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Découverte – Carte postale
Le nom en lui-même détermine le chef-lieu du département de la Menchum et celui des populations de cette cité qu’on appelle les Wum (ou Wuum ou Aghem).
1- Une destination touristique
Wum est le chef-lieu du département de la Menchum et de l’arrondissement du même nom. Les populations sont essentiellement des bantou Grassfields (anglo-bamiléké), et parlent six langues nationales (Modele, Mukuru, Okoromandjang, Befang, Bangui, Obang) propre à ce département. On n’y retrouve aussi une communauté des nomades Bororo qui ont fini par se sédentariser au point de former un village autonome sur les versants des montagnes où ils se livrent à l’agriculture et à l’élevage des vaches. On les reconnaît par leur visage fin, leur teint plus clair et leur morphologie svelte.
Le département de la Menchun et son chef lieu Wum ont été rendus célèbres par la catastrophe du Lac Nyos de son vrai nom Lac Lwi, devenu populaire sous le nom de lac Nyos, Nyos étant le nom du village voisin du lac, situé à 40 Km de la ville de Wum. Cette catastrophe survenue le 21 août 1986, à la suite d’une échappée de dioxyde de carbone libéré des eaux du lac sur un diamètre d’un kilomètre a asphyxié les habitants des villages environnant, faisant un bilan de 1746 morts laissant le paysage quasi intact. Depuis lors, le Cameroun a entrepris une opération de dégazage. Ce qui en fait un lieu de pèlerinage que les autochtones proposent systématiquement à toute personne étrangère, mieux une destination touristique que le Cameroun vend tant bien que mal.
Le lac Nyos est un barrage naturel de roches volcaniques où est piège un étang d’eau. Il est à 1 200m d’altitude, sur le flanc du Mont Oku, le long de la ceinture camerounaise des volcans inactifs, longue de 1 400km et où le Mont Cameroun (4 095m) reste le seul volcan en activité de cette chaîne. Pour atteindre Wum, il faut évidemment emprunter la Ring road. La Ring Road est une route praticable par la gauche jusqu’à Wum et par la droite jusqu’à Nkambé. Actuellement c’est un anneau brisé puisque l’absence d’un pont entre Weh et Nkambe transforme le trajet en un véritable rodéo où il faut mettre un minimum de 3 à 4 jours avec un véhicule 4x4 pour relier Nkambe à Wum. Pourtant c’est le passage inévitable pour parcourir la boucle Bamenda –Wum – Kumbo – Nkambe – Bamenda qu’on appelle affectueusement Ring road. Et que les populations rêvent voir bitumer. Le préfet de la Menchum, Mamoudou Haman, l’annonce comme le grand projet que le gouvernement va réaliser dans cette région dans les mois à venir. Le projet a été retenu, le budget débloqué, il ne reste plus qu’a l’attribué afin que les travaux de grand chantier démarrent.
2- Carnet de route
Apres être parti de Douala pour Bamenda où on a passé une nuit avant de reprendre la route le lendemain aux premières heures de la matinée pour Wum. De Mankon, centre ville de Bamenda, nous ne serions pas du tout dupe, puisqu’on va emprunter la gauche de la Ring Road. L’axe passant dans l’arrondissement de Bafut, pour un trajet de 80km. Un axe d’un relief très accidenté composé de deux plaines, l’une de Mbakon dans l’arrondissement de Bafut et l’autre de Nghong dans l’arrondissement de Wum. La première descendante et la seconde montante, sont essentiellement serpentées. Mais livre un paysage paradisiaque où l’on voit chevaucher tout au long du parcours un décor verdoyant d’une forêt mi tropicale, mi montagnarde qui s’étend à perte de vue sur une chaîne montagneuse qui captive le voyageur. Pendant ce temps, le conducteur doit faire preuve de beaucoup de concentration au volant pour négocier les virages successifs et une route où alterne allégrement à chaque 100, 200 voire 300m, le goudron et la terre ferme. Des portions de terre où dos d’ânes et nids de poules sans œuf forment les dénivellements, qui provoquent des secousses effrénées et obligent le conducteur à ne pas rouler au-delà de 30Km/h.
On traverse la Mezam sur lequel on vient de construire un pont étroite à une seule voie, la Menchum et quelques uns de leurs affluents sur lesquels sont dressés des ponts de singe brinquebalantes. Aux abords, on observe des plongeurs qui puisent le sable à l’aide des pirogues ou des parcelles marécageuses de petites superficies qui servent à la riziculture. Le fonds national de l’emploi (Fne) vient d’ailleurs d’allouer 180 millions Fcfa pour financer la riziculture à grande échelle. Bien avant d'arriver dans la ville de Wum, situé au sommet du col Nghong Kesu, on croise d’importants glissements de terrain qui coupent très souvent Wum de Bamenda sur plusieurs jours. Mais aussi d'impressionnantes cascades de la Menchum, avec le lit des rivières qui se faufilent dans la roche volcanique pour plonger au bout de leur course sur plusieurs dizaines de mètres formant ainsi des chutes brutales, mais langoureuses. Ambiance de safari.
3- Le carburant le gaz domestique des denrées rares
Au bout de 2h30mns, on atteint la petite ville de Wum, nichée au sommet d’un col et au coeur des montagnes, ce qui fait tout son charme. La plupart des voyageurs empruntent un car de voyage ou un taxi-brousse en déboursant 2000 à 2500 Fcfa. Certains ayant raté les chargements empruntent des motos-taxis au prix de 4500 ou 5000 Fcfa. Très souvent les conducteurs prennent des réserves de carburants dans des bidons en prévision des pénuries permanentes que connaît cette ville. Malgré qu’elle soit dotée d’une station service. «Le carburant est primordial dans ce département. Avec les coupures régulières de l’énergie électrique, les populations en ont besoin pour alimenter les lampes tempêtes, faire la cuisine, les automobilistes rechignent de faire cette ligne et les motos-taxis ne peuvent pas accompagner nos enfants à l’école», souligne Mamoudou Hamana. Pourtant le maire Charles Njukwe, est sous-directeur à la société nationale des hydrocarbures (Snh) à Yaoundé.
Cette pénurie entraine des tensions sociales. «Avec les éboulements qui nous coupent de Bamenda cela vire à une menace à la paix qu’il faut toujours user du tact pour calmer les populations», affirme le préfet. C’est fort de tout cela que Chuo Cyprian Akwo, élite de la localité a obtenu du Directeur général de Tradex, Pérrial Jean Nyodog d’ouvrir une nouvelle station dans cette ville. Celle-ci est ouverte au public depuis le 31 juillet 2009. A la grande joie des populations qui ont fait massivement le déplacement pour saluer cet investissement social, mais aussitôt pour se ravitailler. «Avec les ruptures de stock, cela favorise la vente effrénée du carburant frelaté que vont se procurer les revendeurs au Nigeria voisin où les populations se rendent en marche à pied à partir de Wum», soutient Samuel Diba, le délégué départemental de l’énergie et de l’eau. Emmanuel Tamnga, Directeur de la distribution et du stockage a rassuré le préfet de ce que Wum ne connaîtra plus des rationnements en carburant. La capacité de stockage 70m3 de cette 17è station Tradex au Cameroun en témoigne. Tout en reconnaissant que Tradex enlève une épine aux pieds des populations de ce département, le préfet s’est joint aux voix des populations qui ont posé comme doléances que la station soit dotée d’un groupe électrogène pour assurer la permanence du service à la pompe, la construction d’une fosse pour les vidanges des véhicules et la vente du gaz domestique. Pour cette dernière préoccupation, Tamnga a promis que la distribution du gaz domestique et la commercialisation des produits d’usage courant dans la boutique de la station suivra courant le mois d’août.
Mathieu Nathanaël NJOG à Wum, article publié dans Le Messager