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Le morguier de l'hôpital de Déido intimidant la dame
Vie quotidienne : Après Garoua, Ngaoundéré, Bertoua, Bafoussam et Yaoundé
Une quinquagénaire portant un enfant d’un an a failli se faire lyncher à l’école publique de Déido hier matin. La population l’a assimilée à la prétendue sorcière qui sème la psychose dans la ville de Douala depuis deux semaines.
Il est 11h15, en ce matin de jeudi 4 octobre. Le commissariat du 9ème arrondissement, sis au carrefour de l’école publique Deido, est pris d’assaut par une foule nombreuse. Accrochée sur la barrière, elle rend l’accès du commissariat impossible. Tous ces hommes et femmes ont accouru pour voir la “ sorcière ”. Comme une traînée de poudre, la nouvelle s’est répandue, et les gens sont partis de partout. “ Je viens de la rue Pau à Akwa ; dès que j’ai appris la nouvelle, j’ai emprunté une moto-taxi pour venir voir cette sorcière qui a créé la psychose dans la ville, au point de contraindre la plupart de maisons à accrocher l’arbre de paix pour qu’elles ne soient pas les prochaines victimes ”, affirme Delphine.
Dans l’enceinte du commissariat, une femme, la cinquantaine dépassée, est assise sur une chaise au poste de police commissariat du 9è Arrondissement, un bébé frêle sur les jambes. La femme est hystérique. En langues Bandjoun, en pidgin et en français, elle maugrée des paroles en brandissant son poignet droit, et en réclamant sa carte nationale d’identité. Elle se plaint du poignet de sa main droite qui est enflé après avoir reçu un coup de crosse de fusil. Elle accuse l’officier de police Nyemeck Hoot Ferdinand. Il a pourtant extirpé l’infortunée des mains de la population déchaînée. Au commissariat, les policiers sont divisés sur ce cas. L’officier Paul Tchouo a interrogé la vieille dame en langue bandjoun ; il estime que c’est une erreur sur la personne.
Le commissariat 9è pris d'assaut par les populations
Polémique
En revanche, plusieurs autres collègues de l’officier estiment qu’elle répondrait au portrait-robot de la redoutable sorcière. En outre, elle a une attitude suspicieuse. “ Pourquoi l’enfant qu’elle porte ne pleure pas ? Pourquoi elle refuse de donner son nom, celui des ses voisins, la situation de sa maison... ? ” Autant d’interrogations posées par les femmes policières. Jules, le morguier de l’hôpital de district de Déido, est venu en ajouter. Avec un bois d’ébène à la main, il a procédé, disait-il, à annihiler les pouvoirs de la sorcière, en récupérant ses deux bagues. Pour lui, ce sont ces anneaux qui feraient son pouvoir. “ C’est mon chapelet et mon alliance ”, rétorque-t-elle. Et un policier de reconnaître le dizainier. Il recommande qu’on lui remette ses bijoux.
Pour le patron du commissariat du 9è arrondissement, c’est un cas complexe. “ Autant, elle nous pose un problème parce qu’elle ne facilite pas la collaboration, autant il faut éviter que dans l’effervescence de la psychose qui s’est emparée de la ville, les populations ne finissent par prendre pour cible une innocente ” déclare Issa Barhoul, commissaire de police, avant d’ajouter “ Nous savons demander à ceux qui peuvent reconnaître cette sorcière d’entrer, mieux encore de faire venir une famille victime de son passage, aucun de tous ceux qui se sont proposés, ne sont parvenus à le soutenir. ” Dans cette situation, il a saisi sa hiérarchie qui a dépêché sur les lieux le commissaire de la police judiciaire avec un véhicule pour récupérer la vieille dame. A 12h30, le véhicule de la police a quitté le commissariat 9e. Il a pris la direction de la Pj, à Bonanjo sous forte escorte des motos-taxis.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 05-10-2007