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La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv

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Vincent Bolloré, négrier moderne ou patron social ?

Affaire Bolloré/France Inter

 

Le procès opposant le Groupe Bolloré contre France Inter pour le délit de diffamation par voie de presse bat toujours son plein à Paris. Lors de la dernière audience, les débats ont assimilé les activités du Groupe Bolloré au Cameroun, au misérabilisme décrit dans Germinal.

 

Les 10 et 11 mars 2010, la 17è Chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les délits de presse a deux jours durant poursuivi avec l’audition des témoins dans l’affaire opposant le Groupe Bolloré à France Inter, Jean Cluzel, et Benoît Colombat. A la suite d’un reportage sur les activités du Groupe Bolloré au Cameroun dans les domaines de la logistique portuaire (Saga, Sdv, Socopao), Chemin de fer (Camrail), plantations (Socapalm), …, le président du Groupe n’a pas apprécié qu’on présente son empire comme le terrier des souffrances où l’on est peu  soucieux du bien-être et du développement local, un triste héritage dont ne peut pas se satisfaire la France-Afrique.  Assimilant de ce fait, ses dirigeants en général et son patron en particulier de négrier des temps modernes.

Ce qu’ils n’ont pas apprécié dans ce mastodonte. Plaidant pour une image plus reluisante. «En Afrique, nous sommes une entreprise citoyenne», a affirmé Dominique Laffont, numéro 2 du groupe. Pour soutenir leurs positions, les deux parties ont, au cours des deux premières audiences du 18 décembre 2009 et 10 mars 2010 fait défiler des dizaines de témoins camerounais (syndicalistes, dirigeants, politiques, journalistes) à charge et à décharge. Après l’audition des témoins des accusés (Hilaire Kamga, Jean-Marc Bikoko, Edouard Tankwe, Pius N. Njawé et Emmanuel Etoundi Oyono absent, a fait parvenir au tribunal un témoignage écrit) lors de la première audience, c’était autour des témoins de la partie civile de déposer. Du blog de notre confrère Renaud Lecadre, on apprend que Dominique Laffont (qui a remplacé Michel Roussin à la tête de Bolloré Africa Logistic) est celui qui entame les hostilités : «Il y a peu d’actionnaires capables d’investir 200 millions d’euros par an en Afrique. Et pour gagner quoi ? Notre rentabilité est de 5%. La plupart des opérateurs en Afrique ne s’intéressent qu’aux télécoms et à l’énergie, 45% de marges. Pourquoi si peu investissent dans la logistique ? Parce que c’est un métier ardu.»

Parlant des salaires, Pius Njawe, patron du Free Media Group, éditeur du quotidien Le Messager, dont on ne peut surtout pas cité en exemple, lui qui maintient ses employés de manière systématique depuis cinq ans pendant plusieurs mois sans salaire, et les licencient pour les avoir réclamés (dix en début décembre 2009) disait ceci dans sa déposition sur le Groupe Bolloré. «Les salaires dans les plantations sont généralement très bas; il est évident que les ouvriers ne gagnent pas la juste rémunération du travail titanesque qu’ils fournissent tous les jours dans les plantations de Bolloré. C’est pourquoi ils sont régulièrement en grève. Après l’une de ces grèves l’an dernier, les salaires avaient été revus à la hausse, et varient désormais entre 38 (environ 24 875 Fcfa) et 75 euros (49 050 Fcfa) par mois, selon les saisons. J’ai ici un document réalisé par Isabelle Ricq, qui indique que les chargeurs de noix de palme touchent, eux, 425 francs Cfa (soit 64 centimes d’euros) par tonne acheminé. N’est-ce pas là de l’esclavagisme à l’état sauvage ? » Sur cet argument qui revient le plus, Laffont affirme que le groupe Bolloré rémunère ses employés deux à quatre fois le Smic local (28 215 Fcfa). Ce ne serait pas à l’en croire le pire des employeurs africains. Mais, il reste qu’il est quand même un employeur africain.

 

Esclavagisme

Pour ce qui est l’exploitation du chemin de fer, concédée en 1999 au Groupe Bolloré, Dominique Laffonte soutient qu’au stade actuel. «Tous les bénéfices sont réinvestis. L’actionnaire majoritaire ayant choisi de sacrifier ses dividendes.» On peut en juger par ses 15 millions d’euros (environ 9,810 milliards Fcfa) d’impôts annuels sur les bénéfices qu’elle reverse au trésor. Quant à la qualité du service ferroviaire, faute de l’avoir expérimentée soi-même, il faut s’en remettre aux journaux locaux. Bolloré brandit l’hebdomadaire du septentrion, l’Oeil du Sahel : «Ce n’est pas encore parfait, mais c’est nettement mieux.» France Inter exhibe l’hebdo Germinal : «Les défaillances s’accumulent.» Faisant allusion à ce que Pius Njawe a dénoncé dans sa déposition. «Une  série de déraillements de trains plongeait le Cameroun dans le deuil ; on avait alors mis sur pied une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ces catastrophes ferroviaires. Près de six mois se sont écoulés et personne ne se croit obligé de donner aux Camerounais les résultats de cette enquête. Et pourtant de nombreux Camerounais y ont péri. Or, il a été établi que les équipements roulants de Camrail sont en piteux état, ce qui serait la principale cause de la série de catastrophes.» La réalité sur le terrain est plus pitoyable encore. Le réseau ferroviaire a été considérablement réduit et les trains voyageurs sont de plus en plus en plus inexistant au profit du transport des marchandises, rentable de manière exponentielle. Réplique du président de Camrail, filiale de Bolloré : «Le directeur de Germinal sort de prison pour diffamation ; il a qualifié le Président d’homosexuel, une grave accusation…»

Quant aux plantations de palmiers à huile, que Libération avait qualifiées, en mars 2008, de «Germinal sous les tropiques». Olivier Baratelli, avocat de Bolloré, s’est rendu sur place et vante ses écoles, ses centres de soin et ses maisons d’ouvriers en dur, pour dénoncer «la présentation misérabiliste et altermondialiste qui en est faite». Mais une photographe et un chercheur confirment ce que France Inter avait constaté : «Les ouvriers se surnomment esclaves, le directeur de la plantation reconnaît que les conditions de travail sont épouvantables.» La dernière actualité dans ses plantations au lendemain du procès fait état de la destruction des plantations par les ouvriers en mécontent des sévices mortels qui a coûté la vie à l’un des leurs. Les forces de l’ordre mènent depuis une dizaine de jour la chasse aux employés qui aussitôt pris la poudre d’escampette.

 

Bolloré en Afrique

Rappelons que c’est un groupe résolument tourné vers l’Afrique. Comme le dit son président, Vincent Bolloré «Ce qui fait la spécificité de notre groupe, c’est son implantation en Afrique». Il y compte pas moins de 70 sociétés, implantées dans 35 pays (21 francophones et 14 anglophones). Il emploie un peu plus de 15 000 personnes (parmi lesquelles 250 expatriés) dans le transport et la logistique, et 3 000 dans la branche tabac (en 1997). Dans les principaux pays où Bolloré est présent, on retrouve le même schéma d’implantation : des usines de cigarettes et parfois la culture du tabac, comme en Côte d’Ivoire, le contrôle des transports (le chemin de fer, la manutention portuaire, les activités de transit et les navires), les plantations (hévéa, caoutchouc, huile de palme, banane, coton et cacao) ; auxquels s’ajoutent l’exploitation forestière en Afrique centrale. Ce schéma est fortement présent dans les pays suivants : la Côte d’Ivoire, le Gabon, le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, le Togo, le Bénin, le Congo-Brazzaville, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Angola. Par ailleurs, le Groupe Bolloré s’étend de plus en plus vers l’Afrique de l’Est avec le Kenya, Madagascar et l’île de la Réunion, où il assure la moitié du trafic maritime.

La stratégie africaine de Vincent Bolloré et de son groupe est simple : elle consiste à contrôler toute la chaîne de transport, plus quelques filières de production hautement rentables. La vague de privatisations, imposées par les institutions financières internationales, lui permet de racheter le maximum d’infrastructures de transport et d’élargir sa gamme de produits tropicaux (cacao, coton, café, caoutchouc, huile de palme…). La gestion des réseaux ferrés s’est ajoutée à celle des ports et lignes maritimes pour maîtriser le coût du transport de marchandises. «Compte tenu du fonctionnement économique et politique de nombreux pays d’Afrique francophone, si l’on se donne la peine d’aller y commercer et investir, c’est qu’on y escompte plus de passe-droits et de profits qu’en France», conclut les organismes de la société civile.

André Som

 

 

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