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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 03:22

Autopsie – la situation Agro-pastorale                             

Le sol camerounais est un potentiel agropastoral énorme. Curieusement son agriculture est malade. Elle est minée par une kyrielle de maux, parmi lesquels un manque de vision et de stratégie des gouvernants. Avec ses corollaires que sont la corruption, les détournements, le clientélisme.

 

I- Un potentiel agricole immense, mais…

Selon la Fao, la production agricole mondiale va ralentir d’ici 2021. A cet effet, elle invite les investisseurs à s’intéresser davantage à la production agricole. Les prévisions de croissance de la production agricole mondiale seront en baisse. (1,7% par an contre 2,6%) sur la période 2000-2012. Selon le rapport sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2012 (Sofa), les agriculteurs dans les pays à faibles et moyens revenus comme le Cameroun, investissent dans leurs exploitations agricoles plus de 170 milliards de dollars (environ 93 500 milliards Fcfa) par an, soit environ 150 dollars (environ 82 500 Fcfa) par personne. C’est trois fois plus que toutes les autres sources d’investissement cumulées. Selon les mêmes experts, les pays de la même trame que le Cameroun qui présentent une mauvaise gouvernance, une absence d’un Etat de droit ou encore un niveau élevé de corruption ne parviennent pas à mobiliser suffisamment d’investissements agricoles alors que bien souvent ce sont ceux-là qui en auraient le plus besoin. Conséquence, pour la Fao, il faut également s’attendre à une nouvelle baisse des prix de produits alimentaires mondiaux qui déjà ont reculé en novembre de 1,5% par rapport au mois précédent. La baisse du prix du sucre, de l’huile et des céréales en sont les principaux facteurs.

Un regard dans le rétroviseur montre que dans l'histoire des faits économiques aucun développement n'est possible sans une révolution agricole. Sous le régime dictatorial de la première république, le premier président, Ahmadou Ahidjo, l’avait compris et avait alors engagé une dynamique dénommée la révolution verte. A travers ses plans quinquennaux. Au final, le Cameroun était devenu un grenier agricole de référence pour le continent. Frappé de plein fouet par la crise économique et un manque de «real politik», tout cet acquis a fondu comme le beurre au soleil. Dans un regain de prise de conscience collective il est apparu que pour relancer l’économie camerounaise, il faut nécessairement booster à nouveau l’agriculture. A cet effet, la mise en valeur du potentiel agricole du Cameroun s'impose en ce moment où le régime du Renouveau au pouvoir au Cameroun depuis 30 ans ambitionne de conduire le pays vers l’émergence à l'horizon 2035. Seulement l'état de l'agriculture est loin d’être reluisant. Toutes les solutions adoptées jusqu'à présent et plus précisément dans le budget des «Grandes réalisation» de l’exercice 2012 n'ont eu aucun effet éclatant.

L'Association Afrique-France pour le renforcement des liens économiques et culturels a organisé le 20 novembre 2012 à l'hôtel Hilton de Yaoundé, une conférence-débat sur le thème : «Quelle agriculture pour un Cameroun émergent ? ». Plusieurs organismes ont participé à cette réflexion, parmi lesquels l’Association camerounaise de défenses des intérêts du citoyen (Acdic), l'institut de recherche agronomique pour le développement (Irad) et l’Agence Française de développement (Afd). L’état des lieux fait, ressort un constat unanime que le Cameroun est un pays à potentiel agricole immense : Une très grande diversité agro-écologique, un réseau hydrographique riche, d'immenses terres agricoles. Sur les 475 000 Km2  de superficie : - 15% de terres arables dont seulement 29% sont mises en valeur sans d'ailleurs optimiser le rendement. Il reste sensiblement 5 700 000 ha ; - 31%de pâturages ; - 45%de forêts denses et des savanes arbustives ; - 9% de réserves forestières et de parcs nationaux.

 

II- 30 ans de régression

A cela, le Cameroun ajoute des terres variées, avec cinq zones agro-écologiques : - Zone forestière bimodale ( dans les régions du Sud, de l’Est, et du Centre) ; - Zone forestière monomodale (dans les régions du Littorale et Sud-Ouest) ; -  Zone des hautes altitudes : (dans les régions de l’Ouest et du Nord Ouest) ; - Zone soudano sahélienne (dans les régions du Nord et l’Extrême-Nord) ; Zone des hautes savanes (dans la région de l’Adamaoua). Mais aussi une diversité d’écosystèmes qui offre de larges possibilités de diversification de cultures ; une population agricole majoritaire mais faisant dans des exploitations familiales. Sur les 20 millions d’habitants officiellement déclarés : - 67 % vivent de l’agriculture; - 10,2 millions sont des ruraux dont 5 300 000 sont des actifs agricoles et 5 millions de pseudo actifs ; - 97% d’exploitations sont familiales et produisent 95% des produits vivriers consommés ; - 39% des populations pauvres dont 60% en milieu rural. Conséquence : - la productivité est faible ; - les exploitations se font sur des petites superficies ; - les pertes post récoltes sont élevées (30-40%) ; - les techniques culturales sont traditionnelles ; quasiment il n’y a aucun apport d’intrants ; - la polyculture se fait à outrance ; et l’agriculture est celle de l’autoconsommation ; - les excédants commercialisables sont faibles ; - et les coûts d’exploitation minimes.

Et l’Adic de souligner que «ce potentiel est malheureusement annihilé par le désengagement prématuré de l'Etat à l'aube des années 80 et le dépouillement du ministère de l'agriculture de ses missions régaliennes d'accompagnement des producteurs. De plus le faible budget qui limite ses interventions, l'approche projets/programmes qui a montré ses limites et une animation de la production faite d'improvisation, ont tous contribué à l'effondrement et à la déstructuration de l'agriculture camerounaise.» En dépit du fait que faisant dans la langue de bois, le représentant de l’Irad a vanté les prouesses scientifiques et la volonté de cet institut à participer à l'émergence de l'agriculture. Seulement, il a été fait remarquer qu’à chaque début de campagne agricole, l'Irad est incapable de satisfaire la demande en semences, et de plus à faire face à la fuite de cerveaux. Et pour cause, le ministère de tutelle, celui de l’Agriculture et du Développement rural a fait montre d’un désengagement prématuré dans ses missions d’accompagnement des producteurs. Cela se traduit par le faible budget alloué au développement du monde rural. Dans un tel contexte, ses structures se sont réduites à faire dans l’administration et la bureaucratie. Les systèmes d’encadrement agricoles qui sont opérationnels et qui sont basés sur les projets et programmes brillent par des actions en trompe-l’œil, du clientélisme et de corruption. Ce qui explique que l’animation de la production est restée faible parce que faite d’improvisations. «C’est la résultante d’une vision, stratégie et politique en matière agricole illisibles», soutient l’Acdic

Résultats des courses, le Cameroun depuis l’arrivée au pouvoir de Paul Biya a perdu de son allant. Avec une agriculture incapable de nourrir les populations, participant peu à la croissance économique et très peu à la résorption du chômage, surtout des jeunes. Parce que l’agriculture camerounaise ne fait pas métier. Ce qui est une haute vulnérabilité à l’insécurité alimentaire du Cameroun. Et par ricochet, à la perte galopante de sa souveraineté alimentaire. Les producteurs locaux, dans cet environnement, ont eux aussi fait preuve d’une faible structuration. Incapables de s’organiser en coopératives, associations, interprofession et autres syndicats. Pourtant, l’Etat y a pensé en adoptant et promulguant une loi sur les Coopérative/GIC, GIE, Sarl, etc. Malheureusement, la mal gouvernance ayant pignon sur rue,  les Camerounais ont exploité cette loi pour créer de fausses organisations. Plus de 116 000 sont recensées à ce jour parmi lesquelles, moins de 10%  sont fonctionnelles. C’est que les producteurs sont de plus en plus ancrés dans les maux qui minent la société camerounais (corruption, faux et autres détournements.) Devenant par la même occasion, des producteurs inaudibles, apathiques, amnésiques et prêts à tout accepter et à ne rien revendiquer.

 

III- des solutions insuffisantes et discutables

Cette situation a des conséquences graves sur la balance commerciale, avec des importations massives des denrées alimentaires. Corollaire, les superficies exploitées sont minimes, la production locale prend du plomb dans l’aile en étant  insuffisante. La faute à un déficit de politique de souveraineté et de sécurité alimentaire. Le gouvernement faisant preuve de mauvaises solutions pour résoudre de vrais problèmes. A l’instar de la Mirap (Mission..); approche Projet/programme; cession des terres; Agrobusiness…Dans le Document de stratégie de croissance et de l’emploi (Dsce), des mesures prises pour booster la production Sont : - Promouvoir une production rurale semi intensive et industrielle (exploitations de seconde génération et agropoles) qui permettra d’assurer la sécurité et l’autosuffisance alimentaire au niveau de la consommation interne, d’approvisionner les usines de transformation, de développer les exportations et ainsi améliorer la balance commerciale. Par ailleurs dans le projet de loi du budget ; le Minader dit conduire 23 actions spécifiques qui seront menées pour l’amélioration de la productivité des filières agricoles stratégique (Cacao, café, banane, coton, ananas, hévéa,..) pour un montant de 61, 34 milliards Fcfa. Ceci en étendant les superficies cultivées, en régénérant les plantations et en portant de 30 à 40% le taux de couverture sanitaire du verger cacao et café.

Des solutions insuffisantes et discutables. Lorsqu’on sait que les lignes budgétaires accordées au Minader, Minepia sont en deçà de 7% du budget global du Cameroun par exercice.  Ce d’autant plus qu’elles ne s’appuient sur aucun plan de mécanisation agricole et d’une politique d’industrialisation et d’aménagement du territoire et de répartition des terres. L’environnement est peu propice à l’industrialisation, au regard de l’absence d’une banque spécialisée pour le secteur, une politique foncière lisible, ce qui exacerbe des conflits fonciers; une formation adéquate, et des intrants agricoles à disposition. A cela, il faut ajouter une approche moins efficace en termes de productivité et de potentiel d’emploi, une approche moins concrète pour ce qui est de la gestion durable de l’environnement et une  approche sélective en terme de spéculations et par conséquent, aggravant la dépendance alimentaire et la perte de souveraineté alimentaire. Mais aussi une production ne tenant pas compte du marché, et influencée par des besoins de consommation des populations. L’absence de volonté politique des décideurs à accompagner l’industrialisation.

Pour répondre au besoin de formation, le représentant de l'Afd a révélé l'existence d'un programme de formation professionnelle dans les secteurs de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche (Afop). Coût du programme : 23 milliards de Fcfa pour la deuxième phase, la première ayant coûté 7,8 milliards Fcfa. Et quant à l’Acdic, pour remonter la pente, le gouvernement doit : - investir sur l’amélioration de la productivité, production et durabilité des exploitations familiales (Intrants, Formation, commercialisation…), la création des PPCV ; - Définir une politique de sécurité et de souveraineté alimentaire assortie d’objectifs réalisations; - organiser les espaces agricoles en bassins de production (zones de productions spécialisées); - faire dans l’aménagement du territoire agro-pastoral ; instaurer un système de subventionnement sous forme de primes à la production.

André Som

Publié dans Aoure Plus du 3 janvier 2013

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Published by Njognath - dans Economie
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