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Rétrospective – Société
L’année 2008 qui vient de s’achever a été particulièrement marquée par une recrudescence de la peur, de l’effroi et de l’anxiété dans tous les aspects de la vie, aussi bien social, sécuritaire. Au point que le climat qui a prévalu a frisé l’insurrection
Insurrection
Dans le sillage des protestations contre la modification de la constitution pour la non limitation du mandat présidentiel dans la perspective de faire du président Paul Biya, au pouvoir depuis 26 ans, le chef d’Etat à vie, le mot d’ordre de grève des syndicats de transporteurs pour le lundi 25 février 2008 est lancé depuis des semaines. Ils réclament la baisse du prix du carburant à la pompe et les tracasseries des forces de maintien de l’ordre. Mais deux jours plutôt la police met le feu aux poutres en ouvrant le feu lors d’un meeting annulé du président provincial du Sdf Littoral, Jean Michel Nintcheu. La mort d’un jeune loin de cette agitation choque les populations et dégénère une violence folle aux allures de l’intifada, avec destruction de biens au passage dans la zone de village.
La grogne qui sourde à cause de la vie chère et l’inflation que le gouvernement n’arrive pas à maîtriser, profitent aux populations qui prennent le contrôle du débrayage des transporteurs pour prendre les allures d’une insurrection. Ce qui n’était que l’apanage de la ville de Douala, prend des proportions au fil des heures et embrasse les principales villes du Cameroun. Buea, Kumba, Loum Penja, Njombe, Mbanga, Bafoussam, Bamenda, et Yaoundé prennent le relais. Les deux tiers du territoire national sont paralysés. Avec des pillages et une perte économique énorme. Même le discours du président de la république du mercredi 27 février sonne plus comme une provocation qu’un appel à l’apaisement. Ce qui ravivent encore la violence des émeutiers, les forces armées et police renforcés par les unités d’élites descendent dans les quartier pour mater la jeunesse revendicatrice qui a investi les artères des villes et dicté sa loi. Les débordements ont frisé le far west. Le bilan de cette riposte de Fap est lourd, plus d’une centaine de morts, des centaines de blessés et des milliers d’arrestations. Il faut attendre le 7 mars pour que le président se ressaisisse et prennent deux mesures. L’augmentation des salaires des fonctionnaires et la suppression des taxes sur les produits de premières nécessité pour réduire la vie chère. Malheureusement les administrations compétentes ne parviennent pas à faire appliquer cette deuxième mesure. L’inflation dans les marchés va crescendo.
Opération épervier
L’opération épervier sur laquelle les populations avaient reposé leur espoir de voir rétablir une sorte de justice entre cette frange de personnes très riches et cette autres très pauvre va après quelques mois d’accalmie être relancée. Tout part avec la publication d’une liste de 64 personnes visées par la phase II de cette opération. Parmi lesquelles 8 sont déjà incarcérés, ce qui en fait 56 autres suspects dans le viseur d’Amadou Ali et ses hommes. A Douala, la mise sous mandat de dépôt de Lamine Mbassa, directeur des affaires économiques et financières de la communauté urbaine de Douala ; qu’on présente comme l’homme de main de l’ex Délégué du gouvernement Edouard Nathanaël Etondé Ekotto, qui est condamné à 15 ans dans l’affaire des malversations de gestion au Port autonome de Douala sous la direction générale de Alphonse Siyam Siwe dont il est le Président du conseil d’administration sonne là.
Il sera suivi à la prison de New-Bell le 11 janvier par la mise en détention provisoire de Jean Djem ; le receveur municipal de l’ex-commune urbaine à régime spéciale d’Edéa. Jacques Barrat, conseiller de Messmer de passage au Cameroun couvre les braises de cette opération avec de la paille. Notamment avec une déclaration forte : «Il y a plus de milliardaires au Cameroun qu’en France». Et Amadou Ali, le garde de sceaux, interpellé par les députés lors de la première session annuelle de l’assemblée nationale affirme que l’opération va se poursuivre, mais ne donne aucun nom. Le 13 mars la machine se met en branle avec l’arrestation à Yaoundé de Paulin Abono Moampamb, l’ex secrétaire d’Etat au Mintap et ancien maire de Yokadouma. Il sera transféré à la prison de Yokadouma. Et depuis le 8 septembre il répond devant le barre des chefs d’accusation de sa gestion à la mairie.
Le 31 mars, c’est au tour de Polycarpe Abah Abah, l’ex Minefi et Urbain Olanguena Awono l’ex Minsanté d’être interpellés par les éléments du Gso dans une théâtralisation qui frise une ferme volonté d’humiliation. Ils n’en reviendront plus jusqu’à leur déposition en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé le 10 avril. Olenguena y est accompagné avec les responsables de plusieurs programmes de lutte contre les pandemies, les médecins Feuzeu Maurice, Okala Raphaël, Hélène Mewoulou, Sylvain Ngono, Zacharie Abongo et Rose Banfegha. Seul manque à la trappe le Dr Taousse Oussoumanou, directeur du Cenema qui va faire une fugue. On accuse Amadou Ali de le protéger, il finira par se livrer des semaines plus tard.
En avril, l’affaire de l’Albatros ouvre le ballet des interpellations d’autres hautes personnalités de la république. Atangana Mebara est entendu à la Division de la police judiciaire de Yaoundé le 25 avril, le 28 Yves Michel Fotso reçoit lors d’un conseil d’administration de la Cbc à Douala sa première convocation de manière spectaculaire. Il sera suivi des auditions du premier ministre Ephraïm Inoni le 11 juillet et Marafa Hamidou Yaya le 16 juillet dans leurs bureaux respectifs par les éléments de la police judiciaire. Finalement à la suite d’une confrontation avec Yves Michel Fotso, Atangana Mebara, l’ex Minrex et ex- secrétaire général à la présidence est placé en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé le 6 Août. Au passage, les ex-dirigeant de la Camair, Cyrille Etoundi, Dakiyi Kamga et Ngamo Hamani défilent chez le juge d’instruction du Tgi du Mfoundi et le 18 juin, l’affaire Albatros emporte les officiers Mme Minkoue Eyenga, chef service de la coordination des enquêtes économiques et financière à la Dpj et Moutassi Jean Pierre, adjoint au chef service des études et de la criminalité à la Dpj, suspendus pour 3 mois par le Délégué général à la sûreté nationale. Ils sont accusés de forfaitures et divulgation des documents d’enquêtes par l’organisation des fuites au profit des personnes mise en cause.
L’affaire du Crédit foncier connaîtra son épilogue le 11 juillet. Le Tgi du Mfoundi condamne 21 personnes sur les 32 prévenus à des peines disproportionnées. Edou le Dg et Booto à Ngon le Pca écopent les plus lourdes peines, 40 ans de prison. Entre-temps d’autres présumés fossoyeurs de la fortune publique passent à la trappe, c’est le cas de Zachaeus Forjindam, l’ex Dg du Chantier naval et industriel du Cameroun et une de ses plus collaboratrices Mme Rose Njoh Moudio interpellés le 7 mai et placé en détention provisoire à la prison centrale de Douala le lendemain. Comme le Tpg de Yaoundé, Etogo Mbezele, le Tpg de Douala, Jean Louis Edou Olo’o est suspendu et entendu le 21 août, avant d’être placé en détention provisoire à la prison centrale de Douala, avec trois des ses collaborateurs James Fru, Caroline Simb Nag le 17 septembre. Dr Mouangue Antoine, directeur de l’hôpital provincial de Nkongsamba et responsable de l’unité de lutte contre le paludisme dans la Littoral et Tseck Moïse prestataire de service auprès du cabinet Rock Back malaria est aussi placé en détention provisoire à Kondengui le 7 septembre. Et les auditions de Nguini Effa, Dg de la Scdp à la Dpj dès le 26 septembre.
Sécurité
La psychose a été à son comble, les populations sont même arrivées à douter de la capacité des forces armées et police de les protéger. Une kyrielle de meurtres et crimes a fait de dizaines de morts sur toutes les couches de la population. C’est le cas de l’assassinat de Michel Tchambake, dans la nuit du 30 avril à son domicile par des malfrats non identifié qui serait commandité par la mafia des milieux de l’exploitation pétrolière. De, l’étudiante Carole Tsogo de l’Institut Ndi Samba supérieur, assassinée dans la nuit du 31 décembre 2007 au 1er janvier 2008. - Guy Chimi, mécanicien fusillé par un malfrat dans la nuit du 31 décembre 2007 au 1er janvier 2008 - Carine Wagou, 24 ans abattue par les malfrats à bout portant pour un portable - Christelle Tchaptchet, 17 ans élève en classe de Seconde a été assassinée alors qu’elle revenait de chez son professeur de physique dans la nuit du 3 février - L’adjudant de gendarmerie Nomo Awono Joseph Emmanuel a été assassiné au poignard alors qu’il rentrait d’un mariage dans la nuit du 12 au 13 juin 2008 - Zoubaidou Oumou l’épouse d’un riche commerçant Hamadama Hadji a été retrouvé étranglé au quartier Haut plateau à Ngaoundéré, le 27 octobre.
Le rubicond a été franchi par la mort le 28 octobre du capitaine Leinyui Tah Felix, le commandant de la compagnie de Kaélé. Il tombé sur le champ d’honneur les armes à la main alors qu’il était en opération d’intervention pour la libération de six éleveurs kidnappés par une bande qu’il avait mis en déroute quelques semaines plus tôt. Dans la partie septentrionale du pays, les coupeurs de routes continuent de dicter leur loi, malgré le déploiement des éléments du Bataillon d’Intervention rapide (Bir), spécialisés pour les combattre. Lors d’une cérémonie organisé pour dénoncer cette emprises des coupeurs de routes et des preneurs d’otage récurrents dans le Grand nord, Guibaï Guatama, le promoteur a révélé que cette situation a déjà coûté pour cette année, la vie à 600 camerounais, soit 48 enfants pour la seule année 2008, 60.000 têtes de bœufs et environ 4 milliards payés comme rançon.
Une méthode qui fait école dans le reste du pays. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 29 au 30 octobre, une bande armée et arborant des treillis militaires sévissent en tout quiétude à l’entrée sud de la ville de Yaoundé, siège des institution pendant plusieurs heures, dépouillant tous les occupants des véhicules qui passaient par là et même les habitations voisines. Rebelote, la même bande ou une bande similaire a opèré de la même manière sur la route de Mbandjock le 7 novembre. Et Vingt jours plus tard, c’est le cœur de sûreté nationale que les malfrats farppent. La délégation générale de la sûreté nationale est cambriolée sans que les éléments chargés de veiller cette nuit s’aperçoivent de quoi que ce soit. Pire dans la nuit du 26 au 27 septembre, un groupe armée a semé la terreur à Limbé, prenant le contrôle du centre administratif, dévalisant des banques à l’aide d’explosifs et emportant près de 280 millions Fcfa. Curieusement aucune enquête n’a toujours permis de démanteler ces bandes de malfrats.
La sécurité dans nos frontières a été encore plus mise en mal. Les 8, 9 et 10 juin, les pirates dans leurs attaques traditionnelles, détruisent plusieurs embarcations camerounaises parmi lesquels celle transportant le sous-préfet de l’arrondissement de Kombo à Bedimo allant en tournée. Cinq des six passagers meurent parmi lesquels le sous-préfet et un est porté disparu. Cela n’empêche pas la cérémonie de retrait complet du Nigeria de la presqu’île, permettant au Cameroun de jouir de toute sa souveraineté de se dérouler le 14 août à Calabar. Toutefois, dans la nuit du 30 au 31 octobre d’un bateau d’une société français est attaqué dans les eaux maritimes du Littoral camerounais par les pirates se réclamant du Bakassi Freedom Figthers. 10 marins (cinq français, deux camerounais, un franco-sénégalais et un tunisien) sont kidnappés par les ravisseurs. Le président de la république hors du pays depuis 45 jours regagne précipitamment ses pénates. Douze jours après la suite des négociations menées simultanément par les français et Camerounais, ils sont libérés vivants. Un fait d’arme, dans la localité de Kombo à Janea, les militaires camerounais du 22è bataillon des fusiliers marins ont réussi à mettre en déroute une bande de pirates naviguant au bord de trois embarcations. Bilan, 10 morts, 8 sont faits otages et un important stock d’armement saisi. Du côté camerounais un mort et de nombreux blessés.
Il y a aussi eu les évasions dans les prisons, principal de Bafoussam qui ouvert le bal le 3 janvier, centrale de Douala où 15 évadés ont été abattus dans leur cavale et de Bamenda. Mais aussi l’incendie qui a léché plusieurs quartiers du pénitencier de Douala. On ne saurait terminer sans parler des mœurs qui ont animé la chronique des faits divers et dont aucun coin du triangle national n’a été épargné. Avec des actes d’incestes, viols, infanticides, parricides et fratricides et même des crimes passionnels à l’instar de la fusillade d’un inspecteur de police, Hervé Mapouro par un officier supérieur de gendarmerie, Emile Bamkoui sous le prétexte de l’avoir trouvé en tenue d’Adam et Eve dans une chambre de son domicile.
Mathieu Nathanaël NJOG