La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv
Transport ferroviaire
De nouveaux matériels roulant pour la Camrail. Le Messager de Pius Njawé accompagne la campagne de communication depuis peu, après avoir déposé contre le Groupe Bolloré dans l’affaire opposant cette multinationale à France Inter.
Ce mardi 20 avril, la gare ferroviaire de Bessengue va abriter une cérémonie de présentation de nouveaux matériels roulant que vient d’acquérir la Camrail. Elle est placée sous la présidence du Premier ministre Philémon Yang. Du trompe œil, disent les experts en matière de transport ferroviaire. Car il ne s’agit que de deux locomotives de type Cc3300. A la suite d’un appel d’offre lancé en début février 2010, la Camrail sollicitait un renforcement de son équipement roulant sur la période 2009-2010 pour un montant de 131 milliards Fcfa sur financement conjoint de l’Etat du Cameroun et d’un prêt de la Banque mondiale. Le dépouillement de cet appel d’offre a eu lieu le 9 avril 2010 et à la surprise des observateurs et usagers, seulement deux locomotives ont été livrées dans une célérité sans autre pareille. Ce qui laisse planer le doute sur l’état de ces locomotives. Pour les langues fourchues, il ne s’agit ni plus ni moins que des locomotives d’occasion. «Il faut faire la différence entre des locomotives neuves et des locomotives repeintes à neuf pour la circonstance», lance une de nos sources.
C’est dire s’il ne s’agit que d’une action de saupoudrage engagée par les dirigeants de la Camrail, qui ne sont autres que ceux du Groupe Bolloré, épinglés ces derniers temps par la justice française pour traitement inhumain de ses employés et mauvaise gestion du patrimoine ferroviaire dans les pays africains et notamment du Cameroun. D’autant plus que pour les responsables du Groupe Bolloré, cette acquisition «va permettre de donner aux usagers, notamment du volet transport des voyageurs, un cadre approprié tant rêvé.» A l’instar du bon vieux temps de l’Inter-city 22, de regretté mémoire. Alors qu’on s’interroge sur l’investissement réel du Groupe Bolloré, les dirigeants de la Camrail soutiennent que ces acquisitions dont on commence à palper les premiers fruits, «viennent s’ajouter aux nombreux travaux de réfection dans les wagons voyageurs, rénovation des sièges passagers, peintures dans les gares ». Tout en jurant la main sur le cœur que le volet du transport voyageur va connaître un réel boom avec la révision du contrat de concession qui donne au Groupe Bolloré la reprise en main de l’exploitation du transport voyageur.
«Cette opération s’inscrit dans le cadre des engagements pris par le Groupe Bolloré au titre du 2ème avenant du contrat de concession du Chemin de fer camerounais, et du chantier de la restauration équipements », indique un dirigeant de la Camrail. Car, celui de 1999 réservait le développement du transport voyageurs aux pouvoirs publics qui en faisait une question régalienne de l’Etat. Malheureusement, dans laquelle, elle a failli. Il était urgent de «revoir, redessiner, rééquilibrer la base de cette collaboration, pour faire en sorte que nous soyons véritablement dans un partenariat gagnant-gagnant et même que, tout simplement, cette privatisation ait un sens », affirme Dominique Lafont, le directeur général Afrique des activités du groupe en 2008 à Jeune Afrique. Au Groupe Bolloré, on évoque un ensemble d'arguments pour soutenir cette exigence de remise en cause de la concession. En premier lieu, la façon dont le groupe a globalement tenu ses engagements vis-à-vis du Cameroun et « investi largement plus que ce qu'il avait prévu au départ », soit 110 milliards de F CFA (170 millions d'euros) au lieu de 63 milliards FCFA.
Bilan mitigé
A la Camrail, on demande aux usagers de rêver pour des lendemains meilleurs. « L’objectif est de faire du transport par train, un moyen privilégié de mobilité ». Avec des tarifs tout de même abordables, en dépit de la conjoncture économique actuelle et des coûts exorbitants induits par l’exploitation. D’ailleurs, dans une campagne de saupoudrage qu’accompagne allégrement ces derniers jours Le Messager dans ses éditions du 4 février et 16 avril 2010, le Groupe Bolloré annonce d’acquérir pour la société Camrail d’ici la fin 2011, cinquante nouveaux wagons, grâce à un financement de la Banque mondiale et à l’Etat du Cameroun. En attendant que ces promesses qui entrent dans la logique de la préparation des consciences collectives dans la perspective de l’élection présidentielle 2011, la direction de Camrail, affirme que cette logistique va donner un véritable coup d’accélérateur à l’activité de transport des marchandises. Segment dont l’importance est dite primordiale et prioritaire dans les recettes de cette entreprise ferroviaire. Selon les dernières statistiques, le trafic annuel de Camrail est 3,7 millions de tonnes pour le fret et 1,2 millions de passagers pour le transport voyageurs. Pour un matériel roulant constitué de : 6 locomotives General Motors (type GT26M2C, 2600 chevaux) et de 32 locomotives Bombardier (type MLW MX 620, 2200 chevaux) ; de 1213 wagons (694 wagons plats, 309 wagons couverts, 102 tombereaux et 108 wagons citernes).
Malgré que pour les observateurs, le bilan de la concession de Camrail au Groupe Bolloré reste mitigé, avec la défection du tronçon ferroviaire et les multiples accidents mortels, le traitement déshumanisant des employés, dixit Njawé dans sa déposition au tribunal de Paris, dans l’affaire opposant le groupe Bolloré à France Inter, les dirigeants de la Camrail se gargarisent d’avoir versé à l’Etat depuis la privatisation de la Régifercam devenue Camrail sous la coupole du groupe Bolloré plus de 60 milliards Fcfa. «Les caisses de l'État n'ont jamais autant reçu d'argent du rail», un montant estimé à 63 milliards de F CFA en taxes et dividendes depuis 1999, à comparer aux 4 milliards de F CFA que l'État versait chaque année à l'entreprise pour soutenir son activité, jusqu'à la veille de la privatisation. Et de conclure que la société «va bon train ». Pour eux, il ne s’agit pas seulement d’un slogan, puisque la confiance revient progressivement auprès des usagers. Avec un taux de remplissage de 70 %.
Rappelons que la Camrail est une société issue de la mise en concession des chemins de fer du Cameroun, initiée par le gouvernement camerounais dans le cadre de son programme d’ajustement structurel imposé par les bailleurs de fonds. Le processus de mise en concession, démarré en janvier 1996, a vu son épilogue avec la signature le 19 janvier 1999 de la convention de concession et le démarrage effectif des activités de Camrail le 1er avril 1999.
André Som, article publié dans Aurore Plus du 23 avril 2010