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Procès des manifestants à Douala
Les procès des présumés manifestants tirent vers la fin. L’ambiance surchauffée des premières audiences est retombée. Les violations de procédures et le rançonnement restent néanmoins légion.
Lundi 17 mars 2008, au tribunal de première instance (Tpi) de Ndokoti, il est 14h 15mn lorsque le camion de la prison centrale de New-Bell déverse son contenu. Dix gardiens de prison, pour autant de prévenus. Mais à la grande surprise d’une des familles présentes, leur enfant, le nommé Chounna Toudem Christian Bijotat, élève en Tle D au lycée de Bonamoussadi, ne fait pas partie de ce dernier contingent. La famille entreprend des négociations auprès des éléments du pénitencier. C’est alors qu’on apprend qu’une erreur s’est glissée au moment de l’extraction des prévenus de la prison. “ Il y a eu confusion entre Chounna et Tchounang Francis. Lorsqu’on s’est aperçu de l’erreur, nous l’avons fait descendre du camion et il en a profité pour fondre au quartier ”, explique un des gardiens de prison à la famille. Cette famille obtient contre 5 000 Fcfa et la mise à disposition d’un véhicule, qu’on réquisitionne un maton avec lequel ils vont aller extraire Chounna Christian de la prison. “ Si un prévenu n’est pas extrait de prison et qu’on clos les audiences, il va rester en prison à vie”, affirme un gardien de prison.
Cet aveu révèle les manœuvres qui ont abouti à la disparition de plusieurs prévenus pourtant supposés avoir été enregistrés et entendus, puisqu’ils apparaissent sur les procès verbaux de la police judicaire (Pj) et des documents du juge d’instruction. “ Nous avons eu des procès avec plusieurs incongruités pareilles. Où, dans un dossier comportant plusieurs jeunes accusés de coaction dans ces procès de flagrant délit, on se retrouve à la barre avec des absences de prévenus qu’on n’explique pas. Les juges condamnent ceux qui sont présents et dressent des mandats de dépôt pour les autres. Sans pour autant se soucier de comment est-ce qu’ils se sont soustraits des autres prévenus ”, dénonce Me Nguimtsop, avocat. Pendant ce temps, au Tpi de Bonanjo, les audiences du jour se sont achevées à 16 heures et les affaires restantes renvoyées pour le lendemain. Une cinquantaine de prévenus attendent encore d’être jugés.
Des chiffres approximatifs
Dans les deux Tpi de Douala, les statistiques des affaires enrôlées par le parquet dans le cadre des procès des présumés manifestants interpellés lors des soulèvements sociaux du 25 au 29 février dernier ne sont pas encore centralisées. Seules des estimations sont données. Près de 1 000 prévenus ont été déférés au parquet, et regroupés dans un peu plus de 300 dossiers déjà jugés. Soit près de 350 prévenus au Tpi de Ndokoti et près de 650 prévenus au Tpi de Bonanjo. Pour seulement près de 200 acquittements, soit près de 150 jeunes pour lesquels un non lieu a été requis dès le premier jour et près de 50 jeunes-gens reconnus non coupables jusqu’ici. “ Des acquittements à la tête du client ”, déplorent les avocats souvent contraints de se constituer gratuitement par humanisme pour ne pas laisser “ la machine automatique de distribution de peines qui a été mise en place pour condamner des présumés innocents poursuivre sa besogne ”, soulignent les avocats. Les indiscrétions à la prison centrale de New-Bell confortent ces estimations.
Pour l’instant au niveau du greffe du Tpi de Ndokoti, plus d’une cinquantaine de recours en appel ont été déjà introduits contre plus d’une centaine au Tpi de Bonanjo. “ Toutes les condamnations rendues devraient logiquement faire l’objet d’appel. Malheureusement, certains prévenus, par ignorance ou pour non assistance, ne seront pas à mesure de respecter les délais ”, fait remarquer Me Eyango, avocat. A se demander où sont passées les Ong ayant annoncé avoir requis des avocats pour défendre ces prévenus gratuitement. Elles sont en tout cas invisibles dans les prétoires.
Par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 19-03-2008