Opération épervier - Chantier naval
Le procès des détournements de deniers publics au Chantier naval et industriel du Cameroun est entré depuis lundi 9 novembre 2009 dans les débats au fond.
Hier mardi 10 novembre 2009, l’interrogation de Charles Kooh II, commissaire aux comptes (Cac) du Chantier naval et industriel du Cameroun (Cnic) et auteur des dénonciations qui sont à l’origine des démêlés judiciaires de Zacchaeus Mungwe Forjindam et autres a débuté. Il a pris place au box des témoins à la deuxième journée des audiences consacrées aux débats au fond. Il fait office de deuxième témoin à charge sur les trois que la partie plaignante entend présenter. La cross examination a été suspendue pour reprendre demain, alors qu’il était encore soumis aux questions du procureur de la République. Une interrogation restée tout a fait méthodologique. Il a affirmé avoir dénoncé les faits délictueux qu’il a découverts pendant le contrôle des comptes de l’exercice 2005. Ce qui l’a obligé de revoir l’audit des exercices 2003 et 2004. Charles Kooh II justifie la motivation de cette dénonciation en rapport aux prescriptions que fait le commissaire aux comptes dans l’Acte Ohada sur les sociétés commerciales. «Il s’agit pour le commissaire aux comptes de concourir à lutter contre les délinquances financières dans les sociétés », explique-t-il.
Le commissaire aux comptes affirme que son équipe et lui ont observé sur toute une série de chèques, qui au lieu d’être comptabilisée, était fractionnée dans la comptabilité. Faisant ressortir des dépenses sans pièces justificatives sur les opérations de banques et de caisse d’un montant de 632 millions Fcfa. Il soutient que lors du conseil d’administration du 12 mai 2006, il a présenté son rapport sur la gestion du Cnic. Relevant au passage, les manquements sur les mécanismes de règlements et l’absence de justification. Qu’il n’a pas obtenu malgré de multiples sollicitations effectuées à l’endroit du directeur général en poste, Zacchaeus M. Forjindam. «Ce qui a amené les administrateurs à prendre une résolution recommandant au commissaire aux comptes de mener une investigation complémentaire pour étayer davantagecses irrégularités», souligne Charles Kooh II.
Forjindam affronte le premier témoin
Lors de la première journée des audiences consacrées aux débats au fond, il est revenu à Jérôme Minlend, expert comptable, directeur général du cabinet Cameroun audit conseil (Cac) et par ailleurs, commissaire aux comptes de la Société national des hydrocarbures (Snh) d’être le premier témoin à charge au box. Pendant deux jours, il a été soumis à l’interrogation, la contre interrogation et la contre interrogation de la contre interrogation. On retient de son passage que sa mission au Cnic n’avait aucunement un objectif de dénonciation ou de recherche des fraudes. N’étant pas dans le cadre d’un audit d’investigation. Tout est parti d’une lettre que le Dg du Cnic, Forjindam, écrit directement à la Snh sans se référer au Conseil d’administration pour demander à l’actionnaire majoritaire d’effectuer un financement complémentaire au projet du Yard pétrolier de Limbé d’un montant de 16, 94 milliards Fcfa.
C’est alors que la Snh, une société de consolidation, commande au cabinet Cac, son commissaire aux comptes, une mission d’audit stratégique, opérationnelle et comptable financier sur les exercices 2003, 2004 et 2005. Pour s’assurer que le retour sur investissement serait garanti. C’est dans le cadre de cette mission que le cabinet Cac est arrivé à faire une appréciation sur la gestion interne de cette entreprise. Notamment, «les anomalies significatives portant sur la surévaluation des dotations d’un montant de 2,817 milliards Fcfa et des sorties de bons de caisse non justifiés d’un montant de 1,34 milliard Fcfa. Mais aussi le fractionnement des chèques qui n’est pas passé dans le compte fournisseur», affirme Jérôme Minlend. Un argumentaire appuyé sur le rapport de cet audit. Mais les avocats de Forjindam se sont attelés à demander aux jurés de ne pas admettre les deux volumes de ce rapport comme pièces justificatives. Sous le prétexte qu’elles n’étaient pas l’original, mieux, certifiées conformes. En vain, puisque la demande a été rejetée par la présidente de la collégialité. Hier, c’était au tour de Forjindam de soumettre le témoin Minlend à la cross examination pour le confondre. Le tribunal appréciera cet échange. L’audience a été suspendue pour reprendre ce matin.
Mathieu Nathanaël NJOG, article publié dans Le Messager
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