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La vie c'est savoir partager, j'essaie de partager avec vous ce que je sais mieux faire. Ma passion, le journalisme. J'attends vos commentaires pour annimer cet espace d'échanges et d'informations. Je ferai des efforts pour l'améliorer au jour le jour. Votre motivation sera mon leitmotiv

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Le Cameroun se chausse de l’imitation

Chaussures

 

La filière de la vente des chaussures est de plus en plus accusée d’être sous l’emprise des imitations.

 

1- Dans les méandres des chaussures en cuir

Au marché central de Douala, les boutiques et kiosques de vente des produits d’habillement sont les plus nombreux. Dans cette filière, la vente des chaussures occupe une place importante. Les vendeurs sont ambulants ou fixes, ils écument les servitudes du marché, les rues de nos villes, ou sont confortablement installés dans les boutiques. Preuve que la filière nourrit son homme même, si c’est au détriment de la clientèle. “ La vente des chaussures ne nourrit plus son homme comme avant. Maintenant nous faisons dans le maintien faute de mieux ”, lance Sali. Ce n’est pas de la prolifération que cette filière souffre, mais de la qualité des produits qu’elle offre. “ L’original est rare dans les chaussures, le marché est inondé par l’imitation ”, lance Eric T., commerçant de chaussures en cuir dans le même marché. Et son voisin d’ajouter : “ la marque importe peu actuellement. Ce que les clients regardent se sont les coupes, les designs et les couleurs assorties. ”

Le phénomène date, mais pour les commerçants, il a pris des proportions avec “ l’invasion chinoise ” dans le commerce camerounais. “ Avec le faible pouvoir d’achat des Camerounais, les clients cherchent où ils peuvent se procurer des chaussures à bon prix, no- nobstant la qualité”, serine Eric T., avant de regretter le bon vieux temps. “ Pourtant, il y a quelques années encore, les clients mettaient l’accent sur la qualité d’abord. ” Conséquence, pour pouvoir joindre les deux bouts et satisfaire toutes les bourses, même les propriétaires des boutiques qui garantissaient l’originalité des marques n’hésitent plus de se procurer les chaussures de contrefaçon. “ Nous mélangeons les originaux et les imitations pour satisfaire toutes les bourses. Sinon nous ne pourrions pas nous en sortir ”, avoue Oliver K., propriétaire d’une boutique de vêtements.

Pour autant, les commerçants ne font rien pour que la différence saute aux yeux. “ Les clients sont très souvent méfiants, ils préfèrent jouer les connaisseurs et lorsque cela nous profite, on ne peut pas cracher sur une opportunité. Car, dans le commerce, autant on gagne sur un client, autant on perd sur un autre. C’est ainsi que nous parvenons à faire les équilibres ”, affirme Wouakoue. Toutefois, les commerçants disent avoir des solutions d’échange pour satisfaire les clients férus des chaussures d’origine. “Même dans la chaussure originale, chaque bourse peut trouver son compte. Les prix varient en fonction des pays d’origine. Les françaises sont plus chères, les italiennes un peut moins et les espagnoles encore moins”, précise Eric T.

Les origines des chaussures sont diverses. Si pour les chaussures originales on cite la France, l’Italie et l’Espagne, les spécialistes parlent aussi du Maroc. Mais toutes les chaussures originales ont leur pendant sur le marché. Ce sont les chaussures d’imitations. “ Nous nous ravitaillons aussi chez les Chinois, car nous avons constaté que les Camerounais aiment bien leurs produits du fait de leur prix défient toute concurrence ”, affirme Grégoire vendeur à la sauvette au boulevard de la liberté. Et de renchérir, “ il faut dire que les chaussures chinoises ne sont pas toujours de très mauvaise qualité. Si l’on prend en compte le fait que même les usines de productions des grandes marques de chaussures sont installées en Asie (Vietnam, Cambodge, Chine,…) où la main d’œuvre est à vil prix. ” On comprend que ces pays servent aussi de rampe de fournitures de notre marché des chaussures d’imitation à la qualité approximative, mais au design impeccable et qui se confond quasiment à l’original.

D’autres pays animent cette filière de la contrefaçon. C’est le cas de l’importante ouverture qu’offre le marché de Dubaï en approvisionnement en produits divers. Ainsi que des ravitaillements faits dans le marché béninois. Les imitations de savetiers camerounais ne sont pas en reste. Mais on minimise encore leur ampleur. Car, ils sont très vite reconnaissables. Ils s’activent beaucoup plus dans l’imitation des coupes de chaussures hommes. Toutefois, les acteurs de la filière sont unanimes sur le fait que ce sont les chaussures femmes qui sont les plus contrefaites. Toutefois, les chaussures hommes ne sont pas en reste.

 

2- Les chausseurs locaux sont aussi victimes de la contrefaction

Il est lointain, le bon vieux temps du chausseur “ Bata ”. Cette société a chaussé plusieurs générations de Camerounais bien avant les indépendances. Aujourd’hui, c’est avec un brin de nostalgie que plusieurs Camerounais s’en souviennent encore. Notamment avec ce slogan évocateur “ Pas un pas sans Bata ”. La société française a mis la clé sous le paillasson en début des années 90. La crise économique avec ses corollaires a fini par avoir raison du promoteur Thomas Bata. La libéralisation certes contrôlée a conduit la porosité de nos frontières. Ce qui a favorisé l’entrée massive des produits de contrefaçon. Notamment dans les chaussures faites en polyéthylène (plastiques).

Malgré cet environnement peu favorable, plusieurs sociétés à capitaux privés camerounais et à capitaux étrangers (notamment libanaise) continue d’animer la filière. Malheureusement, les opérateurs économiques qui animent la filière dénoncent la porosité de nos frontières. Vendredi 16 novembre 2007, la société “ Le Chausseur ” a effectue une descente musclée au marché Mboppi de Douala et au marché Mondial de Bafoussam aux fins d’exécuter une ordonnance de justice. Par l’entremise des huissiers de justice, elle a saisi une importante cargaison de chaussures plastiques dames de sa marque phare “ Eva ” contrefaite. L’importante saisie a permis de dessaisir dans les boutiques et magasins des commerçantes Lodjio Martine au marché Mboppi, Mesdames Bouopda Kanouo Rosine Nadine Valérie, Tchinda Marie et Kamfouo Nadège à Bafoussam, une importante cargaison de chaussures estampillées “ Mama ” ayant par contrefaçon les mêmes caractéristiques que toutes les chaussures de marque “ Eva ” dont la société “ Le Chausseur ” réclame la propriété. Marque protégée à l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (Oapi) sous l’enregistrement du N° 02595.

En revanche, Mme Martine Lodjio qu’on accuse d’animer cette filière de la contrefaction en allant se procurer le même motif de chaussure en Côte d’Ivoire auprès de la société le Zenith Plastic s’en défend. “ Je ne suis pas fabricante de chaussure, je suis importatrice. Avec mon agrément, j’importe de Dubaï, Nigeria, Bénin, Côte d’ivoire, tous les produits que j’estime pouvoir écouler facilement sur le marché camerounais ”, indique Martine Lodjio. Elle dit même ne pas comprendre cet acharnement. “ Pourquoi, il n’y a que chez une pauvre veuve comme moi que cette société a orienté sa saisie injustifiée. La marque Mama incriminée que je vends entre autres, n’est pas la même que celle d’Eva évoquée. Si on parle du motif, il y a trois autres sociétés qui fabriquent le même motif. A La société Siplast des Libanais ce motif est marqué New Era. Les Chinois aussi font dans le même motif ”, clarifie Mme Martine Lodjio. Avant d’enfoncer le clou. “ Cette chaussure date depuis l’indépendance, et elle est prisée par les femmes rurales. C’est une invention de la défunte société Bata qui était installée dans le monde métier. Dois-je donc déduire que toutes ces sociétés sont passibles de contrefaçon pour avoir fait fabriquer le même moule à quelques différences près ? ”

Mais pour la société “ Le Chausseur ”, elle met à l’index la porosité de la douane qu’elle accuse même de complicité. Soutenu par un arrêté de l’Oapi N°06/0038/Oapi/Dg/Dpg/Ssd reconnaissant que la marque “ Mama ” est une contrefaçon de la marque “ Eva ”, elle a saisi la direction générale de la douane depuis le 8 janvier 2007 pour que ses services compétents stoppent cette importation, en vain. D’ailleurs, elle annonce une action d’envergure qui va consister à faire saisir à partir de la douane une importante cargaison de cette marque de chaussure qui est arrivé au port de Douala cette semaine dernière. Et qui sera suivi d’une action au pénal pour dommage et intérêt. “ Je n’ai pas peur du tribunal. C’est d’ailleurs la société Le Chausseur qui va me dédommager pour les pertes qu’elle m’a fait subir avec la saisie opérée chez moi. Car, la Sni qui était actionnaire de la défunte Bata va démontrer que les moules de la Bata ” rétorque-t-elle. A la société le Chausseur, on estime qu’elle fait dans la diversion, car, la société Le Chausseur existe depuis les années 80 et fabrique cette marque en toute priorité.

 

3- Les entreprises trinquent

Plusieurs autres sociétés de fabrication de chaussures plastiques à l’instar de la Compagnie Batoula et Siplast disent aussi être victimes de la contrefaçon de plusieurs de leurs produits. Les sociétés camerounaises de fabrication des chaussures et les vendeurs des chaussures en cuir d’origine dénoncent la forte incidence de la contrefaçon dans leur activité. “ La contrefaçon est en violation du code du commerce, du code fiscal et du code de la douane. Curieusement, aucune de ses institutions ne fait rien pour combattre ce fléau. Pourtant, cela entretient une concurrence déloyale. Puisque ceux qui entretiennent cette contrefaçon n’ont pas les mêmes charges”, déclare le propriétaire de Cuir Vachelle. Pendant ce temps, les sociétés camerounaises victimes sont au bord de la banqueroute. “ Nous comptions 200 employés il y a encore un an, aujourd’hui, il ne reste que dix sept employés. Nous avions été obligés de compresser et mettre en congé technique plusieurs de nous employés. Car, nous sommes actuellement quasiment en arrêt. La marque Eva représentait 70% de notre chiffre d’affaires ”

 

Par Mathieu Nathanaël NJOG

Le Message du 7-12-2007

 

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