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Bilan humain
Round up sur l’ensemble des villes chaudes. A la suite des témoignages d’habitants et de reporters.
“ Lorsque le bilan humain et matériel de ces sombres journées pourra être fait, il sera probablement très lourd ”, affirme Paul Biya dans sa déclaration du mercredi 27 février vers 20h. Le président de la République sait probablement de quoi il parle. A cet instant, il est probablement au fait du bilan (provisoire) macabre du nombre de morts et de blessés.
Car, lundi 25 février 2008, à Bonabéri, l’on dénombre aux environs de 18 heures près de six morts et plusieurs blessés. Dans la journée déjà, à Bessengué, deux personnes sont tombées sous les balles. Un manifestant et un chef de famille atteint par une balle perdue devant son portail. A l’entrée de Douala, au quartier dit village, un jeune est atteint d’une balle perdue alors qu’il faisait le ménage devant son atelier. Dans la nuit, la descente des militaires dans le quartier Logbaba a fait deux morts, selon les témoignages des habitants.
Mardi 26 février 2008, les éléments du Gmi envoyés à Loum ouvrent sans ménagement le feu sur six jeunes et font une vingtaine de blessés. Pendant ce temps, l’on signale un mort à Bamenda. A Dschang, un jeune manifestant reçoit une balle devant l’entrée de l’hôpital de district. A Douala, au quartier village, une nouvelle victime est enregistrée. Pendant ce temps, à Sodiko-Bonabéri, deux présumés bandits, présentés comme auteurs des pillages, sont calcinés avec à leur côté leurs butins : un sac de riz de 50 kg et un bidon d’huile végétale de 15 litres.
Noyade dans le Wouri
Mercredi 27 février, les éléments de la Gmi ouvrent le feu sur des manifestants à Njombé. Deux élèves sur le carreau. Des dizaines de blessées sont transportées à l’hôpital de St. Malte. Le maire de la commune de Njombe-Penja, Paul Eric Kingue, parle en direct à l’émission “ Spécial crise ” sur Canal 2 International pour dénoncer ces bévues policières. Il écope d’une suspension de fonction (3 mois). La décision est publiée le vendredi 29 février 2008 par le ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale. Yaoundé, la capitale du Cameroun qui s’embrasse ce même jour, entraîne la riposte des unités spéciales des forces armées et polices. L’on annonce deux morts.
A Douala où la tension est encore montée, les éléments du commissariat du 1er arrondissement broient les jambes de cinq jeunes. Ils faisaient partie d’une bande qui voulait piller les boutiques au marché Congo. Environ 2000 jeunes, partis de Bonabéri en direction de Bonanjo dans une marche pacifique sont dispersés par l’hélicoptère de l’armée qui asperge du gaz lacrymogène. Prises dans un étau au milieu du pont du Wouri, plusieurs personnes se noient dans le fleuve. Difficile de chiffrer les morts.
L’après discours plus mortel
Jeudi 28 février, l’après message présidentiel est encore plus chaud. A Bamenda, certaines sources parlent de six morts alors que les sources officielles n’en identifient que trois. A Bonabéri, trois morts sont encore annoncés. A la Base navale, trois autres victimes sont signalées. A Village, on dénombre encore trois morts. Parmi lesquels, un père de famille tué vers 18 heures par une gendarmette sur l’axe lourd “ à la suite d’une incompréhension ”, signale-t-on à Yampen Ousmanou, Sous-préfet de Douala 3e en réunion de crise à la Communauté urbaine de Douala. Dans la nuit, les braqueurs ayant instauré un non man’s land au niveau du carrefour Bonfils où ils dépouillaient tous les passants de leurs biens sont pris en chasse par les forces de l’ordre en patrouille. Dans leur fuite, les braqueurs ouvrent le feu. Le quartier est par la suite quadrillé et l’échange de coups de feu fait aux dernières nouvelles quatre morts.
Du côté de l’armée, le bilan humain n’est pas des moindres. Selon des sources proches de la cellule de crise du gouverneur de la province du Littoral, deux hommes en tenue ont été grièvement atteints et plus de 70 hommes en tenue sont sous soins dans les différentes formations hospitalières de Douala.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 29-02-2008