La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv
Zoom
Rétro
Inédite trouvaille de l’épave
Le Bœing 737-800 de la compagnie Kenya Airways est parti de l’aéroport international de Douala Samedi 05 mai 2007 à minuit 05 minutes sous une pluie battante. Cinq minutes après le décollage de l’avion, la tour perd tout contact avec l’équipage. C’est le début d’une recherche d’une aiguille dans une botte foin. Le signal de détresse de l’avion est capté à plusieurs endroits. Libreville, Kribi, Mvengue, Lolodorf,… Mais l’épave de l’avion reste introuvable. Du coté de l’Asecna, on se mobilise à l’aide des technologies de l’aviation aéronautique pour retrouver l’aéronef en vain. Avec l’aide du centre de détection de Toulouse. La tour de contrôle de Libreville ne signale aucun contact avec l’appareil. Dakole Daissala, ministre camerounais des transports au moment du drame est informé avec plusieurs heures de retard et reste indifférent depuis sa résidence dans la région d l’Extrême-Nord. Le directeur général de Kenya Airways, arrive précipitamment au Cameroun où il organise une conférence de presse le samedi 5 mai 2007 en mi journée au cours de laquelle il reste sceptique sur les circonstances de la disparition de l’avion « Nous ne savons pas pour l’instant ce qui s’est passé avec notre avion ».
Un centre de crise est mis en place à Nairobi. L’alerte est généralisée et la battue pour retrouver l’avion devient une affaire nationale. De son coté, le gouverneur de la région du Littoral d’alors Gounoko Haounaye a aussi ouvert une cellule de crise dans son cabinet présidé par son secrétaire général Nguele Nguele. Les faux signalements sont donnés et les battus sont menés à Kribi, Mvengue et à Lolodorf pour retrouver l’avion sans succès. Le préfet Jean Francois Villon y avait aussi installé un bureau de crise appuyé par les éléments du Samu. Du coté du gouvernement du Cameroun, le premier ministre Inoni Ephraim tient des réunions de crises. Pour les familles des 114 passagers et membres de l’équipage de l’avion, aucune cellule d’orientation des proches des victimes n’est mise sur pied. L’émotion est à son comble, des groupes de pleurs se déclenchent tantôt dehors, souvent au bar de l’aéroport international de Douala, parfois dans le hall.
Pendant 48 heures, le monde entier va retenir son souffle, tout sera mis à contribution pour retrouver le Bœing 737-800. Et puis, dimanche 6 mai 2007 au matin, la nouvelle tombe, triste. L’épave du vol KQ 507 de la compagnie Kenya Airways est retrouvée par un chasseur dans la mangrove de Mbanga-Pongo une localité située à 5 km de l’aéroport international de Douala. Le bilan est sans appel, les 105 passagers et les 9 membres de l’équipage ont péris dans le crash. Gounoko Haounaye, en héros descend sur le site du drame dans la nuit. Un parcours du combat dans une mangrove où l’accès n’est pas évident. Sur les cause du drame, les spécialistes vont multiplier des hypothèses les une aussi contradictoires que les autres. Après un aller et retour sur Yaoundé, Titus Naikuni, directeur général de Kenya Airways, regagne Douala dans la matinée du 10 mai 2007 au cours d’une conférence de presse organisée par la compagnie de navigation aérienne dont il a la charge a eu cette déclaration pour le moins rassurante : Il est certain que toutes ces familles seront dédommagées, l’avion qui a crashé était assuré. A ce jour, aucune famille n’est véritablement indemnisée. Sur le sujet, une commission technique d’enquêtes sera constituée par arrêter du Premier ministre à l’effet d’expliquer les raisons et l’origine de ce crash d’avion. Deux ans après, les résultats d’enquêtes ne sont toujours pas connus. Lundi 14 mai 2007, le gouverneur de la région du Littoral (actuel ministre des transports) Gounoko Haounaye redescente à Mbanga-Pongo pour mesurer l’ampleur du drame et annoncer un hommage national aux victimes programmé pour le 18 mai 2007. Par un décret présidentiel signé le 16 mai 2007, la journée du vendredi 18 mai 2007 est déclarée journée de deuil national sur l’ensemble du territoire national en la mémoire des victimes du crash du Boeing 737-800.
Le projet de rapport adressé le 17 avril 2009 par la commission technique d’enquêtes présidée par le ministre des transports Gounoko Haounaye aux pays concernés par le crash reste confidentiel. C’est la substance du communiqué rendu public mercredi 29 avril 2009 par Sama Juma Ignatius, directeur général de l’aéronautique civile du Cameroun. Pour le moment, les responsables des différents pays accrédités (Kenya, Canada et Eats-unis) ont 60 jours à partir de la date de dépôt du dit rapport pour faire des observations éventuelles à l’enquêteur désigné. Une réunion aura lieu après ce délai avec les responsables accrédités par ces pays afin d’analyser les observations et livrer les conclusions finales. On le voit bien, les familles ne sont pas au bout de leurs peines, leur attente pour l’indemnisation de leurs proches victimes du crash du 5 mai 2007 sera encore longue. Deux ans après, le temps qui est passé n’a pas séché leurs larmes. Quant au gouvernement, il garde un silence coupable.
Bernard BATANA
Mbanga Mpongo deux ans après
Le boom foncier suscité par le crash a conduit à une vente féroce des parcelles de terrains dans cette zone de 450ha appartenant au Bonaloka et Bonadiwoto.
Le site du crash a été vendu
C’est une clairière que le site de l’écrasement de l’avion de Kenya Airvays forme. Le sol a pris une forme rugueuse de couleur noire où ne peut pousser la moindre herbe. Les arbres fauchés par la chute de l’aéronef et les branchages couchés au sol, témoignent des dégâts. Le lac de cratère formé par la carlingue est le vestige immuable de l’ampleur des dégâts. D’ailleurs, c’est à un véritable parcours de combattant qu’il faut se livrer en compagnie de quelques pisteurs pour retrouver le chemin. Ce qui n’est toujours pas garanti, en témoigne l’égarement de nos guides. Conséquence d’une forêt qui a repoussé de plus belle aux alentours. Seuls les vrombissements des scies à moteurs, tout autour, les planches jetées à même le sol pour servir de marcher pied dans cette mangrove où flaques d’eau et boues ne rendent pas l’accès facile ; puis les arbres coupés ou brûlés, témoignent de l’agression sauvage des hommes. C’est qu’il y a une course à la démarcation des parcelles et de l’exploitation des essences qui s’y trouvent par les nouveaux acquéreurs. Dans la perspective du désenclavement annoncé, la zone a connu un boom foncier sans pareil. «La zone a été morcelée, tous les terrains ont été vendus jusqu’à la pêcherie. Même le site du crash est déjà vendu», confient Elvis et Bienvenu, nos deux guides.
Litiges fonciers récurrents
Les gens se sont ainsi procurés d’importantes parcelles au point que les autochtones de Bonadiwoto et Bonaloka, propriétaires terriens, ont cru bon de profiter de cet engouement pour faire dans les doubles, voire triples ventes. Conséquence, cela donne régulièrement lieu à des litiges fonciers qui dégénèrent très souvent à des batailles de tranchées. Ce qui justifie que la majorité des parcelles achetées est encerclée sur les périmètres par les fils barbelés. De même que la présence des gros bras, installés au bar faisant face au hangar baptisé « Reposoir de Mbanga Pongo ». Ligne de démarcation, matérialisant la fin de la partie où sont concentrées les habitations et le début de la partie sablonneuse (où avait été organisée le 18 mai 2007, la cérémonie interreligieuse en mémoire des 114 personnes mortes dans la nuit du 4 au 5 ami 2007 dans le crash du vol KQ 507 de la Kenya Airways) qui mène au lieu en friche où les autorités administratives et militaires avaient installé le point de commandement (Pc). A l’entrée de la mangrove qui débouche au site du crash. Ces malabars, réquisitionnés par certains acquéreurs des parcelles de terrains, sont chargés de la sécurité des lieux, interpellent systématiquement toutes les personnes qui leur sont inconnus et qui franchissent cette ligne de démarcation. Ils les interrogent sur la raison de leur présence en ces lieux et aussitôt demandent si les personnes sont détentrices d’une parcelle de terrain, si oui de le situer. En cas de coïncidence avec une parcelle déjà acquise par une première personne, les concernées sont rudoyés et repoussés.
Désenclavement : Un rêve brisé
La collectivité Dimbongo Matanga du quartier Mbanga Pongo dans le village Boko en a marre ses litiges, certes, mais elle est plus encore dans le désarroi de ne pas voir la localité bénéficiée des retombées du crash de l’avion de la compagnie Kenya Airways comme le présageaient les autorités gouvernementales. Dévisageant dans les hangars de vente du vin de palme et du harki ou dans les bars de fortunes, des habitants de la zone Dimbongo Matanga profitent du balai des journalistes au site du crash en ce deuxième anniversaire commémoratif pour exprimer leur désempare. «Cette zone est abandonnée à elle même depuis la cérémonie des obsèques collectifs présidée par le premier ministre», arguent les habitants. Leur assertion tient du fait qu’«on a détourné le projet de construction du mausolée sur le lieu où s’est écrasé l’avion dans la nuit du 4 au 5 mai 2007 pour aller le construire au cimetière des bois de singe. C’est ainsi que même le financement de construction de la route qui devait mené jusqu’au site a été détourné. Conséquence, cette zone qui était prédisposée à connaître un désenclavement efficient reste encore dans un enclavement pathétique, sans eau potable et sans électricité», soutient Mbarga, un sexagénaire du coin. Pendant ce temps, la démographie de la population y est galopante, passant d’une centaine d’âmes avant le crash à environ 1000 âmes vivantes. La zone est de plus en plus parsemés des cases en matériaux provisoires, soit qui servent d’habitations, soit qui servent de case champêtre. Ces dernières servent beaucoup plus à matérialiser l’occupation des différentes portions déjà acquises. Et dans lesquels on peut observer les séquelles d’une importante activité agricole de subsistance.
Mathieu Nathanaël NJOG
Dans les familles
Deux ans après de nombreuses familles ne s’en sont pas encore remis, et espèrent toujours des indemnisations.
Le deuil en continu
Des 114 familles qui ont perdu leurs membres dans la catastrophe survenue à Mbanga Pongo dans la nuit du 4 au 5 mai 2007 dans la capitale économique, nombreuse sont celles qui ne parviennent pas à surmonter cette épreuve. Les familles rencontrées par Le Messager éprouvent de la peine à évoquer ce tragique incident. C’est au bout de plusieurs appels téléphoniques et rencontres, que certaines ont pu accepter d’évoquer leur état d’âme deux années passées C’est le cas de cet homme, frère aîné d’une victime. Il ne souhaite pas que son identité soit révélé quand il consent enfin à nous dire quelques mots, tout en restant chiche en parole, sous prétexte d’être encore sous le choc. « Je ne peux pas en parler, beaucoup de choses se sont passées et il ne sert à rien de revenir là-dessus, je ne veux même pas y penser », dit-il, catégorique. Impossible de savoir de ce dernier si une indemnisation a été payée, la question est tout simplement éludée.
Autres lieux, autres attitudes. « Je suis une fillette âgée de dix ans et j’ai perdu ma maman, commerçante de bijoux, qui se rendait à Dubaï pour se procurer de la marchandise. Jusqu’à ce jour, je fais des cauchemars et cela me rend énormément triste. Même en classe, je me sens seule », avance Jenna N., élève dans une école primaire bilingue au quartier dit Village à Douala. Situation quasi identique pour Rachelle, étudiante à l’Université de Douala en faculté des lettres et des sciences humaines. Elle avoue s’être lancée dans la débauche parce qu’isolée depuis la mort dans ce crash de son père adoptif, l’époux à sa tante. Ses parents géniteurs ayant trouvé la mort en 1990 dans un accident de la circulation sur l’axe Douala-Edéa. « Avec cette chaîne de malheur, dites moi mademoiselle comment peut-on vivre ? », lance-t-elle toute désespérée.
Indemnisation
Dans toutes ces familles rencontrées, c’est la question qui fâche. Tout le monde l’entoure de mystère, comme s’il y avait quelque chose à cacher. C’est timidement, et en jetant les regards furtifs à gauche et à droite pour vérifier qu’il n’y a pas d’oreilles indiscrètes, que certains avouent avoir perçu de la compagnie aérienne la somme de 15 000 000 Fcfa. Frustrée, dame Theutchoi, veuve, depuis cette catastrophe aérienne déclare être mécontente « des gens qui croient que la mort appartient à une catégorie de personne ». Cette ménagère prétend ne pas joindre les deux bouts et estime injuste le non règlement des indemnités. Elle se disait naïvement qu’elle devait percevoir mensuellement une somme d’argent en compensation, comme une pension. « Si on ne nous donne rien, on va pas mourir, moi je fais le call-box pour assurer l’avenir de mes six enfants. Tout ce dont je suis sûre, c’est que Dieu est le seul juge », se lamente-t-elle.
Linda MBIAPA (stagiaire)
Investigations
Deux ans après l’accident d’avion de Kenya Airways, le projet de rapport dressé par la Commission d’enquête technique reste confidentiel.
Embargo sur le rapport d’enquête du crash
Dans la nuit du 4 au 5 mai 2007, un Boeing de la compagnie aérienne Kenya Airways en provenance d’Abidjan en Côte d’Ivoire s’écrase à Mbanga Pongo, localité située quelques kilomètres de Douala, non loin l’aéroport international de cette ville. Le bilan douloureux fait état de 114 morts. Que s’est-il donc passée cette nuit fatidique ? Deux ans après le drame, les circonstances de cet accident d’avion de la Kenya Airways assurant le vol KQA 507 demeurent inconnues. Même si selon Sama Juma Ignatius, directeur général de la Cameroon civil Aviation Authority (Ccaa), enquêteur désigné, la Commission d’enquête technique présidée par le ministre des Transports, Gounoko Haounaye a terminé la rédaction de son rapport depuis le 15 avril 2009. Transmis par le ministre des Transport, le 17 avril 2009 aux principaux Etats concernés par cet accident, ledit projet de rapport reste cependant confidentiel.
Les responsables accrédités par ces pays que sont le Kenya (Etat d’immatriculation et de l’exploitant de l’aéronef), les Etats-Unis (Etat de conception et de construction) et le Canada (Etat ayant procédé au décryptage des deux enregistreurs de l’aéronef) ont 60 jours à compter de la date de réception du projet de rapport pour faire leurs observations éventuelles à l’enquêteur désigné. Passé ce délai, affirme l’Autorité aéronautique, une dernière rencontre réunira les membres de la Commission d’enquête technique et les représentants accrédités par les pays pour analyser les observations et les incorporer dans le rapport final. L’objectif ultime étant de tirer les leçons de cette tragédie afin cela ne se reproduise plus jamais.
La rédaction dudit projet de rapport d’enquête intervient après la phase d’analyse des informations collectées de mai 2007 à avril 2009 sur l’aéronef et les conditions de son exploitation au Kenya, aux Etats-Unis d’Amérique et en Côte d’Ivoire.
Nadège Christelle BOWA
Ambiance à Kenya Airways
Depuis le crash de son avion dans mangrove de Mbanga Pongo, tout semble avoir été oublié. Même si la plaie est encore béante, les résultats de l’enquête sont toujours attendus.
Silence, on travaille
A l’agence Kenya Airways à Bonanjo, l’attitude des employés est studieuse. Tout le monde ici est préoccupé à accomplir sa tâche. Surtout le personnel de la grande salle attelé à vendre les billets d’avion. Le seul langage qui passe, c’est donner la destination sollicitée, ou alors des informations relatives aux destinations desservies par la compagnie aérienne. « C’est pour l’achat d’un billet d’avion ? », se voit demander le reporter du quotidien Le Messager à la réception. La déclinaison de son identité complique davantage les choses. « Il n’y a rien à dire ici. Pour toutes questions relatives à la presse, c’est le responsable commercial qui s’en occupe », lui oppose-t-on. Et quand est-ce qu’il peut être disponible ? Là est le problème. Personne ne connaît son emploi du temps. Et son numéro de téléphone ne peut-être donné.
En fait, ce mutisme des responsables de l’agence Kenya Airways vient confirmer les appréhensions des familles des victimes du crash de l’avion de cette compagnie aérienne, il y a deux ans à Mbanga Pongo à Douala, et même de l’opinion nationale et internationale.
On attend toujours
Depuis deux ans donc, on est encore à se demander ce que la compagnie aérienne a fait pour contenter les ayants droit, en attendant les résultats de l’enquête ordonnée par le gouvernement du Cameroun. On se souvient que pour l’organisation des obsèques, la compagnie aérienne avait déboursé 2 millions de Fcfa par famille. Cette somme a été arrondie à 15 millions de Fcfa comme pour apaiser les esprits, en attendant que les responsabilités des différentes parties impliquées soient établies. C’est que l’assureur de la compagnie avait entrepris comme démarche à cette époque. Déjà, les experts du cabinet Ribbeck et d’autres organisations s’indignaient de la modicité de ces sommes allouées, au regard de ce qui se passe dans d’autres pays, surtout occidentaux, en pareilles circonstances. La convention de Montréal dispose d’un taux minimum de 150 000 dollars, (environ 75 millions de Fcfa), à verser à chaque famille des victimes. Pour l’avocat Manuel Von Ribbeck, « il faut une action des familles pour établir la faute et demander un dédommagement conséquent », la jurisprudence montrant bien que ce dédommagement s’effectue le plus souvent à la tête du client. Cet avocat, citant les cas de dédommagement à Buenos Aires en Argentine après un crash d’avion, et aux Etats-Unis, les fixait respectivement à 378 000 dollars (environ 189 millions de Fcfa), et à 400 000 dollars (environ 200 millions de Fcfa), s’étonnait alors de « l’empressement de l’assureur de Kenya Airways à désintéresser les familles au Cameroun, parce que la devise est faible ».
Abandon
Pour le moment, rien ne flirte de ce que la compagnie Kenya Airways a entrepris comme démarche auprès des familles des victimes à travers son conseil ou son assureur. Peut-être, attend-elle les résultats de l’enquête qui a été commise et dont les résultats apprend-on sont déjà rendus, mais que le gouvernement met encore sous le sceau confidentiel. Y aurait-il des tractations de coulisses ou des arrangements à l’amiable ? En tout cas, tout est possible, puisque l’Etat n’assiste pas véritablement les familles des victimes, lui-même pouvant être indexé comme responsable d’une manière ou d’une autre de ce crash. « Nous demandons aux familles des victimes de ne pas accepter l’aumône qu’on voudrait leur faire à cause de l’ambiance et l’environnement. Des crashes similaires se sont produits à travers le monde, en Indonésie par exemple, et chaque famille des victimes a reçu près de 1,5 milliard de Fcfa », précisait il y a deux ans à Douala Max Vermij, un expert américain des crashs d’avion, invité pour l’occasion par le cabinet Ribbeck.
Quoiqu’on puisse dire, la longue attente des indemnisations des familles des victimes n’est pas une spécificité camerounaise. Les résultats de l’enquête d’un autre accident de Kenya Airways en l’an 2000 à Abidjan sont toujours attendus, ainsi que beaucoup d’autres résultats d’enquête de crashes s’étant produits de par le monde. Tout semble croire, qu’au-delà du simple aspect social que l’on peut percevoir au travers de ces indemnisations, que le problème soit beaucoup plus complexe. Il y a d’énormes intérêts en jeu : la crédibilité du constructeur d’avion écrasé, celle de la compagnie incriminée, celle même du gouvernement camerounais. Toutes choses qui amènent certains observateurs à penser qu’il pourrait y avoir près de huit responsabilités à établir pour ce crash de Mbanga Pongo qui restera longtemps gravé dans les mémoires des Camerounais.
Robert NGONO EBODE
En justice
Certaines familles ont été indemnisées sur la base d’un arrangement à l’amiable avec Kenyan Airways, mais les avocats entendent poursuivre les autres responsables du sinistre.
Et si l’Etat protégeait les responsables ?
Selon maître Voukeng, avocat au barreau du Cameroun et conseil de la famille Tsiguia, une victime, il y a eu un arrangement à l’amiable avec la compagnie aérienne Kenyan Airways. Cette dernière, dans cet accord, rachetait le risque judiciaire, mais sans aveu de responsabilité. En d’autres termes, la somme versée à la famille (le montant n’a pas été dévoilé) dégage la responsabilité de la compagnie, même si par la suite le rapport d’enquête la désignait comme fautive dans le drame. Elle ne devra plus en tout cas être poursuivie. Mais dans les autres dossiers où il n’y a pas eu arrangement, sa responsabilité restera engagée ou pas, en fonction du rapport de l’enquête.
Il explique que d’autres victimes sont allées se constituer des conseils au Etats-Unis, mais que dans tous les cas, la justice ne pourra être rendue que sur la base du rapport d’enquête, qui seul va établir les responsabilités. Plusieurs consortiums et sociétés sont en effets impliqués dans le drame. En plus de la compagnie de transport, il y a Boeing, Safran, General Electric aviation qui s’est occupé du circuit électrique de l’appareil, Syngapor aircraft leasing limited, Cfm international, Snemac, Oryx aviation, Nissen Kaiun Kabushiki, toutes des parties prenantes dans la mise en service de l’appareil.
Le jeu trouble de l’Etat
Selon les explications de maître Voukeng, toutes les sociétés suscitées sont des potentielles responsables du crash, et c’est le rapport d’enquête de la commission créée le 7 mai 2007 par le Premier ministre camerounais Inoni Eprhaïm qui doit établir cette responsabilité et l’attribuer à quelqu’un de précis. Il s’étonne dès lors de ce qu’on dise que ce rapport est confidentiel, alors qu’il doit être rendu public au plus tôt pour permettre aux avocats de faire leur travail, notamment en chiffrant le montant des dommages à réclamer, car ces dommages doivent être fonction de la fortune du responsable, entre autres. Pour lui, l’Etat, qui n’est pas ignorant de la convention de Montréal du 28 mai 1999, qui stipule en son article 35 que « l’action en responsabilité doit être intentée, sous peine de déchéance, dans le délai de deux ans à compter de l’arrivée à destination, ou du jour où l’aéronef aurait dû arriver, ou de l’arrêt du transport», est en train de multiplier les manœuvres pour que ces réclamations entrent dans la forclusion.
En tout état de cause, l’avocat estime que si l’autorité aéronautique prend sur elle de dissimuler les résultats de l’enquête, cela voudrait tout simplement dire qu’elle protège les intérêts des responsables du crash. Et dans ce cas, il faudrait qu’elle s’arrange à indemniser les familles des victimes, car les conseils des familles ne sont pas prêts à abandonner, et les procédures peuvent prendre le temps qu’elles prendront.
Roland TSAPI