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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 15:39

Carburant – Suppression de la subvention de l’Etat                              8002

Il est inéluctable que la hausse des prix à la pompe va être revue à la hausse. Le gouvernement tente d’obtenir le soutien de la société civile, en vain. Et parle désormais d’une suppression progressive. Les arguments des institutions de Brettons Wood que reprend à son compte l’Etat.

 

La question de supprimer les subventions du carburant est plus que jamais d’actualité. Après les multiples rencontres menées par les ministères concernés, mardi 24 juillet 2012, le premier ministre Yang Philémon est entré en scène. Entouré d’une dizaine de membres du gouvernement qui sont plus ou moins concernés par le sujet, il a pendant dix heures débattu avec les organisations de la société civile sur l’épineuse question.  Le régime au pouvoir est aujourd’hui entre le marteau et l’enclume. Soumis à une pression sans commune mesure des bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale et Fond monétaire international), il a du mal à faire passer la pilule au sein de la société consommatrice, cible. Ce d’autant plus que les nouveaux gendarmes de notre économie trouvent en ces subventions pétrolières un poste budgétivore et qui n’a profité depuis 2008 qu’aux nantis. Dès lors, c’est  la panique  qui s’est emparée du gouvernement, voire des populations. Mais, la grande difficulté comme par le passé, est que nous ne disposons pas des moyens pour résister à la pression de ces bailleurs de fonds.

Certains  observateurs estiment que la suppression de cette subvention est inévitable si le pays voudrait se doter davantage des infrastructures socio-économiques de base telle que les hôpitaux, les écoles et des routes. Autrement dit, tout ce qui fait partie du bien-être physique, moral, psychique, matériel, économique et social d’un individu moderne. Pour le commun des mortels, le principe de la subvention est porté par le souci de l’intérêt général. Il est surtout question pour l’Etat, à travers cette mesure, d’améliorer les conditions de vie des couches sociales dites défavorisées. C’est dans ce cadre que depuis 2008, l’Etat a pris l’option de subventionner le prix du carburant à la pompe dans le cadre de la lutte contre la vie chère. Une mesure prise en pleine flambée des cours de brut sur le  marché international  où le baril atteignait les 110 dollars (55 500 Fcfa) ! Aujourd’hui, le baril se situe  autour de 105 dollars, (soit environ 52 500 Fcfa) ! Les statistiques de la Banque mondiale  démontrent que les riches se sont appropriés les 80% des ces subventions. En effet, on constate que depuis 2008, le Trésor public a déboursé pas moins de 1089 milliards de Fcfa  pour soutenir le prix de carburant à la pompe.

Un investissement improductif, selon le président de l’Université du Gicam, le Pr Roger Tsafack Nanfosso. «L’objectif recherché par ces subventions notamment depuis 2008, explique t-il était de résoudre un problème de vie chère surtout pour les populations pauvres ou défavorisées. Or des études disponibles montrent que 70% des subventions au carburant super étaient captés par les 40% des revenus les plus élevés, et que les 20% des revenus les plus faibles ne tiraient même pas les 1% de ces montants.  Les pauvres bénéficiaient de 13% des subventions sur le pétrole lampant, ce qui n’est guère brillant », affirme-t-il. Selon ce Pr agrégé d’économie, l’on  parle  à travers une étude récente que les 74% et même 80% des subventions sont raclées  par des riches  sur le carburant Super. «Or,  ce  sont  les pauvres  qui étaient pourtant la cible de cette généreuse subvention», explique Roger Tsafack Nanfosso. En revanche, les syndicats contredisent ces chiffres et soutiennent que les couches défavorisées de la société consomment aussi bien directement qu’indirectement le super et le gasoil. Tout en s’interrogeant sur la destination que prend la plus value qui résulte de la vente du fuel lourd produit au Cameroun.

 

Ce que pourrait gagner le Cameroun en échange

Au-delà de cette analyse, se pose la question de la dépense subventionnée et son coût d’opportunité.  Les membres du gouvernement qui ont rencontré la société civile pendant toutes les concertations menées maintiennent que  la subvention représente 14% du budget de l’Etat et 60% de la masse salariale des fonctionnaires de l’administration publique. Il apparaît claire  que la subvention  n’a pas atteint  ses objectifs. Et si les populations cibles n’en profitent pas,  il est de la responsabilité  du gouvernement  de mettre fin à cela.  Au cours des quatre dernières années, l’Etat  a  subventionné les produits pétroliers pour près de 689 milliards de Fcfa.  Il est prévu 400 milliards Fcfa pour cette année 2012. Cette somme  représenterait, près de 14,4% du budget global de l’Etat, soit approximativement les 2/3 du budget d’investissement public (Bip).

Une  autre étude des bailleurs de fonds internationaux et des experts du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) montrent que dix grands projets structurants auraient pu être financés avec  des subventions des produits pétroliers des cinq dernières années. On peut citer le Port en eau profonde de Kribi pour  près de 244 milliards de Fcfa. A cela s’ajoutent la construction de 1500 logements sociaux (33,5 milliards de Fcfa ) ;  les stades de Bafoussam et de Limbe (17,870 milliards de Fcfa ) ; l’hôpital gynéco-obstétrique  de Douala (3,7 milliards Fcfa ) ; l’adduction d’eau potable de Douala , phase II (50 milliards de Fcfa) ; la construction de l’autoroute Yaoundé Nsimalen (48 milliards de Fcfa ) l’autoroute  Yaoundé / Douala (250 milliards de Fcfa, phase I).  La construction du Ring Road pour 200 milliards de Fcfa, la réhabilitation  du barrage de Lagdo dans le septentrion  pour 38 milliards de Fcfa. Enfin,  l’adduction d’eau potable à partir du fleuve Sanaga à 200 milliards de Fcfa (phase II.)

Barthélémy Nzock

 

Encadré

Brin d’espoir dans la modernisation de la Sonara

Depuis les émeutes de la faim en 2008, le gouvernement a entrepris des mesures  pour tenter de rendre la vie moins chère. Le soutien à la consommation des ménages à travers la défiscalisation de nombreux produits importés tels que le poisson,  le riz,  la farine et les huiles de table est aujourd’hui palpable, même si il n’a pas atteint sa vitesse de croisière.  Frisant même du sabotage. Pourtant la défiscalisation de ces denrées est estimée annuellement à près de 60 milliards de Fcfa en termes de perte sèche pour le Trésor public. Par ailleurs, la revalorisation  des salaires des agents publics en 2008 s’est traduite par un accroissement  de la masse salariale de l’Etat pour  près de 8 milliards de Fcfa par mois. L’accélération des procédures d’intégration des 25 000 jeunes diplômés dans la fonction publique et la contractualisation des 19 000 temporaires font partie des  efforts financiers consentis par le gouvernement pendant ces années.

Les travaux d’extension et de modernisation de la Société nationale de raffinage (Sonara) à Limbé sont considérés comme une belle initiative malgré son coût, 350 milliards de Fcfa.  Car, les travaux à leur terme permettront à la Sonara de raffiner dorénavant le pétrole extrait de notre sous-sol. Cette opération est importante à plusieurs égards. Le Cameroun est certes un pays producteur de pétrole dit «lourd» contrairement au  Nigéria, Gabon et autres pays du Golfe de Guinée.  Malheureusement, l’usine de la Sonara, depuis sa construction, n’avait  été équipée que pour le pétrole «léger». Raison pour laquelle, le Cameroun, bien que pays producteur, est constamment obligé  d’importer l’or noir  «léger» du Nigéria ou de la Guinée Equatoriale pour sa consommation locale après raffinage. Ceci étant, les investissements en cours à la Sonara sont essentiels. Autrement dit, la possibilité de raffiner le pétrole extrait de notre sol est certaine. Cela devra conduire à terme à la diminution sensible du prix de carburant pour les consommateurs.

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Published by Njognath - dans Economie
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