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Fête du travail et de l’aliénation

Demain, 1er mai 2008, le Cameroun, de concert avec la communauté internationale, va célébrer la 122e fête du travail. Cette journée puise son origine dans l’histoire des revendications pour une amélioration des conditions de travail et de vie. Mais chez nous, on a l’impression qu’elle ne donne lieu à aucune prise de conscience. Et pourtant, les conditions de vie et de travail sont alarmantes au pays de Paul Biya. Si une bonne partie des « travailleurs » sont sous-employés, sous-rémunérés et non enregistrés, l’essentiel d’entre eux ne bénéficient pas de la protection sociale.

Dans son ouvrage L’Afrique et les défis de l’extension de la sécurité sociale – L’exemple du Cameroun, l’ancien directeur général de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps) et actuel ministre en charge de l’Economie, Louis Paul Motazé, affirme, se basant sur des statistiques établies en 2005, que 82,5% d’employés au Cameroun ne jouissent pas de la sécurité sociale. Ce qui représente près de 4.003.558 travailleurs. Ils se recrutent essentiellement dans le secteur privé, les professions libérales et ceux relevant de l’économie informelle. En revanche, la sécurité sociale ne couvre que les 17,5% restant. Constitués de 130.696 fonctionnaires relevant du portefeuille de l’Etat et 728.746 travailleurs salariés du secteur privé structurés et régis par le Code du travail.

Malgré tout, travailleurs ou chômeurs, débrouillards ou sans emploi, ils vont célébrer la 122e fête du travail dans l’euphorie et les beuveries après avoir pris part au défilé officiel. On va alors voir fourmiller des gens en tee-shirt ou en tenue de certaines entreprises. L’arme de l’aliénation qu’utilisent certains employeurs, qui, très souvent entre deux fêtes, ne croient pas bon de payer régulièrement les salaires, pire, de se conformer aux conventions de l’Organisation internationale du travail (Oit) ratifiées par le Cameroun.

Celles-ci obligent pourtant l’Etat à entreprendre un certain nombre d’actions destinées à améliorer la situation des travailleurs, notamment: - la réglementation des heures de travail ; - le recrutement de la main-d'œuvre ; - la garantie d'un salaire assurant des conditions d'existence convenables; - la protection des travailleurs contre les maladies générales ou professionnelles et les accidents résultant du travail; -la protection des enfants, des adolescents et des femmes; - les pensions de vieillesse et d'invalidité, la défense des intérêts des travailleurs occupés à l'étranger; - l'affirmation du principe « à travail égal, salaire égal »; - l'affirmation du principe de la liberté syndicale; - l'organisation de l'enseignement professionnel et technique ; etc.

C’est en effet pour tout cela que le 1er mai 1886 a marqué l’histoire des revendications ponctuées par le mouvement sanglant des syndicats américains. La manifestation aura des répercussions inattendues pour la classe ouvrière internationale. Trois ans plus tard, en 1889, le congrès de l'Internationale socialiste réuni à Paris décide de consacrer chaque année la date du 1er mai « Journée de lutte à travers le monde ». Le « 1er mai » sera d'abord récupéré par la révolution bolchevique, puis par les Nazis, et enfin par le régime de Vichy qui le transformera en « Fête du travail » et qui en fait, dès 1941, par la loi Belin, « un jour chômé et payé ».

Prenant le prétexte de la présente édition de cette fête, Le Messager jette un regard sur les conditions de travail au Cameroun. En observant la situation du travailleur en effet, l’on est marqué par un phénomène, le travail au noir. Votre quotidien revient sur cette problématique pour en montrer l’ampleur et tenter une explication. Au-delà, une question s’impose : qu’a concrètement déjà fait le ministère du Travail et de la sécurité sociale pour que toutes les conventions de l’Oit ratifiées par le Cameroun soient appliquées afin que les employés soient considérés comme des travailleurs ? 

 

Par Mathieu Nathanaël NJOG

Le Messager du 30-04-2008

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