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Mbanga Pongo trois ans après
L’espoir suscité par la promesse fait par les autorités gouvernementales lors de la cérémonie interreligieuse de commémorations s’est évanoui, en dépit du boom foncier entraîné.
Le site où s’est écrasé l’avion de Kenya Airways forme une clairière pas du tout abandonnée. Le sol est devenu très rugueux tout en gardant la couleur noirâtre des premiers jours du crash. Jusqu’ici aucune herbe n’y a toujours poussé, preuve que cet îlot artificiel dans la mangrove est devenu par la force des choses arides. Les arbres fauchés par la chute de l’aéronef et les branchages couchés au sol, témoignent des dégâts. Le lac de cratère formé par la carlingue, vestige immuable de l’ampleur des dégâts est encore couvert par les eaux des premières pluies. Pour y arriver, il faut comme au premier jour de la découverte du site s’était écrabouillé l’avion, bravé un parcours de combattant qu’il faut se livrer dans une forêt qui ne permet pas de retrouver facilement le chemin. Ce qui oblige, le reporter de solliciter la compagnie de quelques pisteurs. Malgré cela, la trouvaille ne sera pas évidente, en témoigne l’égarement de nos guides. Conséquence d’une forêt qui a repoussé de plus belle dans cette mangrove où les activités champêtres vont toujours bon train.
Les vrombissements des scies à moteurs, tout autour, les planches abandonnées à même le sol et qui finissent par servir de marche pied dans cette mangrove et les arbres coupés ou brûlés en témoignent de l’agression sauvage des hommes. Les flaques d’eau et de boues qui jonchent ce parcours ne rendent pas l’accès facile. Les échanges avec les riverains font état d’une course acharnée à la conquête des parcelles et de l’exploitation sauvage des essences qui s’y trouvent par les nouveaux acquéreurs. Il va sans dire que dans la perspective du désenclavement annoncé, la zone a connu un boom foncier sans pareil. Les fils barbelés qui sécurisent les différents périmètres et les cases inhabitées en matériaux provisoires complètent ce tableau. Les témoignages font état de ce que la zone a été morcelée, tous les terrains vendus jusqu’à la pêcherie. Même le site du crash où on espérait voir les autorités compétentes construire un mausolée n’a été du reste.
Les gens se sont ainsi procurés d’importantes parcelles au point que les autochtones de Bonadiwoto et Bonaloka, propriétaires terriens, ont cru bon de profiter de cet engouement pour multiplier les doubles, voire triples ventes. Actes répréhensibles par les lois de la République. Corollaire, des litiges fonciers qui dégénèrent très souvent à des batailles de tranchées. Ce qui justifie la sécurisation par tous les moyens des périmètres de différentes parcelles par les fils barbelés. De même qu’une profession de veilleurs. Ce qui fait que la présence d’une nouvelle personne suscite des regards inquisiteurs près à faire appel si nécessaire à un renfort des gros bras, qui se recrutent parmi les jeunes désoeuvrés du coin. Composant une importante démographie au regard de la concentration des habitations qui poussent de plus en plus au point de ne plus simplement se limiter à la zone sablonneuse où avait été organisée le 18 mai 2007, la cérémonie interreligieuse en mémoire des 114 personnes mortes dans la nuit du 4 au 5 ami 2007 dans le crash du vol KQ 507 de la Kenya Airways.
La collectivité Dimbongo Matanga du quartier Mbanga Pongo dans le village Boko en a marre de ces litiges, certes, mais elle est plus encore dans le désarroi de ne pas voir la localité bénéficier des retombées du crash de l’avion de la compagnie Kenya Airways comme le présageaient les autorités gouvernementales. Dévisageant dans les hangars de vente du vin de palme et du harki ou dans les bars de fortunes, des habitants de la zone Dimbongo Matanga profitent du balai des reporters au site du crash en ce troisième anniversaire commémoratif pour exprimer leur désarroi. Leurs arguments tiennent du fait qu’on a détourné le projet de construction du mausolée sur le lieu où s’est écrasé l’avion en mai 2007 pour aller le construire au cimetière des bois de singe. C’est ainsi que même le financement de construction de la route qui devait mener jusqu’au site a été détourné. Conséquence, cette zone qui était prédisposée à connaître un désenclavement efficient reste encore dans un enclavement pathétique, sans eau potable et sans électricité. Ressort de la majorité des personnes rencontrées.
André Som, article publié dans Aurore Plus du 30 avril 2010