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Journée Mondiale de lutte contre le Vih/Sida
Souvent rejetés par ceux qui ne sont pas malades, les séropositifs préfèrent choisir des partenaires de même statut sérologique, plus apte à les comprendre et à les accepter. Au Cameroun, des associations, des sites, des agences matrimoniales favorisent les rencontres.
Séropositive et employée dans une structure étatique de pilotage de la lutte contre le sida, Amélie, dédaigne désormais la compagnie des hommes. Belle et courtisée, elle a pourtant décidé de rester chaste. "Chaque fois que je rencontre un homme, tout va bien jusqu’au jour où je lui avoue mon statut sérologique. Il feint alors de me comprendre, de m’accepter, mais disparaît ensuite sans laisser de trace", explique-t-elle déconfite. Liliane, 36 ans, qui vit avec le virus du sida depuis un an, se heurte au même problème : rencontrer un prince charmant est aisé, lui avouer sa séropositivité très difficile. Elle a donc décidé de recruter désormais ses compagnons parmi les personnes qui ont le même statut sérologique qu'elle. Selon Liliane, ces derniers seraient plus disposés à la comprendre, à l’accepter et à supporter les contraintes qui en découlent. Marthe, 40 ans, séropositive depuis 7 ans, renchérit : "Avec une personne de même statut, plus besoin de réfléchir sur le bon moment et la manière de lui avouer sa séropositivité, plus de peur d’un quelconque rejet. Vous êtes plus rassuré et vous pouvez vous ouvrir sans crainte."
La discrimination demeure
En effet, les différentes campagnes de sensibilisation sur le mode de transmission du virus du sida inquiètent plus qu'elles ne rassurent. "Il faut vraiment être courageux pour accepter de sortir ou encore partager sa vie avec une fille déclarée séropositive. Je ne le ferai pas ni ne le concéderai à un des miens", remarque un instituteur qui préfère taire son nom. Selon le docteur Chantal Mbian, membre du programme d’éducation thérapeutique d’aide à l’observance médicale (Petao) qui encadre des malades du sida, il n’y a pourtant pas de risques à partager sa vie avec une personne vivant avec le virus du sida (Pvvih). "Il suffit d’être plus prudent afin d’éviter des contacts avec le sang du partenaire infecté, utiliser un préservatif masculin ou féminin à chaque rapport sexuel et faire plus attention à l’hygiène", recommande-t-elle.
"On aurait bien aimé recruter nos amis, nos partenaires aussi bien dans notre milieu que parmi les personnes encore saines. Seulement, cette équation est difficile à résoudre. Ils ne nous acceptent pas, même en milieu professionnel", se plaint Amadou, 30 ans, technicien dans une entreprise de Douala, séropositif sous anti-rétroviraux depuis 5 ans. Les porteurs du virus cherchent donc plutôt un partenaire parmi ceux qui vivent comme eux. Participer à des colloques et séminaires sur le sida, adhérer à des associations de Pvvih ou se faire enregistrer dans des cahiers de rencontres sont des opportunités pour rompre sa solitude. La Society for women and Aids, (Swaa), une association de lutte contre le sida, a ouvert à Douala il y a cinq mois un registre pour les séropositifs où ils peuvent échanger leurs expériences, ce qui permet un brassage entre personnes de milieux différents. Ils inscrivent leurs noms et leurs centres d’intérêt dans ce cahier qui peut être consulté par tout visiteur. Il aide aussi à trouver des partenaires pour la vie.
Agences matrimoniales spécialisées
L’occasion faisant le larron, Union et partenaire de cœur plus, une agence matrimoniale dont les services sont payants, offre depuis plus de trois ans aux porteurs du Vih une plate-forme pour rencontrer des partenaires de même statut. Avec son slogan "Le Vih ne tue pas et ne tuera jamais l’amour", cette structure, qui revendique plusieurs unions, donne la possibilité aux séropositifs de "multiplier leurs chances de rencontrer quelqu’un de bien et de pouvoir mener une vie de couple en toute quiétude", selon ses tracts. De nombreux sites de rencontres entre porteurs du virus du sida, où sont inscrits des Camerounais, existent aussi sur Internet. Au Cameroun, 5,5 % des adultes âgés de 15 et 49 ans sont touchés par le sida avec un taux de prévalence de 6,8 % chez les femmes.
"C’est une bonne solution pour les porteurs du virus du sida de se mettre ensemble, estime Dr Chantal Bian. Ils ont dans la plupart des cas un passé commun et cela leur donne un background qui leur permet de se comprendre, de se supporter." Un avis que ne partage pas la Swaa : "Ils pensent généralement que se mettre ensemble est bénéfique pour eux, mais, selon nous, cela contribue à les maintenir en vase clos. Nous plaidons pour qu'ils soient reconnus et acceptés comme des êtres humains à part entière et ne sommes pas d’accord qu’ils choisissent eux-mêmes de se mettre en marge de la société." Pour l'association, construire une relation durable sur la base d’un statut sérologique n’est pas porteur pour l’avenir d'un couple qui devrait prendre en compte essentiellement les sentiments amoureux.
Charles Nforgang (Syfia Cameroun), publié au Messager