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La balkanisation du Nkam en questions

Vie communautaire

La tournée de remerciements d’un fils du département devenu ministre à la faveur du gouvernement du 7 septembre dernier s’est transformée en un tribunal populaire.

 

1- Un arbre pour barrer la route au ministre

Le ministre délégué auprès du ministre des Finances dans le gouvernement du 7 septembre 2007 est un fils du département du Nkam. Pierre Titti n’en est pas le premier. Il est le sixième ministre que le département du Nkam ait connu depuis l’indépendance du Cameroun. Après Robert Nah (ministre des Finances sous le régime Ahidjo), Bernard Massoa II (ministre des Sports 1992-1994), Esaïe Toko Mangan (ministre de la Culture 1994-1996), Pierre Moukoko Mbonjo (ministre de la Communication 2002-2006), Ebenezer Njoh Mouelle (ministre de la Communication 2006-2007).

Mais il a tenu à remercier les populations de cette région qu’il tient plus ou moins responsables de sa promotion. Le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) y a remporté l’unique siège de député à l’Assemblée nationale et les quatre mairies d’arrondissement. Pierre Titti, alors directeur du budget et coordonnateur départemental de la campagne électorale du Rdpc, a été présenté comme l’artisan de cette victoire écrasante du parti au pouvoir. Son nouveau poste est apparu comme une récompense pour services rendus. Mais, son arrivée au gouvernement a provoqué la sortie d’un autre fils du terroir : Ebénezer Njoh Mouelle. Le philosophe qui y avait remplacé un autre fils du Nkam, Pierre Moukoko Mbonjo, n’a mis qu’un an au gouvernement.

Ces multiples va et vient des fils du Nkam dans les différents gouvernements, ont tissé un voile d’intrigues, de délation, de haine, et de joutes oratoires. Les clans se sont formés entre les partisans de tel ou tel ministre. Les 21 et 22 décembre dernier, lors de la tournée de remerciements de Pierre Titti aux populations, les démons de la division ont refait surface. A l’avant dernière étape de Yingui, un arbre a été renversé dans la nuit, barrant la route qui mène au chef-lieu de l’arrondissement éponyme. Il a fallu des conciliabules avec un des gardiens de la tradition de cette localité pour libérer la voie avant l’aube.

 

2- Batailles intestines

La dernière étape à Yabassi a été marquée par des passes oratoires entre le député Gaston Komba et le maire de Yabassi, Samuel Désiré Kwedi. Pierre Titti n’échappe donc pas à ses querelles de clochers. “ Monsieur le ministre menez votre mission sans vous soucier des sirènes de mauvaise foi. Car même si vous donnez du bonheur à tout le monde il y en a aura toujours des gens pour médire de vous ”, conseille Maurice Doubé, président du comité d’organisation.

Il ne fait aucun doute que “ le Nkam souffre de la division de ses fils ”, dénonçait encore les officiants de la messe œcuménique. “ Cette gangrène freine plus le développement du Nkam que sa position de département le plus enclavement du Cameroun ”, rumine Essomé. Face à ce climat sulfureux, Ebenezer Njoh Mouelle avait essayé de jouer la carte du rassemblement et de l’apaisement. Il s’est éloigné des batailles de positionnement politique en refusant de parrainer des clans au sein du Rdpc. Cela n’avait pas été bien perçu. Son attitude avait été jugée de poncepilatisme. Pierre Titti sera-t-il capable de concilier tous ces clivages ? On le créditait avant même son entrée au gouvernement des qualités d’homme généreux, sociable et affable. Mais l’homme qui a fait de l’unité des fils et filles du département du Nkam son cheval de bataille, a du mal à se faire entendre. “ Sommes-nous des acteurs du dialogue, de la concertation et de la paix entre fils du Nkam ? ”, a-t-il rasséréné lors de ses sorties publiques. Car pour Gaston Komba, “ la politique n’est pas l’apologie des coups bas, mais de la construction. ” Malgré les divergences, Pierre Titti a engagé les populations du Nkam dans la voie de l’unité. “ Prenons l’engagement de regarder dans la même direction, car ce n’est qu’ensemble, main dans la main, en toute fraternité que nous arriverons à amorcer le développement du Nkam et à bâtir un Nkam nouveau que nous rêvons tous”, a-t-il déclaré.

 

3- Soupçon d’université à Yabassi

Au terme de la première session budgétaire de l’Assemblée nationale, le député du Nkam a obtenu l’extension de l’Université de Douala à Yabassi. Les tractations pour la concrétisation de ce projet vont bon train. “ Tous les filles et fils du Nkam devraient manifester leur engagement collectif à soutenir ce projet de délocalisation d’une partie de l’université ”, invitera Pierre Titti. Selon certaines indiscrétions, Yabassi devrait bénéficier d’une faculté des beaux arts et d’une faculté des sciences halieutiques. Le lycée de Yabassi dont les infrastructures sous exploitées et en désuétude, pourrait abriter les deux facultés, dans un premier temps. Le lycée de Yabassi, avec une capacité de 5000 places et d’un internat de 2000 places, accueille actuellement moins de 700 élèves. Un véritable gâchis, pour l’un des premiers grands lycées en Afrique centrale.

Le projet de l’extension de l’Université de Douala à Yabassi ne pourra pas résoudre tous les problèmes du département du Nkam. La route est visiblement très longue. “Dire que le Nkam est enclavé est peu dire. Monsieur le ministre, le Nkam espère plus que jamais de votre nomination ”, affirmera Samuel Désiré Kwedi. Les élites sont souvent indexées comme principal handicap. L’on les accuse de ne pas servir le Nkam, mais de se servir. Cependant, l’espoir est-il permis ? Le député du Nkam avait promis pendant sa campagne de donner le meilleur de lui-même de faire entendre la voix du Nkam au cours son mandat. Il s’était engagé à obtenir des investissements concrets afin que le département du Nkam retrouve son lustre d’antan. Sous la tutelle allemande, il était traversé par la première route économique du Cameroun. A la faveur de son potentiel agricole et de sa position stratégique (frontalier à six autres départements).

 

4- Eclatement du département

Pierre Titti a, pendant sa tournée, palpé les réalités du terrain. Il s’est étonné du niveau de désenclavement du Nord-Makombé, son district natal, en particulier et du Nkam en général. Car, ce département ne dispose d’aucune infrastructure routière moderne. Pour franchir les 55 Km qui séparent la ville de Nkondjock à celle de Bafang, il faut dix heures en saison des pluies, contre trois heures en saison sèche. Ceux du Nord-Makombé contournent, pour passer par Bazou où ils bravent les 50 Km en six heures.

De même pour partir de Nkondjock à Yabassi (100 km), les populations mettent plus de 24 heures en saison pluvieuse. La route Bonepoupa – Yabassi (48 km) n’est pas mieux lotie. A ce sombre tableau, il faut ajouter le manque de l’électrification, le difficile accès à l’eau potable, le déficit d’infrastructures sanitaires et scolaires.

Devant toutes ces frustrations, les élites du Nkam-Nord rêvent de l’éclatement du département. Elles demandent l’érection du Nkam-Nord en département et la construction urgente du pont sur la Makombé dont le premier financement de plus de 200 millions Fcfa, aurait été détourné en 1996. Le Nkam tout entier réclame un deuxième siège de député.

 

Par Mathieu Nathanaël NJOG

Le 09-01-2008

 

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