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Tensions sociales - Mysticisme
Le chef supérieur du Canton bassa du Wouri, Sa majesté Mbody Epée Gaston a opéré hier mardi une cérémonie d’exorcisme sur les restes des édifices publics de l’arrondissement de Douala Vème.
Une mixture d’eau dans des cuvettes en bois, des psalmodies reprises en chœur par les chefs de villages du Canton bassa qu’accompagnaient quelques chefs de quartiers, de blocs et des communautés bamiléké, ewondo et haoussa résidants dans cette circonscription administrative, des séances d’exorcisme avec aspersion d’eau à l’aide des chasse-mouches et de tiges d’arbre de paix, voilà le spectacle, à l’allure folklorique, mais riche de symboles qu’a conduit S.M. Gaston Epée Mbody, le controversé chef supérieur du Canton bassa respectivement à la mairie et à la sous-préfecture de Douala Vème. Tous ces deux édifices publics incendiés dès la première journée des soulèvements sociaux qui ont paralysé 31 villes du Cameroun la dernière semaine de février 2007. Curieusement, le Centre divisionnaire des Impôts de la même circonscription a été ignoré pour des raisons qu’aucun de ces dignitaires n’a pu donner.
A la Mairie de Douala Vème, Mme Françoise Foning qui voulait prouver son innocence devant les rumeurs qui font d’elle la commanditaire de la pyromanie qu’a subie sa mairie, a pris le public présent à témoin. Les mains trempées dans le vase contenant la mixture d’eau, elle s’est lavée le visage. « J’ai fait cela pour prouver que je ne suis pas responsable de l’incendie de la mairie comme le font circuler certaines personnes », clame Mme Foning avant d’ajouter : « Comme vœu, j’ai demandé que les ancêtres bassa livrent ceux qui ont brûlé la mairie et que Dieu leur donne le châtiment le plus sévère ». Gabriel Ngounou, le sous-préfet de Douala Vème quand à lui, a tout simplement invité ses administrés à continuer à avoir confiance aux institutions de l’Etat. « Je voudrais remercier les dignitaires ici présents pour leur gratitude et avec leur concours, je demande aux populations de mener en toute quiétude leurs activités. Tout en les rassurant que malgré tout, les institutions de l’Etat ainsi détruites fonctionnent toujours», précisera-t-il.
Les vieux démons
Au final, Sa majesté Mbody Gaston va restituer l’intérêt de cette cérémonie. « Au nom de nos ancêtres et au non du Canton bassa, nous avons exorcisé, purifié, béni et sanctifié les lieux pour que de pareils incidents ne se reproduisent plus en ces lieux et sur nos terres. Mais aussi, afin que les auteurs de ces actes soient arrêtés et punis conformément aux lois de la République ». Mais pour certains observateurs, cette cérémonie n’a aucune valeur et puissance traditionnelle. Et pour cause, « S.M. Mbody Gaston, n’a pas l’onction de l’assemblée générale constituant du Canton bassa pour parler en son nom», indique un des chefs de village.
Pour soutenir leur position, cette dissidence relève le nombre de chefs qui accompagnaient le « très controversé » chef supérieur du Canton Bassa dans cette opération. Des vingt trois (23) chefs, seuls, six (6) l’accompagnaient : David Ngombé du village Ndoghem II, Ebongue Gamalien de Bonadiwoto, Sadrack Ebeh de Maképé Missoké I, Bruno Dibongo de Ndogsimbi, et Manfred Eyidi Mboké de Béedi. Mais l’entourage du chef Mbody justifie : « Les autres chefs ne sont pas présents parce que l’organisation de cette cérémonie a été faite dans la précipitation et certains seraient arrivés en retard au lieu du rassemblement». En outre, on relève que le chef supérieur Mbody Gaston et sa délégation ont violé les limites territoriales du Canton bassa, d’autant plus que le siège de la mairie de Douala Vème est situé dans un autre canton. Mais en réplique, dans l’entourage du chef supérieur Mbody, on évoque la présence des représentants des chefs de Bonamoussadi et de Bonagang pour prouver qu’il avait l’onction de ses pairs.
Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 26/03/08