le cléricalisme « qui empêche les laïcs d’assumer leurs responsabilités », l’affairisme de nombreux prêtres « préoccupés de réussite financière», au point, affirme-t-il, que «ce n’est plus la prière qui est l’oxygène de la pastorale, mais l’argent»… Autant de maux soulignés par d’autres acteurs de l’Église au Cameroun et qui semblent liés les uns aux autres.

Dans un pays où le taux de chômage dépasse 30 % et où 70 % des travailleurs gagnent moins que le salaire minimum mensuel de 27 500 francs CFA (45 €), devenir prêtre apparaît comme une «voie royale pour la vie facile», selon l’expression du P. Lah. Bon nombre d’entre eux, surtout en ville, affichent les «3 V» de la réussite africaine (voiture, villa, visas) et mènent un train de vie bien éloigné de celui de la population. Sans parler de ceux qui se laissent tenter par la simonie, faisant chèrement payer bénédictions ou exorcismes.

 

"Embourgeoisés"

«Les prêtres sont embourgeoisés, très peu sont des pasteurs», regrette Pierre Tientcheu, consultant financier, père de six enfants et responsable de la communauté de l’Emmanuel pour tout le Cameroun. Et de constater que, «parmi les prêtres camerounais qui ont femme et enfants, beaucoup ne s’en cachent plus». «Comme si cette tendance était devenue normale pour tout le monde», renchérit Ernestine Ngono, 25 ans, étudiante en lettres à Yaoundé, et engagée dans les « Caravan » d’évangélisation de la Communauté Saint-Jean qui passent de paroisses en paroisses à travers le pays pour « réveiller » les fidèles.

« Nos paroisses s’endorment parce que nos prêtres ne se donnent pas à fond et ne respectent pas leurs engagements à la prière et au célibat », poursuit Pierre Tientcheu. À l’Emmanuel, on réfléchit d’ailleurs à la manière de proposer aux prêtres des sessions «Amour et Vérité» (initialement conçues pour les couples) co-animées par des laïcs, car, selon Pierre Tientcheu, «les prêtres ont besoin d’entendre des laïcs parler de la chasteté». Autant de difficultés que le P. Lah résume sous forme de boutade : « En Occident, il y a crise des vocations ; en Afrique, il y a vocations de crises ! » L’enrichissement du clergé choque d’autant plus les fidèles qu’ils savent les difficultés financières de la plupart des diocèses : le diocèse de Yaoundé présente un déficit de 6,5 milliards de francs CFA (10 millions d’euros) et, si la Conférence épiscopale du Cameroun va débourser près de 40 millions de francs Cfa pour le voyage de Benoît XVI, c’est la République qui prend en charge l’aménagement des sites.

 

Peu de laïcs engagés dans la vie publique

Les fidèles savent aussi les difficultés de l’enseignement privé catholique – qui scolarisent environ 365 000 jeunes camerounais, soit 15 % de l’ensemble des élèves. Six établissements catholiques figurent parmi les 10 premiers du pays en taux de réussite au bac et attirent les riches familles camerounaises, mais la plupart des maîtres des écoles primaires catholiques sont mal et irrégulièrement payés. En décembre dernier, ils ont même fait grève pour demander une prime : «C’est normal, c’est une question de justice sociale au sein même de l’Église», estime le P. Marcus Mdongmo, vice-doyen de l’Ucac. «Je souhaiterais que Benoît XVI puisse toucher deux mots au président Biya de notre situation difficile», confie le secrétaire national de l’enseignement catholique, le P. Jean-Claude Ekobena, qui rappelle que la loi votée en 2004 sur la contractualisation des établissements privés (en vue d’une prise en charge des salaires des enseignants par l’État) n’est toujours pas appliquée.

Autre face sombre de cette église camerounaise, particulièrement en difficulté à l’échelle du continent : le peu de laïcs engagés dans la vie publique. Comme si comptaient surtout l’animation liturgique, les chorales ou les confréries de piété, et que la foi n’avait pas vraiment pénétré la culture camerounaise. Il faut dire que les débuts de l’évangélisation ne datent que de 1890, date de l’envoi par Rome de huit missionnaires pallotins allemands. «Ici l’inculturation, ça signifie danser dans les paroisses et faire les lectures en langue dialectale», déplore Pierre Titi Nwel, ancien coordinateur du service national «Justice et Paix» et désormais «médiateur social général».

 

"Une invitation à la conversion"

Et d’appeler de ses vœux une nouvelle génération de laïcs camerounais qui vivent leur présence au monde en cohérence avec leur foi, à commencer par «le respect du travail bien fait, le refus des détournements et l’abandon des pratiques occultes». «Savoir que des fidèles qui vont à la messe continuent de se rendre chez le marabout me laisse perplexe sur leur adhésion au salut de Jésus-Christ », sourit Paul Samangassou, ancien directeur de la Caritas-Cameroun, aujourd’hui consultant international en développement. «Nous n’avons pas soldé nos comptes avec nos traditions religieuses, si bien que l’Évangile s’est superposé mais sans pénétrer notre substrat», regrette cet acteur majeur de la société camerounaise, qui craint que le second Synode africain, en octobre, pas plus que le premier en 1994, «n’ose aborder ces questions essentielles». Paul Samangassou, comme Pierre Titi Nwel, est sensible au fait que le pape vienne ici pendant le Carême et voit là «une invitation à la conversion». Afin que chacun «revisite ses engagements baptismaux», comme l’ont écrit les évêques camerounais dans leur lettre pastorale du 2 janvier à l’occasion de la visite pontificale. «Tu ne dois pas avoir honte de te reconnaître chrétien, lit-on dans cette lettre. Apprends à évangéliser ton entourage en paroles et en actes, en évitant le péché et en vivant concrètement la réconciliation, la justice et la paix.»

 

Claire Lesegretain, à Yaoundé



Au cours d'un point de presse donné le 27 février dernier, Mgr Victor Tonye Bakot,
archevêque de Yaoundé et président de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (Cenc), a exprimé sa satisfaction concernant le déroulement des préparatifs de la prochaine visite apostolique du pape au Cameroun.

Dernière ligne droite avant l’arrivée de l’archevêque de Yaoundé

Benoît XVI se rendra en visite officielle dans la capitale camerounaise du 17 au 20 mars avant de rejoindre l'Angola, pour un séjour de 4 jours dans la capitale, Luanda. «Les préparatifs sont aujourd'hui au niveau où ils devraient être selon nos prévisions», a déclaré l'archevêque de Yaoundé qui est aussi le président du comité organisateur, et prévoit la présence, durant ces trois jours, de milliers de pèlerins venant de tout le pays, et l'accueil dès la semaine prochaine de quelque 120 cardinaux, archevêques et évêques et la venue de quelque 800 représentants des Conférences épiscopales nationales d'Afrique. Selon les différents comptes-rendus de la presse locale, les travaux de réfection et de réhabilitation sont visibles aux abords de la basilique, au stade Omnisports et même dans la ville de Yaoundé en général, où la majorité des paroissiens se préparent hâtivement, priant et participant, « plus nombreux que de coutume », relève la presse locale, aux messes célébrées en cette période de Carême. Durant son point de presse Mgr Tonye Bakot a également rappelé les enjeux pastoraux de la visite de Benoît XVI au Cameroun, «la première du successeur de Jean Paul II en Afrique», a-t-il souligné, et «la troisième d'un pape au Cameroun depuis 24 ans ».

L'Archevêque de Yaoundé a rappelé qu'il vient de remettre le document de travail qui servira de base de travail pour le 2ème synode pour l'Afrique qui se tiendra à Rome en octobre prochain sur le thème : « l'Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix ». Une rencontre, a précisé Mgr Tonye Bakot, qui devra donner «une nouvelle impulsion à l'évangélisation, à la consolidation, à la croissance de l'Eglise, à la promotion de la réconciliation, de la paix sur le continent africain». Mais l'arrivée du pape a pour but, encore, a-t-il ajouté, «de demander à ceux qui hésitent d'avoir une confiance totale en leur Dieu et de chercher à vivre le plus près possible l'Evangile reçu», rapporte toujours le Cameroun-tribune. Enfin, concernant le choix du Cameroun, Mgr Bakot a souligné le caractère privilégié de la position de ce pays par rapport à l'ensemble de l'Afrique. Une position centrale, a-t-il relevé, rappelant alors l'expression des géographes : «c'est l'Afrique en miniature, et même toute l'Afrique au Cameroun».

«Le Cameroun est un pays de paix qui a grandement ouvert ses portes à Jésus Christ depuis près de 120 ans», a poursuivi Mgr Bakot. «Pensez aux 250 congrégations qui vivent en paix et en harmonie avec les autres confessions religieuses du pays : protestants, musulmans, et autres dénominations religieuses », a-t-il expliqué à la presse locale dans son point de presse. Pour l'archevêque de Yaoundé, conclut le journal Cameroun-tribune, «le Cameroun est le champ d'expression d'une unité dans la diversité, «un cadre idéal pour s'adresser à l'Afrique», selon l'expression du nonce apostolique Mgr Eliseo Antonio Ariotti.

 

Isabelle Cousturié (ZENIT.org)

 

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