Compétitivité - Génie mécanique
Le Fonds national de l’emploi a organisé le jeudi 15 octobre 2009 une
sectorielle pour plancher sur le thème : «La compétitivité des entreprises de génie mécanique à l’aube de la mise en œuvre des grands projets au Cameroun»
1- Les défis du secteur de génie mécanique
«Chaque fois que nous avions monté des projets pour le Cameroun, nous nous
sommes rendus compte que le génie mécanique revenait quasiment comme un secteur incontournable», affirme Marie-Colette Bimaï. Car les entrepreneurs se
retrouvent avec des taux de disponibilité des équipements inférieurs à 35%. Et cette indisponibilité des équipements est due pour 80% à des problèmes de maintenance des équipements et des
ressources humaines. C’est pourquoi «En prélude aux grands chantiers industriels qui s’annoncent, il était opportun pour nous de savoir si les Pme
camerounaises de ce secteur, sont capables de répondre au besoin du marché et aux exigences des normes internationales, car la mondialisation place les entreprises camerounaises dans une
situation de rude concurrence. Le Fonds national de l’emploi dans ses missions régaliennes entend participer au relèvement des niveaux de compétences des ressources humaines du secteur du génie
mécanique», souligne Marie-Colette Bimaï, chargé d’étude de l’intermédiation, situant l’intérêt de ce forum des professionnels du secteur du génie mécanique, dans la filière de la
maintenance industrielle, organisé le 15 octobre 2009 à Douala par l’Agence Littoral du Fonds national de l’emploi (Fne).
A l’occasion, les professionnels du secteur du génie mécanique dans la filière de la maintenance industrielle ont dans
le diagnostic effectué, fait le point sur les problèmes organisationnels et structurels de la filière ; les facteurs de développement envisageables ; et la mise à niveau des ouvriers,
techniciens et managers des entreprises concernés, et du personnel à recruter pour les projets futurs. Ils sont arrivés au constat que les entreprises du secteur se déploient dans très peu de
disciplines. Le niveau faible de l’industrialisation du Cameroun a amené les opérateurs économiques à ne s’intéressent qu’à la maintenance industrielle avec ses disciplines connexes et à la
construction métallique à petite échelle. La qualité des équipements faisant défaut. Sur les 43 entreprises généralistes : 27 disposent
d’équipements et outillages de plus de 20ans acquis à l’occasion ; 11 disposent d’équipements et outillages de moins de 10ans acquis à l’occasion; 5 disposent d’équipements et outillages de moins
de 5ans acquis à l’occasion. Sur les 21 spécialistes du 1er groupe : 12 disposent d’équipements et outillages d’occasion de plus de 20ans;
7 disposent d’équipements et outillages d’occasion de moins de 10ans; 2 disposent d’équipements acquis
à l’état neuf, de moins de 5 ans. Sur les 4 spécialistes du 2e groupe : 1 dispose
d’équipements et outillage d’occasion de moins de 10ans, 2 disposent d’équipements et outillage d’occasion de moins de 5ans, 1 a démarré ses activités il y a moins de 5ans, avec du matériel
neuf.
Plusieurs facteurs qualifier d’exogènes pour certaines et d’endogènes, ont été relevés comme blocage au développement
des entreprises camerounaises de ce secteur en particulier et des Pme en général. Sur le plan de l’environnement institutionnel, Pierre Abanda Kpama constate que «les anciennes structures d’encadrement et d’accompagnement des Pme ont disparu, par la volonté du Fmi et de la Banque Mondiale. Le Fogape, le Capme, le Fonader, la
Bcd ont été sacrifiés sur l’autel des programmes d’ajustement structurel. Celles qui ont résisté agonisent ; c’est le cas de Matgénie et du Cenema » avant d’indiquer que «Le débat sur la gouvernance de ces structures doit avoir lieu. Et l’impérieuse nécessité de leur réhabilitation ne fait pas débat.» Pour compléter le tableau
institutionnel, il ajoute pour le déplorer, qu’il n’existe pas d’institution financière spécialisée dans le financement des Pme…les banques commerciales n’accordent pratiquement pas de crédit aux
Pme, au motif que les Pme ne présentent pas les garanties suffisantes pour bénéficier des prêts.
2- Une exigence de compétitivité.
Il y a même les bases de création d’une entreprise qui ne sont pas respectées dans la majeure des cas. Notamment
l’élaboration d’une étude de projet comportant une description claire du projet qu’on veut mettre en route : une étude de marché, une étude technique, une étude financière et une étude
prospective ? «La vérité est que très peu de nos entreprises ont suivi ce schéma. Nous agissons par mimétisme et par flair», reconnaît Abanda
Kpama. Il y a aussi la faible capacité managériale. On doit à la vérité de dire que nombre de dirigeants de Pme n’ont pas toujours les compétences et l’expérience suffisantes pour gérer les
entreprises dont ils sont les promoteurs. Plus inquiétante est la tendance observée à ne pas s’entourer de personnes qualifiées. Conséquence : «Il
est surprenant de constater que plus de 90% des marchés publics sont attribués à des structures illégales appelées Etablissements», révèle Abanda Kpama. Quant à la fiscalité, on constate que
les Pme sont soumises à la même fiscalité que les grandes et très grandes entreprises. Pour prendre le seul exemple de l’impôt sur les sociétés, y compris dans les pays les plus développés, le
taux applicable pour les Pme est généralement de l’ordre de 50% inférieur à celui appliqué aux grandes entreprises. «Au Cameroun, il est de 38,5% pour les
grandes entreprises et de 38,5% pour les Pme ! C’est une situation pour le moins insolite», dénonce Abanda Kpama. Il y a aussi le retard observé dans les paiements des prestations où
les grandes entreprises publiques, parapubliques et privées, bloquent le paiement des prestations dûment réalisées et réceptionnées des Pme pendant 3, 6, 9, voire 12 mois. De même que
le faible transfert de technologie. Tous les grands projets industriels qui ont été exécutés au Cameroun jusqu’alors
ont vu écarter de la sous-traitance les Pme camerounaises, et éviter à tout prix le moindre transfert de technologie.
D’autant plus que le problème de fond qui se pose pour nos entreprises c’est bien celui de la compétitivité. «Il ne fait aucun doute que la compétitivité de nos entreprises par rapport à l’extérieur est d’abord et avant tout une capacité à satisfaire les exigences dictées
par les standards internationaux, particulièrement en matière de qualité», affirme Jean Bosco Kilama. Le minimum exigé est la norme Iso 9001. Pour cela, il faut faire face à la faible offre en ressources humaines qualifiées. Lorsqu’elles doivent réaliser des chantiers d’une certaine envergure, les Pme
du secteur du génie mécanique dans la filière maintenance sont très souvent confrontées au manque de techniciens qualifiés. On peut citer : les tuyauteurs sanitaires encore appelés
plombiers, des échafaudeurs, des scaphandriers professionnels, des soudeurs en milieu marin, des techniciens de maintenance offshore, des techniciens en qualité et sécurité, des techniciens de
levage, des techniciens anticorrosifs. «Il est alors urgent qu’un partenariat gagnant-gagnant soit mis en place entre les établissements et les opérateurs
économiques pour mettre en place un programme de formation et de qualification de la main d’œuvre du génie mécanique», propose le Directeur de l’Uit de Douala. «En espérant que nous disposons encore du temps pour le faire et éviter ainsi d’être absorbés pendant la réalisation des grands projets, par les entreprises venues
d’Asie et de l’Occident», s’inquiète Jean Bosco Kilama situant la menace. L’expérience du pipeline Tchad – Cameroun, est évocatrice. Les pouvoirs publics n’avaient pas pu empêcher Wilbross
d’écarter les entreprises camerounaises de ce projet. Au regard des grands chantiers à venir, les promoteurs des Pme du secteur du génie mécanique ont mis sur pied l’Association pour le
développement de la sous-traitance au Cameroun (Adescam) pour servir de structure de pression et de lobbying qui soit en mesure de défendre plus efficacement les intérêts de nos entreprises.
Mieux, qui soit le conseiller de l’Etat et de ses démembrements dans la mise en œuvre de sa politique de promotion des Pme.
3- Offre d’emplois des grands projets industriels à
venir
Pendant les quatre dernières décennies, Le génie mécanique s’est révélé être un secteur en
pleine expansion. Aujourd’hui, malgré des difficultés conjoncturelles, l’ Adescam compte 122 entreprises inscrites dans le Génie mécanique, le Génie
civil, le Génie électrique et les services à l’Industrie. Mais dans l’ensemble, ces entreprises sont confrontées à un problème de spécialisation des filières. «Plus les contraintes de compétitivité sont fortes, et plus elles ont tendance à se moderniser et la spécialisation constitue un des leviers pour la Compétitivité», affirme Christian Essawe Eyobo, secrétaire permanent d’Adescam. L’offre
structurellement actuelle est dispersée et sous-équipée. Une enquête de l’Adescam faite sur 68 approchées indique que : 43 sont généralistes de toutes les filières du Génie mécanique, soit
64% ; 21 sont spécialisées dans au maximum deux filières du Génie mécanique, soit 31% ; 4, seulement sont spécialisées dans une seule filière du Génie mécanique, soit 5%. Et Essawe Eyobo de
conclure que «plus les entreprises de Génie mécanique sont généralistes, moins elles disposent d’équipements récents.»
Cette préoccupation se pose avec acuité à l’orée du démarrage des grands chantiers à venir.
On cite l’extension de la Sonara qu’on prévoit pour début mars 2010 et celui de l’extension du Port en eau profonde de Kribi qui va nécessiter une main d’œuvre de 1000 personnes dans les secteurs
d’activités diverses. Pour Bourdin, le directeur technique d’Alucam, il a fallu attendre la signature du contrat d’électricité pour que Rio Tinto
ressort des tiroirs les grands dossiers d’investissement pour le Cameroun. Il s’agit de l’extension de l’usine d’Alucam d’Edéa et la construction
d’une nouvelle usine à Kribi d’une capacité d’un million de tonne qui pourra démarrer d’ici 2013 pour une durée respective de 4 ans. Avec une création respective de 2500 et 1000 d’emplois.
L’Adescam de manière plus précise évalue pour le secteur du génie mécanique de 207 emplois dans la charpente métallique, 197 emplois dans la
chaudronnerie soudure – tuyauterie, 83 emplois dans le montage mécanique.
Il y a aussi, la construction du barrage de Nachtigal qui aura une durée de 3 ans avec une
opportunité d’emploi en génie mécanique de : 67 emplois dans la charpente métallique, 47 emplois dans la chaudronnerie soudure – tuyauterie, 102
emplois dans l’hydromécanique. La construction du barrage de Lom Pangar dont on ne connaît toujours pas la date de démarrage aura une durée de 3 ans et offrira une opportunité de : 78
emplois dans la charpente métallique, 59 emplois dans la chaudronnerie soudure – tuyauterie, dans l’hydromécanique (non déterminé). ©Et à long terme, le barrage de Songmbengue. Mais les entreprises de génie
mécanique sont confrontées à beaucoup de difficultés d’accès aux Commandes.
Mathieu Nathanaël NJOG