Carnet de route

Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 17:24

Découverte - Célébration

Les préparatifs des festivités marquant le cent cinquantenaire de la cité balnéaire créée par le missionnaire Alfred Saker entrent dans leur phase décisive. Ils rencontrent l’opposition de la conférence des chefs traditionnels.

 

I- Les récriminations des chefs traditionnels

A deux semaines du démarrage des festivités du 150è anniversaire de la ville de Limbe, le délégué du gouvernement de la Commune urbaine de Limbe (Cul), Motanga Andrew Monjimba, a donné samedi 14 novembre 2009, une conférence de presse dans la salle de délibération de l’hôtel de ville. Il était en compagnie des principaux membres du Comité d’organisation (Co) à l’instar de Mbongo Molongo Noah, le président du comité d’organisation ; l’ancienne député, Gwendolyn Burnley, vice-présidente et Mme Etombi Gladys Ikome, coordonnatrice du comité de suivi.  Les débats ont essentiellement porté sur l’appel au boycott lancé par la conférence des chefs traditionnels du chef-lieu du département du Fako. Ce qui justifie leur absence à cette rencontre avec la presse et même leur non implication dans les préparatifs. «On célèbre quoi ? Rien n’a été construit pour concourir au développement qui mérite une telle célébration pour une ville qui a tant d’années d’existence et qui porte un pan important de l’histoire du Cameroun. Cela cache mal une volonté manifeste de distraction des fonds», affirme chief Ekoum, président de la conférence des chefs traditionnel de la ville de Limbe.

A en croire, certains proches des chefs traditionnels, le chapelet des récriminations des autorités traditionnelles de cette ville est encore plus acerbe. Ils réclament entre autre que les autorités municipales rebaptisent la ville du nom de Victoria, sa première appellation. Ils dénoncent l’indifférence des autorités compétentes et élites de s’impliquer dans l’épineux et préoccupant problème de désignation du chef supérieur de Limbe). «Ils ne font rien pour défendre les intérêts locaux et résoudre cette situation explosive qui fragilise une réelle assise traditionnel», souligne notre interlocuteur. Bien plus, les chefs traditionnels décrient, le non recrutement des fils et filles des régions anglophones au projet du Yard pétrolier et au port de Limbe. Et même la décadence silencieuse du port de Limbe.

En réplique à toutes récriminations, Motanga Andrew a rappelé aux journalistes que cette conférence n’était pas organisée pour répondre aux chefs traditionnels. «Les chefs sont nos pères et des autorités dont on reconnaît le pouvoir traditionnel. A ce titre ils sont libres d’avoir leur opinion que nous respectons sur les affaires de la cité. Mais il y a des exigences qui ne sont pas de notre compétence. Le changement du nom de la ville de Victoria pour Limbe est un décret du chef de l’Etat et pas une délibération de la communauté urbaine. Et puis on ne peut pas autant demander sur le plan des investissements à une Communauté urbaine qui a à peine 4 ans d’existence», affirme Le délégué du gouvernement. Avant de confier : «Nous espérons que d’ici le début des festivités ils vont revenir à de meilleurs sentiments. Les négociations sont en cours.»  Non sans rappeler que, la Cul et les trois maries de Limbe partenaires à cette célébration, ne sont pas les organisateurs mais des facilitateurs.

 

II- Leitmotiv : Unité et progrès

Pour le Comité d’organisation, la machine est irréversible, la célébration du 150è anniversaire aura bel et bien lieu du 3 au 5 décembre 2009. Elle a l’onction de la plus haute hiérarchie de la République. Prévue pour se tenir en décembre 2008, l’année de son cent cinquantenaire, « le Co a été confronté aux difficultés de mobilisation des fonds. Préalablement porté à 280 millions Fcfa, le budget a été ramené à 97 millions Fcfa », Mbongo M. Noah. A ce jour «le niveau des préparatifs est de 80%», affirme Mme Etomi Gwladys. Et pour sa réussite, toutes les compétences ont été sollicitées non sans tenir compte des origines et des chapelles politiques. «Cette célébration n’est pas une affaire des seuls autochtones de la ville de Limbe, mais de toutes populations vivantes dans cette cité balnéaire chargée d’un pan de l’histoire du Cameroun. Cela dit c’est la richesse culturelle du Cameroun dans son ensemble qui sera valorisée», souligne honorable Gwendolyn Burnley. Toutes les communautés résidantes à Limbe sont impliquées et vont vendre la richesse culturelle de leur terre souche. Car il s’agit de célébrer l’évolution historique de cette ville qui a été écrite avec toutes ces personnes issues des flux migratoires à la recherche du mieux être. Car Limbe est une ville particulière au regard de cet héritage culturel et sa population cosmopolite où l’on retrouve de personnes de différentes tribus et nationalités vivant dans la paix.

Pour le président du Comité d’organisation, cette célébration n’est pas une première, le cinquantenaire et le centenaire de la création de cette ville ont été célébrés avec faste et solennité. A ce titre, ce 150è anniversaire est placé sous le thème : «Rallumer la flamme de l’unité et du progrès». Elle a pour objectif de mobiliser les partenaires au développement afin de créer une synergie de modernisation de cette ville au cour de ce 21è siècle – Créer des opportunités qui permettront de résorber la pauvreté – Vendre la richesse culturelle du Cameroun et des atouts de cette région afin d’en faire une destination touristique très prisée par toutes ces personnalités qui viendront d’ailleurs. Notamment, les délégations des 27 mairies des pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique qui seront présentes à cette célébration. Et qui tiendront un colloque scientifique international et l’assemblée générale de l’Alliance internationale des anneaux de la mémoire (Aiam) dont le président est l’ancien chef d’Etat du Bénin, Nicéphore Soglo. Une première pour cette association basée en France, qui va tenir ses assises hors de la France.

Pour auréoler cette fête, le Comité d’organisation dit n’avoir pas fait dans la dentelle. On annonce des activités sportives et culturelles. On peut citer : l’organisation d’un carnaval que n’a jamais connu cette ville, l’élection Miss Limbe qui ne sera pas l’éloge de la beauté mais de la connaissance de Limbe sur le plan historique, géographique et linguistique afin qu’elle serve d’ambassadrice, une célébration œcuménique qui va consolider le microcosme religieux que représente cette Limbe dans l’histoire religieuse du Cameroun.

 

III- Remimber Alfred Saker

Limbe a été fondée sous le nom de Victoria par le missionnaire anglais Alfred Saker en 1858. Lorsque Don Carlos Chacon, Commandant de l'escadre navale espagnole et gouverneur général des îles espagnoles de la côte Ouest-africaine débarque à Fernando Pô avec la détermination de faire la chasse au protestantisme pour installer le catholicisme, exactement comme dans le royaume d'Espagne. Il contraint Alfred Saker à traverser l’océan atlantique pour atteindre la  côte du continent africain où se dressait le pic volcanique du Mont Cameroun qu’il dévorait sans cesse d’admiration et d’envier de franchir. Le 27 mai, Alfred Saker tient un grand meeting à Fernando Pô pour annoncer qu’il va quitter cette localité où il est installé depuis des années pour aller conquérir de nouveaux territoires occupés par des peuplades encore sauvages dans le but de convertir et civiliser ces communautés au christianisme. C’est alors que Alfred Saker parcourt les localités de Bimbia et de Douala. Il décidé alors de s’installer et de donner à cette ville le nom de la reine d’Angleterre, Victoria. La côte balnéaire de cette ville, la clarté des eaux qui donnent sur le bord de l’océan atlantique et le climat, vont décider son choix.

Il y trouve un écho favorable auprès du chef de Bimbia, Sa majesté Bile William qui accepte de le céder des parcelles importantes de terre pour implanter des infrastructures (église, école, logements et imprimerie) adéquates pour sa mission. Après avoir porté le nom de Victoria pendant 126 années, le chef de l’Etat par un décret présidentiel du 16 mai 1982 rebaptise cette ville du nom de Limbe. Nom dérivé de la rivière qui traverse la ville et qui est celui du nom de l'ingénieur, Limburgh qui a construit le premier pont à l'entrée de la ville. C'est dans cette ville que Saker a crée la première mission chrétienne de la côte camerounaise et le premier établissement européen permanent au Cameroun. Imprégnant une influence britannique dans cette région qui reste fortement ancrée et marquée avec la langue anglaise qui est dominante dans la communication, mais aussi aux produits d’origine britannique qui sont très appréciés. Limbe est une ville de la région du Sud-Ouest du Cameroun qui s’étend sur le versant sud du Mont Cameroun sur une superficie de 191 km2. Elle est devenue une destination touristique. Au lendemain de l’indépendance, son port était avec celui de Douala les plus importants du Golfe de Guinée. Mais aujourd'hui, celui de Douala est devenu le seul port d'entrée du Cameroun. Si celui de Kribi, dans la région du Sud va connaître des travaux d’extension pour en faire un des plus importants de la sous-région, le port de Limbe est bloqué dans une douce léthargie. Il y a les plantations de palmeraies, et d’hévéa de la Cameroon development corporation (Cdc) qui ceinture la ville et lui donnent un paysage pittoresque. Le sol volcanique, la chaleur et l'humidité de la région sont particulièrement avantageux pour ce type de culture. Mais elle abrite aussi une des plus hautes pluviométries du monde dans la localité d’Idenau, plus précisément à Debundscha qu’on cite aussi pour on et son lac de cratère.

 

Mathieu Nathanaël NJOG, à Limbe; Article publié dans Le Messager

Par Njognath - Publié dans : Carnet de route
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /2009 19:11

Découverte – Carte postale

Le nom en lui-même détermine le chef-lieu du département de la Menchum et celui des populations de cette cité qu’on appelle les Wum (ou Wuum ou Aghem).

1- Une destination touristique

Wum est le chef-lieu du département de la Menchum et de l’arrondissement du même nom. Les populations sont essentiellement des bantou Grassfields (anglo-bamiléké), et parlent six langues nationales (Modele, Mukuru, Okoromandjang, Befang, Bangui, Obang) propre à ce département. On n’y retrouve aussi une communauté des nomades Bororo qui ont fini par se sédentariser au point de former un village autonome sur les versants des montagnes où ils se livrent à l’agriculture et à l’élevage des vaches. On les reconnaît par leur visage fin, leur teint plus clair et leur morphologie svelte.

Le département de la Menchun et son chef lieu Wum ont été rendus célèbres par la catastrophe du Lac Nyos de son vrai nom Lac Lwi, devenu populaire sous le nom de lac Nyos, Nyos étant le nom du village voisin du lac, situé à 40 Km de la ville de Wum. Cette catastrophe survenue le 21 août 1986, à la suite d’une échappée de dioxyde de carbone libéré des eaux du lac sur un diamètre d’un kilomètre a asphyxié les habitants des villages environnant, faisant un bilan de 1746 morts laissant le paysage quasi intact. Depuis lors, le Cameroun a entrepris une opération de dégazage. Ce qui en fait un lieu de pèlerinage que les autochtones proposent systématiquement à toute personne étrangère, mieux une destination touristique que le Cameroun vend tant bien que mal.

Le lac Nyos est un barrage naturel de roches volcaniques où est piège un étang d’eau. Il est à 1 200m d’altitude, sur le flanc du Mont Oku, le long de la ceinture camerounaise des volcans inactifs, longue de 1 400km et où le Mont Cameroun (4 095m) reste le seul volcan en activité de cette chaîne. Pour atteindre Wum, il faut évidemment emprunter la Ring road. La  Ring Road est une route praticable par la gauche jusqu’à Wum et par la droite jusqu’à Nkambé. Actuellement c’est un anneau brisé puisque l’absence d’un pont entre Weh et Nkambe transforme le trajet en un véritable rodéo où il faut mettre un minimum de 3 à 4 jours avec un véhicule 4x4 pour relier Nkambe à Wum. Pourtant c’est le passage inévitable pour parcourir la boucle Bamenda –Wum – Kumbo – Nkambe – Bamenda qu’on appelle affectueusement Ring road. Et que les populations rêvent voir bitumer. Le préfet de la Menchum, Mamoudou Haman, l’annonce comme le grand projet que le gouvernement va réaliser dans cette région dans les mois à venir. Le projet a été retenu, le budget débloqué, il ne reste plus qu’a l’attribué afin que les travaux de grand chantier démarrent.

 

2- Carnet de route

Apres être parti de Douala pour Bamenda où on a passé une nuit avant de reprendre la route le lendemain aux premières heures de la matinée pour Wum. De Mankon, centre ville de Bamenda, nous ne serions pas du tout dupe, puisqu’on va emprunter la gauche de la Ring Road. L’axe passant dans l’arrondissement de Bafut, pour un trajet de 80km. Un axe d’un relief très accidenté composé de deux plaines, l’une de Mbakon dans l’arrondissement de Bafut et l’autre de Nghong dans l’arrondissement de Wum. La première descendante et la seconde montante, sont essentiellement serpentées. Mais livre un paysage paradisiaque où l’on voit chevaucher tout au long du parcours un décor verdoyant  d’une forêt mi tropicale, mi montagnarde qui s’étend à perte de vue sur une chaîne montagneuse qui captive le voyageur. Pendant ce temps, le conducteur doit faire preuve de beaucoup de concentration au volant pour négocier les virages successifs et une route où alterne allégrement à chaque 100, 200 voire 300m, le goudron et la terre ferme. Des portions de terre où dos d’ânes et nids de poules sans œuf forment les dénivellements, qui provoquent des secousses effrénées et obligent le conducteur à ne pas rouler au-delà de 30Km/h.

On traverse la Mezam sur lequel on vient de construire un pont étroite à une seule voie, la Menchum et quelques uns de leurs affluents sur lesquels sont dressés des ponts de singe brinquebalantes. Aux abords, on observe des plongeurs qui puisent le sable à l’aide des pirogues ou des parcelles marécageuses de petites superficies qui servent à la riziculture. Le fonds national de l’emploi (Fne) vient d’ailleurs d’allouer 180 millions Fcfa pour financer la riziculture à grande échelle. Bien avant d'arriver dans la ville de Wum, situé au sommet du col Nghong Kesu, on croise d’importants glissements de terrain qui coupent très souvent Wum de Bamenda sur plusieurs jours. Mais aussi d'impressionnantes cascades de la Menchum, avec le lit des rivières qui se faufilent dans la roche volcanique pour plonger au bout de leur course sur plusieurs dizaines de mètres formant ainsi des chutes brutales, mais langoureuses. Ambiance de safari.

 

3- Le carburant le gaz domestique des denrées rares

Au bout de 2h30mns, on atteint la petite ville de Wum, nichée au sommet d’un col et au coeur des montagnes, ce qui fait tout son charme. La plupart des voyageurs empruntent un car de voyage ou un taxi-brousse en déboursant 2000 à 2500 Fcfa. Certains ayant raté les chargements empruntent des motos-taxis au prix de 4500 ou 5000 Fcfa. Très souvent les conducteurs prennent des réserves de carburants dans des bidons en prévision des pénuries permanentes que connaît cette ville. Malgré qu’elle soit dotée d’une station service. «Le carburant est primordial dans ce département. Avec les coupures régulières de l’énergie électrique, les populations en ont besoin pour alimenter les lampes tempêtes, faire la cuisine, les automobilistes rechignent de faire cette ligne et les motos-taxis ne peuvent pas accompagner nos enfants à l’école», souligne Mamoudou Hamana. Pourtant le maire Charles Njukwe, est sous-directeur à la société nationale des hydrocarbures (Snh) à Yaoundé.

Cette pénurie entraine des tensions sociales. «Avec les éboulements qui nous coupent de Bamenda cela vire à une menace à la paix qu’il faut toujours user du tact pour calmer les populations», affirme  le préfet. C’est fort de tout cela que Chuo Cyprian Akwo, élite de la localité a obtenu du Directeur général de Tradex, Pérrial Jean Nyodog d’ouvrir une nouvelle station dans cette ville. Celle-ci est ouverte au public depuis le 31 juillet 2009. A la grande joie des populations qui ont fait massivement le déplacement pour saluer cet investissement social, mais aussitôt pour se ravitailler. «Avec les ruptures de stock, cela favorise la vente effrénée du carburant frelaté que vont se procurer les revendeurs au Nigeria voisin où les populations se rendent en marche à pied à partir de Wum», soutient Samuel Diba, le délégué départemental de l’énergie et de l’eau. Emmanuel Tamnga, Directeur de la distribution et du stockage a rassuré le préfet de ce que Wum ne connaîtra plus des rationnements en carburant. La capacité de stockage 70m3 de cette 17è station Tradex au Cameroun en témoigne. Tout en reconnaissant que Tradex enlève une épine aux pieds des populations de ce département, le préfet s’est joint aux voix des populations qui ont posé comme doléances que la station soit dotée d’un groupe électrogène pour assurer la permanence du service à la pompe, la construction d’une fosse pour les vidanges des véhicules et la vente du gaz domestique. Pour cette dernière préoccupation, Tamnga a promis que la distribution du gaz domestique et la commercialisation des produits d’usage courant dans la boutique de la station suivra courant le mois d’août.

Mathieu Nathanaël NJOG à Wum, article publié dans Le Messager

 

Par Njognath - Publié dans : Carnet de route
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Mardi 5 juin 2007 2 05 /06 /2007 17:38

Découverte

 

C'est l'enclave où ont été retrouvés les débris de l'avion de la Kenya Airways qui s'est écrasé dans la nuit du 4 au 5 mai 2007. Depuis lors, le village est sorti de l'anonymat. Mbanga Pongo, une célébrité maculée de sangSociété/Cadre de vie C'est l'enclave où ont été retrouvés les débris de l'avion de la Kenya Airways qui s'est écrasé dans la nuit du 4 au 5 mai 2007. Depuis lors, le village est sorti de l'anonymat.

 

1- Au commencement, une terre de cocotiers

 

Mbanga Pongo est une appellation savante de la civilisation bantoue. Il y a quinze ans, le village était encore appelé Mbanga ma Pongo. Traduction : " Le territoire des cocotiers ". Ici, règne Sa Majesté Abate Melinga. Historiquement, la localité est une pêcherie où dominent les cocotiers. Une savane sablonneuse rivalise avec une forêt essentiellement faite de palmiers. Dans les années 70-80, les pêcheurs de retour de leur labeur s'y réfugiaient pour se reposer ou pour fumer du poisson. Les dernières levées topographiques (2007) des services du cadastre évaluent la superficie de l'enclave de Mbanga Pongo à près de 450 ha. Cette clairière jouxte le quartier Boko dirigé par le chef supérieur de 3ème degré, Sa Majesté Kamdem.

 

Mbanga Pongo a fait l'objet de plusieurs conflits fonciers. Les communautés Bonapriso, Bonadiwoto et Bonaloka, se disputent cette parcelle de terrain. Chacune d'elles affirme que cet espace appartient à l'un de ses ascendants. Les trois communautés ont, toutefois, en commun des liens ancestraux plus ou moins éloignés. Des liens plus ancrés encore entre les Bonadiwota et les Bonaloka. Deux communautés villageoises voisines séparées par l'axe lourd Douala-Yaoundé à partir de la station-service Texaco de l'aéroport. Ces deux derniers villages font partie des vingt-trois (23) villages que compte le canton Bassa de Douala. Certaines personnes ayant profité de cet imbroglio, se sont installées illégalement à Mbanga Pongo. Malgré l'interdiction des autorités administratives et sans autorisation des populations autochtones. Ce qui explique ces conflits généralement aux allures de batailles épiques. Dans le but de s'arroger les droits de propriété des lieux, la communauté Bonadiwota y a érigé en 1999 une stèle de huit mètres en mémoire de leur mère. Elle a été détruite par la suite sur intervention du procureur de la République.

 

Après un conciliabule sous la conduite des autorités administratives, les chefs des trois communautés ont fumé le calumet de la paix. Leurs Majestés Ebongue Pako Gamalien de Bonadiwota, Wea Toutou Jean Jacques de Bonaloka, et N'thepe Mahouvé de Bonapriso, malgré les divergences de leurs administrés ont réparti cette enclave. L'autorité administrative compétente a procédé au lotissement d'une partie de cette étendue de terre. Des trois parcelles découpées, seule celle revenant aux Bonaloka a obtenu une immatriculation des services compétents. Les procédures d'immatriculation des parcelles des villages Bonadiwota et Bonapriso sur ce territoire sont encore en cours. Au moment où survient le crash, les travaux de lotissement étaient en marche avec le traçage des voies dans cette mangrove.

 

2- Une enclave marécageuse

Pour atteindre Mbanga Pongo, il faut traverser les villages Bonadiwoto et Bonaloka à la sortie de Douala au lieu dit " Borne 10 ", en allant vers Edéa. Dès le village Boko, trois entrées principales s'offrent à vous. Mbanga Pongo se trouve à près de cinq kilomètres sur l'une des voies impraticables, ouverte par Petit Jean, un expatrié qui y exploitait du sable. On traverse progressivement le carrefour St. Tropez, le bloc Songa Boko, le carrefour " Petit Robert ", avant d'atteindre l'école primaire la Moisson. C'est la limite entre Boko et Mbanga Pongo.

 

Le contraste est vite fait entre Boko et Mbanga Pongo. Le premier à une habitation importante de près de 5 000 hommes. Le second, avec environ 1 000 âmes, est encore désert. L'habitation y est encore dispersée. La zone marécageuse est constituée de marais et d'un sol boueux ; d'une savane sablonneuse et d'une forêt des palmiers dans les tourbières du littoral appelée mangrove. Une terre favorable à l'agriculture de subsistance, l'élevage, la pêche et à l'activité artisanale de carrière. On y cultive du manioc, des pistaches, de l'arachide, du maïs, du taro, du soja, du haricot. Le plantain n'y donne que la 1ère et la 2ème année. La chasse par pièges est très prisée. On y attrape varans, porcs-épics, antilopes, etc. L'enclave de Mbanga Pongo est entourée par les affluents du fleuve Wouri que sont la Boko, la Dibamba et la Kambo. Autour de Kambo, habite une importante communauté de Nigérians, spécialisés dans la pêche. C'est à quatre kilomètres de marche dans la mangrove à partir du lieu du crash. D'autres y accèdent par pirogue à moteur.

 

3- Rêves d'or

La localité de Mbanga Pongo est devenue depuis le 7 mai un lieu de pèlerinage. Contre son gré, et maculée de sang, cette enclave est entrée dans la légende. Evidemment, elle sera tristement célèbre dans les anales de l'aviation internationale. C'est dans cette mangrove qu'a été découverte par un chasseur, l'épave du Boeing 737-800 de la compagnie aérienne Kenya Airways qui s'est crashé le 5 mai peu après son décollage de l'Aéroport international de Douala. Les 114 occupants à son bord dont 35 Camerounais y ont péri.

 

Mais, ne dit-on pas qu'à quelque chose malheur est bon ? L'accident du Boeing 737-800 de Kenya Airways a permis de sortir Mbanga Pongo de l'anonymat. " Il y a des événements qui profitent aux populations d'une localité ", a confessé Bernard Atébédé, préfet du Wouri. " Comme les autorités sont venues ici, je pense que ça va changer ", rêve Frédéric Tchameni, marié et père de trois enfants. Outre la route, Mbanga Pongo a besoin d'infrastructures sociales. Le village compte deux écoles primaires privées. Aucune école primaire ni maternelle publiques. Aucun centre de santé. Pas d'eau potable. Les populations se ravitaillent aux puits indigènes. Pas d'électricité. Elles s'éclairent aux lampes-tempête et aux lampes-torches. Et pourtant, Mbanga Pongo dépend administrativement de l'arrondissement de Douala III. Sur le plan de la sécurité, le village dépend de la brigade de gendarmerie de Yassa. Comme Frédéric Tchameni, Evariste Onana, marié père de trois enfants et d'un petit-fils, s'y est accommodé. " Depuis que je suis ici, nous sommes à l'aise. Nous n'allons en ville que pour nous ravitailler en sel, riz, poisson, savon, etc. ", soutient Evariste Onana.

 

N'empêche. Les populations de Mbanga Pongo nourrissent désormais un rêve. Le développement de la localité est de toutes les conversations. Mais déjà, l'on note les premières déceptions. Les travaux de réfection de la route principale engagés à l'occasion de l'arrivée du Premier ministre, Inoni Ephraim, à Mbanga Pongo pour le deuil national en hommage aux victimes du crash aérien du 5 mai, auraient dû être un déclencheur pour des travaux durables. Hélas ! La Communauté urbaine de Douala, Razel et la China road and bridge corporation (Crbc) réquisitionnés pour la tâche, sont restés dans le définitivement provisoire. " C'est une déception vraiment. Je pensais que le gouvernement devait nous doter d'une route digne de ce nom. Mais j'ai l'impression qu'on a fait ces travaux pour permettre aux autorités de venir au deuil national ", se plaint Frédéric Tchameni. Pour les habitants de Mbanga Pongo, c'est un rêve brisé. " La manière dont les travaux de réfection de la route se sont passés nous indique que nous ne devons rien attendre encore. Et pourtant, le site du drame aurait pu devenir un haut lieu de pèlerinage pour des millions de personnes partant des 25 pays dont appartiennent les victimes du vol KQ 507 de Kenya Airvways ", poursuit-il. Les familles éplorées et plusieurs personnes avisées réclament déjà de la part des autorités compétentes, la construction d'un sanctuaire où les membres des familles ou toutes les autres personnes compatissantes pourraient se recueillir.

 

4- Voir Mbanga Pongo et mourir de compassion

Depuis la découverte du lieu du drame, " Papa Samuel " subit des railleries à Mbanga Pongo. On lui reproche d'avoir découvert l'épave du Boeing 737-800 de Kenya Airways et de n'avoir pas pillé les corps avant de donner l'alerte. Mieux, de n'avoir pas informé aussitôt les populations pour qu'elles se mettent plein les poches. Selon des témoignages concordants, c'est lui qui aurait fait la découverte macabre le 6 mai, alors qu'il allait couper des branchages de raphia dans la mangrove. Il a l'habitude de les vendre au carrefour Anatole à Douala (non loin du marché central) aux femmes spécialisées dans la fabrication des bâtons de manioc. A la sortie de sa cueillette, le quinquagénaire, originaire de l'Ouest, transporte ses fagots de bambous dans son porte-tout. C'est alors qu'il rencontre son congénère Eboma, un chasseur originaire de l'Est et habitant Boko. Il l'informe de la situation. Ce dernier saisit les autorités compétentes à travers le capitaine Yelami.

La nouvelle ne semble pas courir. Le village est paisible jusqu'à la tombée de la nuit où une première équipe fait la connaissance des lieux. Le site de l'impact est à 30mn de marche dans la boue profonde. Il ressemble à un ring où se serait battu un troupeau d'éléphants. Au milieu, un cratère est là, calme et muet. Toutes les questions qui lui sont posées, hélas, sont sans réponses. Le petit vent qui souffle par là, agite l'eau stagnante gris pétrole. Trois semaines après le crash, un silence de cimetière caractérise les lieux. Sur près d'un hectare de périmètre, seuls des morceaux de ferraille, des habits, des gilets de sauvetage, des gants, des cache-nez, des bâtons, etc. signalent une présence humaine. Mais une présence humaine inanimée. Au moindre pas, un concert de mouches rappelle à la conscience du visiteur que le lieu est affreux, nauséabond. Elles chantent à leur manière le requiem pour les 114 personnes tuées lors de cette inoubliable catastrophe aérienne.

 

Malgré cela, des cleptomanes ont réussi à s'y introduire et à pratiquer leur sport favori. Une vingtaine de jeunes gens pris sur le fait, avaient été placés en garde-à-vue dans la cellule de la brigade de gendarmerie de Nylon. Mais une grande majorité a pu échapper au dispositif sécuritaire qu'assuraient la police et la gendarmerie en empruntant les voies de contournement dans la forêt. L'un d'eux, un jeune garçon de 25 ans, y a même trouvé la mort, par noyade. Cela n'a pas refroidi les ardeurs des autres jeunes des localités environnantes qui se sont lancés à la recherche des billets étrangers, en tournant, retournant et fouillant des restes de corps des victimes. Exportant la feraille de l'avion

 

Depuis la découverte macabre de l'épave du Boeing 737-800 de Kenya Airways et des restes des occupants tués dans le crash, les nuits sont chaudes à Boko. Dans les bars, les heureux croque-morts d'un autre genre font couler la bière à gogo. Par petits groupes, ils ne parlent plus qu'en euros ou en dollars. Comme quoi, le malheur des uns fait le bonheur des autres.

 

Noé Ndjebet Massoussi Et Mathieu Nathanaël Njog

Le Messager (Douala)

30 Mai 2007

 

 

 

Par Njognath - Publié dans : Carnet de route
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