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« Formaliser le système informel serait tuer son dynamisme »

Dr. Joseph Kamkumo, Expert en fiscalité

 

Qu’est-ce qu’une économie informelle ?

L’informel c’est tout ce qui échappe à l’économie moderne du développement. Les premiers investisseurs se sont concentrés sur les côtes, les localités riches en matière première ou dans les grandes villes, ont fini par marginaliser l’essentiel de l’économie traditionnelle. Ainsi marginalisé, l’économie traditionnelle qui représente 90% de l’occupation territoriale et par conséquence de l’économie nationale a par ramification chercher les moyens de s’imposer. On peut prendre le cas des banques où à l’informel les sont opposés des tontines.

 

Une activité informelle est-elle par essence précaire ?

Précaire, je ne le dirais pas, mais ce qu’on peut dire plutôt c’est une activité qui est par essence spontané. Pour autant, il faut se méfier de penser que, parce que spontané, elle est  précaire. Lorsqu’on regarde l’univers économie on se rend compte que toutes ses activités dites informelles sont même très résistantes. C’est dire qu’elles font leur preuve sinon, elles n’existeraient pas. En prenant les exemples des tontines, on ne peut pas dire qu’elles sont précaires. En tout cas, pas plus précaires que les banques dont les faillites ont suscitées un scepticisme auprès des populations.

 

Croyez vous qu’elle influence l’économie camerounaise ?

Absolument. Lorsqu’on voit la problématique entre les banques et les tontines, je crois que les tontines ont fait leurs preuves. Et parce que les banques modernes ne couvrent en réalité que les 10% du territoire, les populations vivant dans les autres 90% du territoire ne régulent leur économie qu’à partir des tontines où elles conservent et fructifient leurs épargnes. C’est sur cette base mutuelle que survivent la plupart des camerounais. Ce qui justifie cette propension à l’informel. En sommes, si on parle du système informel aujourd’hui, c’est un aveu de l’échec du système formel.

 

Le secteur informel affaibli-t-il la compétitivité de l’économie camerounaise ?

C’est une approche qui ne me convainc pas. Parce qu’il n’est pas facile de formaliser les activités informelles. Le faire serait tout simplement tuer ce dynamisme là. Je ne vois pas les banques remplacer les tontines, ni les tontines remplacer les banques. Même en prenant l’aspect fiscal, il faut reconnaître que le système informel n’est pas contre l’impôt. Il est tout simplement question de rendre plus incitative la fiscalité et les reformes facilitant des affaires. De manière à rendre les délais de création d’entreprises plus courtes et en améliorant l’imposition afin d’aboutir à un impôt plus juste.  De manière à arriver à l’augmentation des recettes fiscales en ramenant le plus grand nombre de contribuables.

 

Par Mathieu Nathanaël NJOG

 

 

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