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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 13:54

Baisse des prix  -  Des raisons de s’inquiéter                        

Plusieurs années après l’ordonnance présidentielle portant sur la baisse des prix des produits de première nécessité, le gouvernement et les opérateurs économiques n’ont  toujours  pas accordé leurs violons.

 

I- La vie est toujours plus chère.

«Quand je vais au marché avec 5000 Fcfa, j'ai acheté deux, trois trucs que l'argent est fini. Tout coûte cher», affirme Joséphine. Autre lieu autre avis : «Au marché il n'y plus les tas de macabo, de plantain ou de manioc de 200 F. C'est maintenant 500 F le petit tas. Et quel tas même. Des petits trucs comme ça.», souligne Françoise. Et Hortense de soutenir qu’«On ne mange la viande de bœuf dans ma famille que les jours de fête. En temps normal, on ne peut pas se le permettre, vu notre budget alimentaire.» Cette situation de précarité que décrivent, des femmes rencontrées dans les marchés de Yaoundé est aujourd'hui partagée par une majorité écrasante de Camerounaises et Camerounais. C’est que depuis février 2008, les prix des denrées de première nécessité n’ont pas connu de baisse, certains connaissent même une augmentation vertigineuse. Officiellement, le taux d’inflation oscille autour de 5%. Ce qui n’est pas l’avis des organisations de défense des intérêts des consommateurs. «Tout le monde sait que ce chiffre ne traduit pas la réalité de la hausse des prix. Dans nos marchés, l’inflation atteint et même dépasse parfois les 50% » soutient le Race.

Pourtant en l’espace de 12 ans, de 1999 à 2011, les revenus des familles d'où qu'ils proviennent n'ont pas subi d'augmentation substantielle, sans compter les chômeurs dont le nombre va croissant. Or dans cet espace de temps, une enquête de l’Adic révèle que le prix du kilogramme de maïs est passé de 160 à 250 Fcfa, une hausse de 56%. Celui de l'arachide de 325 à 550 Fcfa, 69% en plus. Celui du haricot de 370 à 560 Fcfa, 51% de plus. Le prix du kilogramme de bœuf de 1370 à 2700 FCFA, une hausse de 97%. Celui du kg de porc de 1200 à 2500 Fcfa, une hausse de 108%. Le kilo de macabo est passé de 160 à 230 Fcfa soit 43% en plus. Le régime de plantain est passé de1900 à 2900 Fcfa, 52% en plus. Autant d'exemples (voir graphiques) qui confirment la tendance haussière du prix des denrées sur nos marchés depuis des années.

Plus inquiétant, c'est qu'à l'analyse, on note que de 2008 - année des émeutes de la faim, à 2012, c'est-à-dire en quatre ans, l'accroissement du prix de plusieurs produits est de loin supérieur à celui observé entre 1999 et 2008, c'est-à-dire en 10 ans. Par exemple, dans cette dernière période, le prix du kg de maïs est passé de160 à 190 Fcfa, 19% d'augmentation alors que de 2008 à 2011 il est passé de 190 à 250 Fcfa, 31% d'augmentation. Dans la même période le kg d'arachide a augmenté de 17% contre 40% de 2008 à 2011. Le kg de haricot a augmenté de 3% contre 47% de 2008 à 2011. Le kg de macabo est passé de 0% à 43% de 2008 à 2011. Pire encore, dans ces douze dernières années, 2011 a été une année particulièrement chère. Quand on sait qu'au sortir de la crise de 2008, des mesures – jamais mises en application avaient été énoncées pour contenir cette flambée des prix. Il y a vraiment de quoi s'inquiéter.

 

II- Réponse administrative inefficace

En février 2011 déjà le Race proposait pour faire face à ce cycle de désespoir : - d’identifier et geler les prix de certains produits de consommation dite de masse ; - Procéder à une forte détaxation et à une défiscalisation ciblée de certaines activités de production, d’importation et de commercialisation des produits de grande consommation ; - Engager véritablement et sincèrement la lutte contre la spéculation par un contrôle assidu des prix préalablement homologués et renforcer l’arsenal de répression des fraudes. Rien de tout cela n’a trouvé échos auprès des autorités compétentes. Les rencontres et autres conciliabules entre les fonctionnaires du Ministère du commerce et les opérateurs des différentes filières n’aboutissent jamais à des résultats concrets. Au-delà de l’expression d’un ras-le-bol longtemps contenu, l’irruption de violences du mois de février 2008 se voulait donc un message plus clair du mouvement social à l’endroit des pouvoirs publics. Car «vie chère rime avec misère, » cela est encore plus vrai pour les couches sociales les plus défavorisées.

Appuyés par les Syndicats Nationaux des Commerçants du Cameroun (Sncc), les pouvoirs publics entendent mener une lutte contre les pénuries artificielles sources incontournables de l’inflation. Le Sncc s’est déjà prononcé pour son implication dans la lutte contre la vie chère.  Parallèlement, le Président de la République a signé le 1er février 2011, un décret portant création de la Mission de régulation des approvisionnements des produits de grande consommation (la Mirap).  «Garantir le ravitaillement de nos marchés en produits de première nécessité par l’importation, l’achat et le stockage », telles sont quelques unes des charges assignées à la Mirap. Depuis quelques six mois on voit la Mirap organiser des marchés dits forains dans les chefs lieux-des provinces. On annonce des réductions de 10 à 15%. Une initiative qui fait confusion aves les marchés témoins lorsqu’ils ne chevauchent tout simplement pas ceux-ci.

Mais pour les experts, cette autre trouvaille lancée à grande pompe en février 2011 s'avère au constat d'aujourd'hui inefficace contre la vie chère. «Malgré son ambition louable, la Mirap nous semble en décalage total avec les désidératas des consommateurs Camerounais ; elle nous a tout l’air d’une mesure cosmétique inadaptée, destinée à distraire l’opinion publique. Elle ne sera tout au plus qu’un nouvel instrument bureaucratique au service d’une poignée de fonctionnaires», soutient Paul Gérémie Bikidik. Il est clair que même en l’absence de la qualité, on veut servir les consommateurs pauvres en aliments qui leur permettent juste de se remplir la panse. A l’instar du maquereau. Il était quelques années plus tôt pour les ménages moyens, une denrée boudée. Aujourd’hui, on en fait un mets de grand prestige. Pour mieux calmer la disette des populations, on s’empresse à baisser les prix de cette denrée. Car en fait, la baisse des prix dont il est question semble ne concerner que le poisson communément appelé « maquereau ». Les autres espèces de poisson restent au-delà de la bourse du Camerounais moyen.

Par ricochet l’immense majorité de la population urbaine est donc réduite à se nourrir du riz et du maquereau. Un riz à la qualité approximative. Ce d’autant plus que celui destiné au marché camerounais est dit-on réservé à l’élevage. Produits qui, faut-il le souligner, ont contre toute attente connu une embellie ces dernières années. Pendant qu’on s’occupe ainsi des populations urbaines, celles des campagnes et même des villes reculées sont oubliées. Alors que la misère sévit de la même manière d’un coin à l’autre du pays. Il y a pourtant lieu de reconnaître que certains produits semblent constituer le dénominateur commun au relèvement du coût des biens et services. Au premier rang de ceux-ci se trouve les produits pétroliers, l’électricité, le téléphone. Pour plus d’efficacité, l’action de lutte contre la vie chère devrait s’étendre jusqu’à ces produits. Ce sans quoi les résultats d’une campagne de baisse des prix risquent d’être mitigés.

Mathieu Nathanaël Njog et Flore Honga

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Published by Njognath - dans Economie
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