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Manifestations - Mobilisations des paysans à travers le Cameroun
Depuis le 1er juin 2016, les populations riveraines et victimes des expropriations de la Socapalm dans les régions du Littoral, du Centre et du Sud multiplient les actions visant à rentrer dans leurs droits. Elles estiment avoir été victime du dumping social.
L’ambiance est particulière ce 1er juin dans les villages Mbongo, Dibombari, Safacam, Kienké, pour ne citer que ceux-là. On apprend alors que ce mouvement d’humeur est organisé simultanément dans les différents villages où sont implantés les champs de la Socapalm. Constituée en syndic, la Synergie nationale des paysans et riverains du Cameroun (Synaparcam), les populations riveraines de la centaine de villages concernés ont décidé de perturber pacifiquement les activités de la Socapalm. Arborant les tee-shirts blues identiques pour certains, d’autres dans leur haillons tiennent fièrement des banderoles sur lesquels ont peut lire entre autre : «Socapalm : oui au dialogue Socal», «Eau, route, électricité». Pour illustrer ces banderoles, une colonne de femmes fait partir des manifestants qui parcourent les villages et les champs de la Socapalm avec des lampes à pétrole sur la tête. Et Pierre Pfouma de déclarer : «Pas de repos à la Socapalm tant que le dialogue ne sera pas ouvert avec les riverains».
La pomme de discorde porte sur le processus de cession des terres communautaires dont plusieurs organisations dans le monde s’activent à défendre, notamment en Afrique. Ces milliers terres de terres arables ont été dépossédées aux populations locales pour permettre l’installation d’une agro-industrielle dans l’optique d’accroitre la production nationale en huile de palme. La Socapalm, société d’Etat créée en 1968 a été privatisée en 2000. Le concessionnaire ou le repreneur devrait poursuivre les missions de service public qui incombait à cette agro-industrielle. Il s’agissait entre autre : - La compensation de la perte de l’usage de terres et zones de pêche. Malheureusement ce ne sera pas le cas. Outre, l’espace vital qui leur avait été concédé autour desdits villages et la rétrocession de certaines terres, les riverains revendiquent aujourd’hui leurs droits concernant le soutien au développement des plantations villageoises et un accès à l’emploi, ainsi que des infrastructures de services publics essentiels aux villages (cases de santé, écoles, accès à l’eau potable, entretien des routes, électrification pour certains villages,…).
Pour la Synaparcam, présente dans cinq plantations et revendiquant plus de 1000 membres, elle déplore que malgré des bénéfices de près de 4 milliards Fcfa réalisés au cours de l’exercice 2015 par la Socapalm, et près de 1,7 milliards Fcfa par la Safacam, les populations locales ne bénéficient d’aucune retombée significative et voient s’agrandir chaque jour le fossé des promesses de développement des villages qui avaient été faites à leurs ancêtres afin qu’ils acceptent avec une facilement déconcertante l’implantation de ces plantations. «Le sort des communautés ne fait qu’aller de mal en pire, notamment à cause de l’exploitation sauvage de zones de plus en plus grandes», souligne Guillaume Nyobe, membre de Synaparcam-Koungue. Selon le rapport de plusieurs enquêtes des organisations internationales de défense des concession foncière illégale au profit des agro-industrie, il ressort qu’en 1968 lorsque l’Etat décide de créer la Socapalam et la Safacam, des hectares de forêt ont été défrichés puis progressivement remplacés par le palmier à huile, réduisant d’autant les surfaces sylvicoles jusqu’alors utilisées par les populations locales pour leurs activités de chasse et de cueillette.
Par ailleurs, depuis ces années, ces populations riveraines de ces plantations, faute de voir arriver dans leur villages des externalités positives de l’exploitation de leurs terres par la Socapalm et la Safacam, et à force d’en subir les impacts négatifs (pollution des rivières, du sol, de l’air, réduction des forêts alentour, exploitation des bas-fonds qui étaient encore récemment utilisés par les paysans), ont interpellé plusieurs fois les directions responsables afin d’ouvrir le dialogue sociale. Quel n’est pas leur grande surprise de constater que le consortium Socfin reste réfractaire à cette démarche. Pourtant ce concessionnaire de la Socapalm et la Safacam est un groupe agro-industriel multinational spécialisé dans la culture de palmiers à huile et d'hévéa. La Convention de cession indique qu’elle est contrôlée par l’homme d’affaire belge Hubert Fabri à 50,2% des parts et par le français Vincent Bolloré à 39% des parts. Par ailleurs, le groupe dispose de sociétés financières et opérationnelles en Belgique, au Luxembourg et en Suisse qui gèrent des agro-industries dans une dizaine de pays africains et asiatiques.
Dilatoire des dirigeants de Socfin
Même l’organisation des villageois en syndic pour mieux porter leurs revendications ne trouve pas d’interlocuteur. Pourtant il y avait eu une leurre d’espoir le 28 avril 2015, suite à des mobilisations pacifiques sur les plantations de Dibombari, et de Mbongo, des dirigeants de la Socapalm, s’étaient engagés à prendre attache avec les autorités administratives des départements de l’Océan, du Nyong et Kellé et du Moungo, dont la compétence s’étend respectivement sur les plantations de la Socapalm Kienke, Eseka et Dibombari, pour y installer les cadres tripartites de dialogue avec la Synaparcam et afin que les revendications légitimes des riverains puissent être prises en charge. C’était du saupoudrage. Rien de tout cela. C’est pour forcer la main que dans les plantations des villages de (Mbambou, Mbongo, Dibombari, Safacam, Kienké) les riverains se sont mobilisés en masse le 1er juin 2016, pour enfin se faire entendre leurs voix. Ils n’entendent pas s’arrêter là. Ils optent désormais passer à une action plus grande, celle d’attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur les violations des conventions internationales de l’Ocde. Car ces citoyens ne demandent à la Socfin qu’une chose : respecter les droits des communautés locales. «Nous demandons donc une rencontre, dans les meilleurs délais, entre la Synaparcam et vous-même, pour ouvrir un réel dialogue constructif et définir les modalités de résolution des conflits». Dans cette option, la Synaparcam donne une conférence de presse ce vendredi 3 juin 2016 à Douala. Surtout que le groupe Socfin, profitant de la corruption des fonctionnaires, poursuit l’expansion illégale de sa superficie réelle d’exploitation. Ainsi, entre 2009 et 2015 les plantations de la société sont passées de 129 658 ha à 185.324ha, soit une augmentation de 30%. «La politique d’expansion agressive du groupe a mené à des accaparements de terres dont les impacts sur les conditions de vie des populations locales ont provoqué de nombreuses réactions des villageois directement affectés», dénonce les rapports des Ong internationales.
Mathieu Nathanaël Njog
Article publié dans Aurore Plus du 03 juin 2016