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Joseph Ernest Essame
Selon les membres du Comité de facilitation du trafic maritime (Fal), les délais de passage des marchandises au port de Douala ne cessent de s’allonger. Membre du Syndicat Gefurcam, il évoque les raisons de la dégradation de la situation.
Qu’est-ce qui explique le fait que les délais de dédouanement soient passés de 16 à 21 jours ?
Les torts sont partagés. Mais je dois vous avouer que si la Sgs (Société générale de surveillance, Ndlr) a une part de responsabilité, la plus importante revient aux acconiers et à la Dit (Terminal à container de Douala, Ndlr). Parce que dès que vous avez terminé avec la douane, vous butez à un problème : le manque d’engins appropriés pour vous permettre de sortir votre container. Vous êtes contraint de faire cinq à dix jours supplémentaires pour enlever un container de quarante pieds.
Est-ce à dire que vous dédouanez la société générale de surveillance (Sgs) dans l’allongement des délais de passage ?
Ce n’est pas ce que je dis. Je reconnais que cette société a fait ses preuves sur la place portuaire même si on doit reconnaître que les attestations et vérifications à l’importation (Avi) traînent un peu. Pour résoudre ce problème, l’actuel ministre des Finances (Esimi Menye, Ndlr) a donné l’opportunité à certaines sociétés de dédouaner avant de régulariser, afin d’accélérer les procédures. Mais les retards persistent parce qu’on n’aborde pas le problème des acconiers et de la Dit. C’est un calvaire !
Qu’elle est la responsabilité de la douane dans tout ceci ?
Vraiment, je peux vous dire que la douane fait son travail. Les documents sollicités sont prêts le même jour. Maintenant, je pense que ceux qui sont particulièrement offusqués sont les gens qui travaillent essentiellement avec les documents non conformes. Il est normal que ceux qui vont en aventure au port rencontrent les problèmes. Sinon en cas de tracasseries, lorsque vous avez les documents conformes, il vous suffit de saisir la hiérarchie.
On envisage de libéraliser l’activité de la Sgs, qu’en pensez-vous ?
Cela peut apporter quelque chose, parce que lorsqu’il y a une concurrence sur le terrain chacun va essayer de bien faire pour améliorer les prestations et attirer la meilleure clientèle. L’autre problème est un problème de procédures. On a l’impression que le document délivré par le conseil national des chargeurs (Cnc) est pratiquement le même que délivre la Sgs. Pourtant, les compétences entre les deux structures sont bien articulées. Le Cnc donne la valeur de la marchandise telle que le fournisseur le lui a communiqué, alors que la Sgs fait les analyses pour donner la valeur de la marchandise et la ramène plus proche de la réalité.
La commission de lutte contre le commerce illicite du Gicam dénonce le fait que, chaque mois près de 200 containers disparaissent en douane. Qu’en pensez vous ?
Le problème part du fait que certains sont commissionnaires en douane agréés, aconiers, manipulateurs de containers et transporteurs. Bref ils font dans toutes les activités d’importation douanière. Ce mélange de rôles ne peut aboutir qu’à cette situation de disparition des containers.
Dans certains pays, les multinationales sont exclues du dédouanement des marchandises. Au Cameroun, ces multinationales saisissent les données et établissent même les manifestes. Pourtant, pour des besoins de sécurisation des recettes douanières ce sont les nationaux qui devraient faire ce travail. En outre, elles détruisent l’assiette fiscale d’autant qu’elles ne facturent pas comme le recommande l’arrêté ministériel n° 00189/Minefi/Dpm/Sdel du 10 mai 1999. Celui-ci permet aux commissionnaires en douane d’accorder des réductions n’excédant pas 15%. Or les succursales des multinationales leur accordent des réductions de l’ordre de 50 voire 75 % sur les prestations. Et ce sont les caisses de l’Etat qui prennent un sérieux coup.
Par Interview réalisée par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 10-01-2008