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Société – Fantasmagorie
Lazare jeté dehors par sa famille d'accueil. Il déambule. Fureur dans la cité.
“ Ah les gens sont méchants ” ; “ Pendant que certains cherchent les enfants, d'autres en rejettent ” ; “ Il n'y a vraiment pas d'action sans intérêt ” ; … Propos de certaines âmes dites sensibles de Kribi, au sujet de Lazare. Présenté comme un revenant, cet homme a atterri dans la cité balnéaire il y a quelques semaines. Il a été abandonné le lundi 31 mars 2008 à la sous-préfecture par Mme Silla Marie-Thérèse. Cette enseignante l’hébergeait dans sa maison à proximité du Centre d'accueil des handicapés “ Arc en ciel ” de Mboamanga.
Mme Silla a ainsi rangé les affaires de Lazare dans un sac et ils ont pris le chemin de la sous-préfecture de Kribi. Sur les lieux, elle n'a pas rencontré le sous-préfet, Jean-Claude Eloundou. Ce dernier était en réunion de coordination à la préfecture. Selon Lazare le revenant, “ elle a rencontré son adjoint qui a dit qu'on ne pouvait rien faire pour moi à la sous-préfecture et qu'il fallait qu'on aille se chercher ailleurs. ” C’est ainsi que Mme Silla laisse le revenant avec son sac à la sous-préfecture en lui disant : “ J'ai ma réunion à Ebolowa ; je vais et je reviens te chercher … ” Selon les voisins de cette enseignante, elle allait en congé avec toute sa famille.
Les affaires sociales, aux abonnés absents
Las d'attendre, le présumé revenant se rend à la brigade de gendarmerie où il est chassé par les gendarmes de service. Il s’engage à retrouver la responsable du groupe de prière “ Mission de délivrance et de paix ” au quartier Ndombè. Cette dame est tradipraticienne et guérirait par les prières. Elle avait déjà passé deux semaines avec le revenant sans pouvoir le délivrer de la puissance des ténèbres. Lazare en est sorti complètement infirme. Au lieu de travail de la tradipraticienne, l’on constitue une équipe pour aller remettre Lazare à Mme Silla. Mais madame n’est pas là.
Dépassée, sœur Esther, la fille de la tradipraticeinne, déclare : “Pourquoi cette méchanceté ? Elle pouvait appeler maman et lui dire qu'elle avait envie que le malade vienne encore chez nous pour qu'on continue à prier sur lui. Elle va carrément l'abandonner à la sous-préfecture comme une vulgaire fagot de bois… ” Puis elle sort de ses gongs : “ Elle pensait que le revenant allait être fructueux pour elle et quand elle a vu que ça tardait, elle a préféré se débarrasser de Lazare ”. Elle n’est pas la seule qui accuse ainsi Mme Silla d’avoir voulu tirer des dividendes de l’hébergement du présumé revenant. “ J’ai été témoin quand madame Silla a amené un prêtre ici pour demander à Lazare s’il pouvait tourner le film de sa vie dans l’autre monde jusqu’à ce jour ”, confie une voisine de Mme Silla.
Sœur Esther rejoint le domicile du délégué départemental des affaires sociales de l’Océan. Le délégué, M. Ngué, est absent. Impossible de l’avoir au téléphone. “ Il est pourtant au courant de cette affaire et je ne comprends pas que jusqu’à cette heure il n’y ait encore aucune disposition pour prendre en charge Lazare ”, s’étonne Jean, un membre de l’équipe.
Le prêtre dépassé ; Lazare devient philosophe
Désemparée, l’équipe de sauvetage du revenant prend la direction de la cathédrale St Joseph. La réponse du curé, l’abbé Bédiani, est sans appel : “C’est moi qui l’avais orienté chez Mme Silla et elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour ce garçon qui raconte sûrement des histoires. Je ne peux rien pour lui ”. Et de conseiller : “ Amenez le et comme il dit qu’il a atterri à Douala, vous le mettez dans un car pour Douala. Peut-être que là-bas il retrouvera son chemin ”. Malgré cette réponse, sœur Esther essaie d’amadouer le prêtre pour que Lazare passe au moins la nuit à la cathédrale. “ Il est très malade. Ma mère a dit qu’elle peut s’occuper de lui mais à la seule condition qu’il soit loin d’elle ”, argumente-t-elle. Le prêtre reste intransigeant.
Lazare est ramené en dernier lieu à la gendarmerie. Le gendarme de service écoute toute l’histoire, le nez enfoui dans les papiers du Pmuc. Puis, il rétorque : “ Je suis désolé. Aucun texte ne prévoit ce genre de service à la gendarmerie et puisque vous êtes si gentils, prenez le donc chez vous ”. L’équipe se retire et abandonne le revenant à lui-même en lui demandant de se débrouiller. Sœur Esther promet d’aller chercher de l’argent pour lui trouver une chambre dans une auberge pour qu’il y passe la nuit.
Assis devant la légion de gendarmerie de Kribi, Lazare lance : “ Si je savais au moins qui j’étais, quelle est mon identité, ce serait passable […] Je travaillais dans une usine comme un forcené. Je ne savais pas quand la nuit tombait ni quand le jour se levait. J’étais battu, fouetté, ligoté, buvant le sang, ne connaissant pas le bonheur. Mais c’est pénible pour moi d’avoir été délivré de cette souffrance et de constater que là où je pensais que je pouvais retrouver la joie et la paix, je revive les mêmes peines de cœur. Je pense qu’il n’y a pas trop de différence entre ici et le monde d’où je viens. ” Les passants s’arrêtent quelques instants devant ce garçon solitaire et s’enfuient comme s’ils avaient le diable aux trousses.
Par Sévère KAMEN
Le 02-04-2008