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Prospective – Société
L’incertitude caractérise la vision sociale des camerounais en cette nouvelle année. Ils se sentent encore plus à l’abandon que les années précédentes. Le président de la république les a convaincus avec son discours de fin d’année à la nation.
Biya ignore le volet social
Au soir du 31 décembre 2008, le message radiotélévisé du chef de l’Etat, à la nation à l’occasion du nouvel an n’a ni répondu aux préoccupations sociales des camerounais, ni donnés des perspectives aux problèmes qu’ils ont fait fasse tout au long de l’année dernière. Face aux maux comme la corruption, la criminalité, les tensions sociales, l’insécurité, les priorités du millénaire dans la santé publique, les droits de l’homme, la liste est loin d’être exhaustive, Paul Biya en n’évoquant aucun de ses aspect a avoué son incapacité à les trouver des solutions concrètes et efficientes. Tout simplement, le président de la république du Cameroun a reconnu que les émeutes de fin février 2008 en protestation contre la vie chère, la pénurie de l’eau et d’électricité, le chômage, étaient des « revendications qui se sont exprimées à cette occasion n’étaient pas sans fondement ». Sur le plan sécuritaire, il a ignoré l’insécurité qui a sévi à l’intérieur du pays pour ne faire allusion qu’aux menaces permanentes qu’une bande armée maintient sur les le delta du Niger et les eaux maritimes du littoral camerounais en particulier. Et même au lie u de répondre à la demande des mouvements rebelles qui souhaitent négocier avec le gouvernement camerounais, il a seulement réitéré son engagement « à apporter aux populations de Bakassi les moyens de développement indispensables dans les domaines de l’administration, de la sécurité, de l’éducation et de la santé ». A quoi tout ceci servira si les mouvements rebelles continuent à y instaurer l’insécurité perpétuelle ?
Sécurité une pacotille
C’est dire que cette année est loin d’être un long cours d’eau tranquille pour les populations de la presqu’île de Bakassi. Il est évident qu’on continuera a enregistré les attaques et les morts dans les rangs de nos forces armées et même au sein des populations innocentes qui ne demandent qu’à y vivre en paix et mener leurs activités économiques. Des morts de plus, des morts de trop, devant lesquels le président de la république continue à ne accorder aucune valeur humaine. Puisqu’il n’a jamais adressé sur le coup des incidents, des messages de condoléances ou encore accorder une reconnaissance à ses compatriotes qui meurent du fait d’une vision politique clairement définie sur le plan social. Combien sont les camerounais qui sont morts parce que victimes de la maltraitance dans les pays voisins, à l’instar de ceux qui sont morts en Guinée l’année dernière, ou des onze étudiants décédés en Guinée Conakry à la suite de la noyade leur embarcation. Ou encore ceux qui meurent sur le territoire national du fait des inondations, des éboulements de terrains, des accidents de circulations, mieux du le champ d’honneur à défendre le drapeau national. Et devant lesquels le président est resté indifférent, ainsi que ses collaborateurs des administrations concernées. Le dernier cas en date est ce jeune camerounais décédé de suite de bousculade, le 29 décembre 2008 à la délégation générale de la sûreté nationale (Dgsn) alors qu’il s’y rendait pour régulariser son dossier de candidature au concours de la police, à deux jours de son discours de fin d’année. On comprend pourquoi, le premier citoyen du camerounais qui sert d’exemple, n’accordant aucune valeur à la dignité humaine, les populations suivent la même voie en se livrant de plus en plus à la vindicte populaire en toute impunité toute chose qui est en violation des droits des l’homme. Tout homme étant par essence présumé coupable devant chaque délit commis. Sous d’autres cieux, où les Etats ont ratifié les conventions internationales en la matière, la simple disparition d’un être donne lieu à mobilisation des membres du gouvernement, voir du premier citoyen du pays.
Tension sociale
Les recrutements à la fonction publique où les dizaines milliers de jeunes s’engagent sans espoir de réussite après avoir souvent investi toute leur économie ne sont pas la solution pour résorber le chômage. D’ailleurs, on peut s’en rendre compte, chacun des concours enregistre au moins 30.000 candidats pour 1.500 places. Le gap est énorme. Et ce qu’on constate dans le marché du travail, c’est que les emplois ne sont pas sécurisés. Ils sont d’ailleurs davantage plus précaires. Les inspecteurs du travail ayant décidé de se mettre du côté de l’employeur au ils ont plus de change d’extirper quelques billets de banques. Conséquence, le code du travail n’est plus respecté, ni les conventions collectives des différents secteurs socioprofessionnels. Dans plusieurs entreprises de manufacture, les conditions de travail frisent l’esclavage. On peut citer les cas de la société Soleil de fabrication de mèches où les employés se plaignaient de travailler 11 à 12 heures par jours et pendant ce temps, l’employé qui se rendait cinq fois au toilette pour vider son trop plein était mis à la porte sans ménagement. Et l’heure était rémunérée entre 185 Fcfa et 250 Fcfa. On peut citer le cas des employés de la Socaplam qui sont régulièrement en grève pour revendiquer les meilleures conditions de travail. On se souvient de l’indifférence du ministre de travail et de la sécurité sociale resté indifférent devant les différents portés à sa connaissance par les employés des multinationales pour arbitrage. On peut évoquer le cas de l’ex-supermarché Sho plus, où 36 employés se sont rendus prisonniers dans les bureaux de l’entreprises. Ils réclament la liquidation de leurs droits après la cession du centre commercial spécialisé dans l’électro-menager pour devenir « Espace Bernabé » du groupe libano-ethiopien «Yeshi». On ne saurait omettre, les revendications récurrentes des agents de l’Etat, notamment les enseignants vacataires ou les temporaires des sociétés d’Etat ou parapubliques. Camtel, Aes Sonel, Camrail, Minefi…
Il ne fait aucun doute que n’ayant pas réglé les problèmes d’emploi avec fermeté, les mouvements d’humeurs vont se faire encore plus récurrentes en cette année 2009. Sinon on peut enregistré des cas comme ceux de Jean Patrick Akono, un chômeur qui s’est suicidé au quartier Nkoldongo à Yaoundé. Des situations tragiques qui doivent interpeller le gouvernement et particulièrement le ministre du travail et de la sécurité sociale qui ne cesse faire dans le saupoudrage avec son fameux appel au «dialogue sociale». Qui tarde toujours à porter ses fruits et continuent à maintenir dans le monde de l’emploi en phase latente une situation explosive.
La santé pas pour tous
Le Cameroun marque sa réelle détermination à atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (Omd) dans les domaines des pandémies et maladies vulnérables. A l’instar du Vih/Sida, le paludisme, la tuberculose, la polio d'ici 2015 en réduisant de 2/3 la mortalité infantile et de 3/4 la mortalité maternelle. Pourtant le discours tranche avec la réalité sur le terrain au regard des efforts qu’on dit avoir consenti et des milliards qu’on y engloutit. Et pour preuve, la gratuité de certains traitements, tel que le Vih/Sida, n’est pas concrète sur le terrain. On se rend toujours compte que dans les hôpitaux publics et de manière ostentatoire et en toute impunité, les tests du Vih/Sida ne sont toujours pas gratuits, les antiretroviraux n’ont plus. Les malades du sida ont du mal à respecter leur traitement parce qu’il n’est pas facile d’avoir accès aux molécules destinées à la gratuité. L’année dernière, nous avons fait large écho, des manifestations du mouvement camerounais pour le plaidoyer et l’accès au traitement (Mocpat). Il a lancé une technique de grève le «Dying» pour manifester contre la hausse des prix des examens biologiques nécessaires à la personne vivant avec le Vih/sida au Cameroun. Et aussi la rareté des antiretroviraux dans les centres d’approvisionnement et dans les hôpitaux.
Par ailleurs, le paludisme comme priorité de santé publique n’est qu’une utopie. La distribution des mousquetaires imprégnés subventionnés et de longue durée aux enfants de 0 à 5 ans se fait à la tête du malade et sont souvent sont détournés et vendus par le personnel de santé. La vaccination et la distribution du traitement préventif contre le paludisme aux femmes enceintes – la vaccination des femmes âgées de 15 à 49 ans contre le tétanos dans les districts à risque sont des projets qui sont réalisé de manières parcellaires.
En somme le Cameroun reste une poudrière. Et le président nous a convié à ne plus attendre des miracles de son gouvernement. Car, «nous devons, me semble-t-il, dans les circonstances présentes, compter surtout sur nos propres forces et faire nôtre la devise : aide-toi, le ciel t’aidera », nous a invité Paul Biya.
Mathieu Nathanaël NJOG