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SCAPO traîne Paul Biya et d’autres dirigeants politiques devant le tribunal international

(Suite III)

Le lien entre la Réunification et le Génocide contre les Bamileke

Lorsque ladite résolution fut adoptée malgré l’opposition de la France et du Cameroun Français,  le Président Ahidjo a décidé, à contre cœur, d’aller à la Conférence de Foumban de juillet 1961 ; prévue comme cadre pour négocier les modalités de la réunification. Il s’avère que lors de cette conférence, aucun document pouvant être proposé à l’Assemblée Nationale du Cameroun Français, ainsi qu’à la Southern Cameroons House of Assembly en vue d’une ratification de l’union, n’a été produit ou paraphé. Toutefois, le Président Ahidjo a proclamé le 1er octobre 1961, de façon unilatérale, la naissance de la République fédérale du Cameroun, dont les deux parties ont fêté la réunification.  Mais le Président avait à la même occasion un plan secret pour les Bamileke : l’extermination ethnique.’

 

L’enquête de la SCAPO a permis de réaliser que la réunification qui fut fêtée le 1er octobre 1961 a été perçue par les autorités franco-camerounaises comme une victoire de l’UPC, et un échec cuisant pour la politique française au Cameroun ; dans la mesure ou cette réunification avait toujours figuré dans le programme politique de l’UPC. C’était donc avec des grincements de dents que le Président Ahidjo proclamait la naissance de la République Fédérale du Cameroun. Mais c’est une victoire pour laquelle les Bamileke durent payer très cher.

 

Les Présidents Charles de Gaulle et Ahmadou Ahidjo ont choisi l’extermination ethnique des Bamilekes car ils la considéraient comme la seule solution pouvant garantir que l’admission du Southern Cameroons Britannique dans l’espace politique du Cameroun Français ne conduirait pas à une alliance Anglo-Bami : unis, ils pouvaient éventuellement faire usage de leur poids démographique pour déstabiliser la base politique du Président Ahidjo qui lui était musulman du Nord. Le Président Ahidjo avait exprimé sa préférence pour une réunification avec le Northern Cameroons Britannique qui, malheureusement, a décidé de rester au Nigeria.

 

La conséquence de ce lien entre la réunification et le génocide des Bamilekes est que ces derniers, en effet, étaient les victimes collatérales de l’opposition de la France au projet de réunification du Southern Cameroons Britannique et du Cameroun Français. Cela signifie qu’en ayant refusé au Southern Cameroons Britannique l’option de la pleine indépendance  en 1961, et en imposant au Cameroun Français le projet de réunification, malgré l’opposition de la France et du Cameroun Français, la Grande Bretagne et les Nations Unies doivent aussi accepter leur part de responsabilité dans le génocide des Bamileke. Autrement dit, si la Grande Bretagne avait donné la pleine indépendance au Southern Cameroons Britannique en 1961, la campagne pour l’extermination ethnique des Bamileke par Charles de Gaulle et Ahmadou Ahidjo n’aurait pas été envisagée.

 

L’enquête que la SCAPO a menée au Cameroun Français démontre que la quasi-totalité des Bamileke qui furent victimes de ce génocide ignoraient le lien entre le génocide et la réunification. Selon la plupart d’entre eux, les Français étaient essentiellement motivés par la haine. Cette thèse est malheureusement trop simpliste.

 

Le 1er octobre Contre le 20 mai

Il est utile de noter qu’après la capture et l’exécution d’Ernest Ouandié en 1970, ce qui a mis fin à la rébellion Bamileke, les autorités franco-camerounaises sont passées à une deuxième phase de consolidation de leur pouvoir en organisant le referendum de 1972 ; suite à laquelle l’état unitaire a été proclamé le 20 mai 1972. Pour le Président Ahidjo, le 20 mai représentait la consécration de sa revanche et de sa victoire sur les Upecisites et les Anglo-Bamis. A partir de cette date, Ahidjo était le maître incontestable et incontesté du Cameroun entier. C’est pour cette raison que le 20 mai a remplacé le 1er octobre comme fête nationale au Cameroun Français.

 

Des témoins et rescapés prêts à témoigner

L’enquête de la SCAPO a permis de confirmer qu’il y a des milliers de Bamilekes qui ont survécu au génocide et qui possèdent des informations sur la localisation des charniers où sont enterrés des milliers de victimes ; dont une importante partie a subi la décapitation. Cela s’explique par le fait que les soldats qui allaient à la chasse de maquisards en brousse rentraient habituellement en ville avec les têtes des victimes tuées, comme des trophées. Toutefois, ces Bamilekes ne pourront témoigner qu’à la condition que le gouvernement de Yaoundé, ainsi que l’hiérarchie militaire, fassent l’objet d’un nettoyage profond qui permettra d’éliminer tous les éléments génocidaires du régime.

 

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