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Agro-industrie - Extension de Hevecam
C’était au cours de la tenue de palabre que la chefferie de ce village a abrité le 28 juin dernier. Assises au cours desquelles les populations locales d’un coté et les représentants de Hevecam SA et de l’administration de l’autre ont eu beaucoup de mal à accorder leurs violons.
C’est sous un ciel particulièrement menaçant qu’Elogbatindi, village situé à 40 km d’Edéa et 65 de Kribi se présente en ce matin du 28 juin 2012. Une menace prise très au sérieux par la chefferie locale dont le maitre des lieux multiplie les rites traditionnels pour attirer le soleil. Des gris gris qui apparemment marchent bien car le ciel se met à se dégager progressivement. Toutefois, Sa Majesté Mboua Béanga sera plutôt surpris par ces véritables coups de tonnerre venant de ses sujets qui ont investi la cour de son palais dès les premières heures de la matinée. La pomme de discorde n’est rien d’autre que l’exécution du décret présidentiel n°2012/099 du 12 mars 2012 accordant des concessions foncières à la société Hevecam dans le département de l’Océan en général et l’Arrondissement de Lokoundjé en particulier. Une concession d’une superficie totale d’un peu plus de 18 000 hectares repartis en quatre blocs donc celui d’Elogbatindi appelé à couvrir 3972 hectares.
Le Chef Elogbatindi pour sa part n’y voit que des avantages comme elle le martèlera d’ailleurs dans son mot de bienvenue à l’endroit de ses hôtes de marque que sont les autorités administrative et municipale territorialement compétentes qu’accompagnait une forte délégation d’Hevecam. C’est ainsi qu’elle va exprimer sa gratitude au chef de l’Etat pour ce projet qui marque dans sa zone de compétence, le passage des grandes ambitions aux grandes réalisations en apportant le développement aux générations actuelles et futures. Un avis que ne partagent pas entièrement les élites dont le professeur Tétanyé Ekoé était la tête de file. Leur son de cloches sera exclusivement tourné sur le revers de la médaille. C’est dans cette logique que l’éminent homme de science va souligner la réalisation prochaine dans la même zone de deux autres projets d’envergure à savoir la ligne de chemin de fer Edéa-Lolabè et les deux lignes hautes tensions qui vont également relier les deux localités susmentionnées.
Des projets qui à leur tour nécessiteront de bonnes emprises foncières d’où la question de savoir ce qui restera aux riverains qui tirent d’ailleurs l’essentiel de leurs revenus de l’agriculture extensive. Une activité génératrice de revenus qui va gagner en intensité quand on sait que lesdites populations ambitionnent de faire de leur terroir le grenier agricole qui va approvisionner Kribi, futur pole de développement économique et social du Cameroun et de la sous région Afrique centrale. On comprend alors pourquoi ces interrogations du professeur ont été saluées par des ovations nourries qui ont eu le tort d’agacer le chef du village et se hôtes. Le ton va d’ailleurs vite monter au point où le Sous-préfet de l’arrondissement de Lokoundjè et le premier adjoint au maire de la commune du même nom seront obligés de multiplier des appels au calme.
Le Sous-préfet de l’arrondissement de Lokoundje, Mountapbémè Péfoura réussira à calmer les esprits en précisant que toutes les préoccupations des populations seront transmises à la haute hiérarchie. Cependant, en attendant il est question d’arrêter de commun accord entre les parties prenantes, un cahier de charges dont l’élite avait d’ailleurs conçu une mouture. Lecture en sera d’ailleurs faite séance tenante ouvrant ainsi la voie à un long débat durant lequel le directeur administratif et des ressources humaines de Hévécam se révèlera être un fin négociateur allant même jusqu’à faire usage du Bakoko, la langue locale. Alain Loé puisse qu’il s’agit de lui réussira à tirer l’épingle de cette agro-industrie du jeu tout en prônant un partenariat gagnant-gagnant. Les maigres concessions qu’il fera avait trait à une bande d’environ 4 km qui va séparer la route principale des trois futurs secteurs de production de 2500 hectares que vont se partager les villages Elogbatindi, Déhanè, Dikobè, Mbébé et Ndolenda. Le reste du bloc sera consacré aux plantations villageoises car la société s’engage à promouvoir l’hévéaculture dans la zone. D’autre part, ses engagements portent également sur la construction et la réhabilitation de plusieurs infrastructures sociales. Le représentant du Directeur général d’Hévécam finira même par se faire ovationner en présentant le camion de denrées alimentaires gracieusement offertes aux villageois pour cette dot suivant l’expression du premier d’entre eux. Les élites pour leur part sont restées méfiantes en raison probablement de la récente actualité en provenance de la plantation de Niètè.
Damien Tonyè
Encadré
Qui a bu boira.
La société Hevecam S.A, située à 40 km de Kribi vers Akom II dans l’arrondissement de Niètè, est avec ses 41 000 hectares dont près de la moitié plantée, sa production de caoutchouc de 30 000 tonnes par an et ses 7000 emplois directs, la première agro-industrie de la région du Sud et le troisième employeur du Cameroun. Ce mastodonte crée en 1975 a été privatisé en 1996 avec comme acquéreur GMG international, filiale du Groupe Sinochem international depuis 2008. Un repreneur qui n’a jamais brillé par le respect de ses engagements. A ce sujet il convient de rappeler qu’il s’est fait taper sur les doigts pendant plus de 10 ans avant de consentir à régler le bail emphytéotique d’un montant de 150 millions de Fcfa par an couvrant la location des terrains exploités. Ce qui fait d’Hevecam un foyer de tension sociale permanent. Le plus récent est sans aucun doute ce mouvement d’humeur qui a paralysé Hevecam en début d’année. Grève née du fait que les patrons chinois refusaient de verser aux employés les dividendes de l’infime partie du capital (2%) qui leur revient. Malgré les multiples descentes sur le terrain du Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, les travailleurs qui dans leur grande majorité connaissent des conditions de travail et de vie très pénibles, tardent toujours à rentrer dans leurs droits. Situation qui a d’ailleurs fait planer l’ombre du boycott des ces travailleurs sur la place des fêtes de Kribi le 1er mai dernier. Au final, Hévécam était bel et bien représenté au défilé malgré que ses carrés ne fussent pas aussi fournis que par le passé. L’avenir quant à lui fera-t-il d’Elogbatindi l’exception qui confirme la règle de ce drôle de partenariat « gagnant-gagnant » à la chinoise ? La question reste entière.