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De nombreux accidents mortels surviennent à cause des postes de contrôle des forces de l’ordre. Les responsabilités sont partagées et la côte d’alerte est atteinte.
Mercredi 26 mars 2008, un camion semi-remorque qui tentait d’échapper à un contrôle des éléments de la brigade de gendarmerie à Bekoko percute une voiture Volkswagen dont le conducteur, lui aussi interpellé par les mêmes gendarmes, s’apprêtait à reprendre la route. Le bilan est lourd : un gendarme stagiaire tué, Oscar Mony Kottey, le moto-taximan qu’il contrôlait et le conducteur du camion sont grièvement blessés. Conduits à l’hôpital, ils y suivent des soins intensifs. Cette information est rapportée par le journal Mutations dans sa livraison de vendredi 28 mars dernier.
C’est que, les accidents survenus au niveau des postes de contrôles routiers des forces de l’ordre sont de plus en plus récurrents. Il ne se passe en effet pas une semaine sans qu’on en enregistre. Et de plus en plus, les hommes en tenue, y laissent leur vie. A Ndokoti par exemple, on ne dénombre plus le nombre d’hommes en tenue renversés par un chauffeur ou un conducteur de moto-taxi. Le dernier cas remonte à deux mois, la victime est une policière qui ne retrouvera plus l’usage de ses membres. “C’est tout le temps qu’un conducteur renverse mortellement un homme en tenue ici. La faute à ces policiers qui ne respectent pas les règles élémentaires de sécurité que leur impose leur travail. Pour interpeller un chauffeur, un policier se croit obligé de se mettre en pleine chaussée et devant la voiture comme une muraille. Lorsqu’un transporteur est exaspéré par leurs tracasseries, il le percute ”, explique un taximan.
Responsabilité partagée
Comme lui, de nombreux usagers de la route stigmatisent les forces de l’ordre comme responsables de ces accidents. Pour la plupart, leurs bévues favorisent ces accidents lors des contrôles routiers. A la gare routière de Bonabéri, les chauffeurs de la ligne de Douala-Mbanga et Douala-Bafoussam ne cachent pas leur courroux à l’égard des comportements des différents postes de police et de gendarmerie qui jonchent cet axe. “Voyez-vous, les forces de l’ordre ont cette mauvaise manie d’installer les contrôles à la sortie d’un virage ou sur la descente d’une colline, et plus grave, ne se soucient pas d’indiquer leur présence par des panneaux de signalisation sur une distance de 100m au minimum ”, souligne Athanase, un habitué de ces lignes. Le chapelet de récriminations des transporteurs, principales victimes est loin d’être exhaustif. “Et comme si cela ne suffisait pas, les policiers et gendarmes préposés au contrôle routier ont cette vilaine habitude d’interpeller tous les véhicules qui passent. Ce qui engendre des embouteillages, rétrécit la chaussée et évidemment, entraînent des accidents ”, souligne un autre transporteur. Et de poursuivre, “En outre, les accidents partent du fait que les forces de l’ordre n’interpellent pas les véhicules à une distance régulière. Elles attendent toujours lorsque vous êtes à deux mètres ou lorsque vous traversez le poste de contrôle pour vous interpeller comme si elles étaient surprises. Dans un arrêt brusque, vous vous faites percuter dans la plupart des cas”, soutient –il, faisant remarquer que lorsque un accident survient ainsi les forces de l’ordre qui se savent responsables, décampent immédiatement sans voler au secours des blessés, s’il y en a. C’est le cas, de l’accident survenu à Penda Mboko le 26 novembre 2007. (Voir Le Messager du 27 novembre 2007). Selon les témoins, l’accident qui avait fait une dizaine de morts et une quinzaine de blessés graves, avait été causé par les éléments de la gendarmerie qui effectuait un contrôle routier à cet endroit.
Cette thèse, qui fait des forces de l’ordre, les principales causes de ces accidents, n’est pas partagée par tous. Pour d’autres, les usagers de la route y ont également une part de responsabilité. C’est le cas de cet accident survenu le 29 mars, au contrôle de gendarmerie d’Edéa. Le conducteur d’un camion qui venait de passer au “ claquage (terme des transporteurs interurbains pour désigner les bakchichs qu’ils remettent aux forces de l’ordre aux différents postes de contrôle routier comme passe-droit) ”, n’a pu éviter un véhicule personnel venant à vive allure. Son chauffeur n’aurait pas bien apprécié sa vitesse et donc n’a pu devant le camion. Les deux voitures sont entrées en collision. “ Dans ce cas, vous ne pouvez accusez les forces de l’ordre. Les conducteurs ont aussi leur part de responsabilité dans ces accidents qui surviennent aux postes de contrôle routier ”, conclut “ Magnan ”, un témoin.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 01-04-2008