La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv
Répressions et exactions
Depuis le début du soulèvement social qui a paralysé la partie méridionale du Cameroun, l’armée n’est pas allée de main morte pour réprimer les manifestants. Souvent au mépris des droits de l’homme.
« La ville de Douala est sous contrôle [des forces armées et polices Ndlr] », ne cessent de le seriner les médias à capitaux publics. Pour mater les manifestants qui sont sortis massivement la semaine dernière exprimer leur ras-le-bol contre la vie chère, le gouvernement a déployé ses moyens de répression. Depuis lundi 25 février 2008, date du début du mouvement populaire de la contestation sociale, il ne se passe plus de jours sans que l’on n’enregistre au sein des populations la riposte brutale des éléments des forces de l’ordre qui ont essaimé la ville de Douala. Interpellations arbitraires, bastonnades, barbarie, traitements inhumains et tueries. « Eviter les affrontements, nettoyer si c’est possible…», donne comme consigne d’un officier supérieur à ses éléments en dit long sur l’état d’esprit des troupes. « Dieu et nous seuls savons ce que nous avons fait comme exécutions entre mercredi et jeudi dans la ville de Douala », confie un officier.
Samedi 1er mars, au quartier Ndoghem I, les éléments d’une des unités spéciales de l’armée patrouillant aux alentours du carrefour Ange Raphaël, se sont déchaînés sur les jeunes qui se livraient à une opération d’investissement humain pour rendre praticable l’une des voies d’accès du quartier. Une dizaine de jeunes et de passants ont été interpellés et ont subi des sévices ignobles. «On nous a trempés dans les rigoles boueuses et bastonnés sauvagement », affirme un enseignant. Ils n’ont échappé au pire que grâce à la clairvoyance du Lieutenant colonel qui est arrivé à bord d’un camion militaires et qui s’est rendu compte que ses jeunes éléments n’étaient pas dans leur bon droit.
Malgré la reprise des activités, plusieurs exactions similaires et même des plus violentes sont encore enregistrées dans la quasi-totalité des quartiers dits « rebelles » de Douala. Notamment, Bonabéri, Village, Bonamoussadi, Bépanda, Feu rouge Bessengue, Bassa… La liste est loin d’être exhaustive. C’est ainsi que jeudi dernier, près de 2000 jeunes qui étaient partis du quartier Village pour une marche pacifique avec des pancartes où étaient inscrits des messages tels que : « Non à la casse, oui à la vie moins chère » ont été interceptés à la direction de la Camair à Bonanjo et obligés d’aller sur les genoux jusqu’à la légion de gendarmerie située à environ 300 mètres de là….
Menace d’exécutions extra-judiciaires
A ce jour, un peu plus de « 6000 interpellations » ont été effectuées. L’esplanade de la légion de gendarmerie, de la base navale, la brigade de gendarmerie de Mboppi et les différentes cellules de commissariats et brigades de gendarmerie de la ville de Douala sont archicombles. « Entre lundi et mardi, nous avons opéré des arrestations massives au point où tous les lieux de détentions sont pleins », affirme un commissaire. Avant d’ajouter, « C’est pourquoi lorsque nous arrêtons des manifestants, nous leurs infligeons des séquelles mémorables. On ouvre les crânes avec la cross de nos armes ou nous tirons dans les jambes ». D’autres unités préféraient plutôt molester les manifestants. « Nous sommes payés pour ça», affirme un capitaine de l’armée de terre.
Hier, dimanche 2 mars, quatre vingt quatre (84) de ces manifestants ont été déférés à la prison centrale de New-Bell. Au grand désarroi des responsables de cette maison d’arrêt qui déplorent le débordement des capacités d’accueil. Les autorités judiciaires sont mises à contribution pour engager les procédures d’usage. Dans ces conditions, certains observateurs craignent pour de nombreux innocents qui ont été interpellés arbitrairement et qui pourraient être victimes d’exécutions extrajudiciaires. Pour y échapper, des pratiques sont instaurées pour obtenir la libération de certains interpellés. « J’ai dû débourser 50.000 Fcfa pour faire libérer mon fils à la garnison de Mboppi», révèle un parent. La même somme était exigée aux manifestants interpellés à Bonamoussadi par les militaires. Dans certains commissariats et Brigades de la ville, le montant varie entre 20.000 et 30.000 Fcfa.
Mathieu Nathanaël NJOG