Délation - Psychose
Une histoire de vraie-fausse révélation faite sur la chaîne de télévision nigériane «Emmanuelle Tv» crée une psychose au sein des habitants de la zone quatre étages à Douala.
Le quartier Sodiko au lieu dit quatre étages est encore très meurtrie par cette histoire de chair humaine vendue dans un restaurant de fortune, spécialisé dans les sauces d’accompagnement de taro et couscous de maïs. Lors de notre descente sur le terrain, les avis des personnes rencontrées sont véritablement partagés. «L’affaire a fait grand bruit dans le coin et peu à peu, elle se tasse. Je ne peux pas vous parler avec exactitude de quoi il s’agit. J’ai aussi entendu parler. Rapprochez-vous de la communauté anglophone pour en savoir davantage», confie une gérante de call-box installée à l’entrée de la rue menant à la clinique «La Renaissance». Un peu plus loin à l’entrée école pilote, les personnes approchées sont étonnées que ce ne soit maintenant que nous nous intéressons à cette histoire et que nous disions n’avoir pas vu cette émission. «C’est une vielle histoire qui remonte au mois de février 2009, lorsque qu’une vendeuse du taro ou Ashu, très courue est passée sur la chaîne emmanuel Tv pour faire ses confessions. Paralysée en ce moment et certainement pour obtenir guérison, elle a avoué qu’elle servait comme viande dans ses repas de la chair humaine et recueillait l’eau de sa toilette intime pour préparer ses menus afin de maintenir sa clientèle», confie Irène, tenancière d’une caisse de cigarettes. Mais personne ne veut en dire plus, ni parler à visage découvert, encore moins avouer avoir déjà manger de son repas. La seule unanimité est faite sur l’aspect très prisé de ses repas. « Son taro était très couru par les hommes huppés qui partaient de partout pour venir manger dans cadre inconfortable. Depuis cette révélation, ses clients ont disparus ». Plusieurs autres personnes rencontrées sont plus affirmatives. Ils soutiennent avoir vu cette émission plusieurs fois rediffusée sur cette chaîne de télévision nigériane. «Elle a fait cet aveu et a même dénoncé quatre autres de ses camarades qui vendent aussi la nourriture dans le coin», déclare Pierre.
Depuis quelques jours l’article intitulé «La chair humaine vendue en kilo à Bonabéri» rédigé par Nje Ndimba Alphonse est ventilé à un grand éventail sur internet. Certains journalistes ont même réagi pour dire que cette histoire était fausse, mieux de la rumeur. Selon cet article, la tenancière dont l’identité n’est pas connue et qui souffre d’une paralysie du côté droit a fait le déplacement du Nigeria pour aller rencontrer le pasteur Tb Joshua faire sa confession en direct sur «emmanuel Tv». Elle a dévoilé ses circuits de ravitaillement et ses méthodes. S’agissant des circuits de ravitaillement, elle a ainsi indiqué qu’elle est approvisionnée par des personnes en service dans les cimetières de la ville de Douala et par des trafiquants dans le département du Moungo qui se «servent» lors des accidents de circulation. Le meilleur des plats est celui contenant du cerveau humain. «Avec ça, c’est sûr, on reviendra toujours même si le plat coûte plus de 10 000 Fcfa», cite-on une de ses déclarations. L’article dit qu’elle a clôturé son propos en affirmant que son réseau compte trois grands restaurants dans la zone de Bonaberi. On y lit aussi qu’à la suite de ces révélations, la population vient de détruire ledit restaurant en l’absence de la propriétaire en fuite.
Mathieu Nathanaël NJOG
Réaction
La pseudo vendeuse de chaire humaine s’explique
Lors de notre descente à Bonaberi au quartier Sodiko, nous n’avons aperçu aucun restaurant détruit. Mais nous avons découvert que la dame incriminée, la nommée Mary est hémiplégique, paralysée du côté droit. Ce qui lui sert de restaurant est un bar situé non loin de Ocean city radio, où elle s’installe provisoirement dans le hall pour vendre ses repas. Rencontrée à son domicile dans un studio qu’elle loue, Mary, très mal en point nous a avoué qu’elle revient d’hospitalisation. Les larmes aux yeux, elle dit ne s’être jamais rendu chez le pasteur Tb Joshua. Elle reconnaît que cette « sordide » histoire l’a complètement détruite. «Depuis un mois, mon activité ne passe plus. Je suis passé de 50 à 100 plats par jour à 10 plats vendus à peine. J’utilisais cinq jeunes filles pour m’assister, il n’en reste que deux.» Pour elle, il ne fait pas de doute que «ce sont les commerçantes concurrentes qui ont monté le coup pour que mon commerce meurt. En matière de taro je peux dire que j’étais la meilleure à Douala. C’est un don que Dieu m’a donné pour avoir de quoi m’occuper de la grande famille dont j’y suis issu. Je suis une fille issue d’une famille très pauvre. C’était ce commerce qui était tout pour moi. Car je n’ai pas de mari, ni aucun membre de famille capable de survenir à mes besoins. C’est avec ces revenus que je me soigne et envoie mes enfants à l’école. Mais depuis un mois, c’est la chute totale», affirme Mary.
Sur les accusations qui lui sont faites, elle répond : «On n’a qu’a demandé aux différentes filles que j’ai utilisées ici. Je cuisinais avec elles le taro à la sauce jaune et le couscous de maïs aux légumes que je vends spécialement. Et c’est le même repas qu’on mange chez moi. Les viandes servies sont la serviette, les intestins, le foie, le poisson sec, la queue de bœuf et la peau. Ce sont mes filles qui vont de bonne heure l’acheter chez mon fournisseur.» Pour ce qui est de sa maladie, elle déclare qu’il y a deux ans à peine, elle a été victime d’un poisson mystique communément appelé « Mousson en pays Bassa ». Elle va se soigner en pays Bassa. Deux semaines après son retour, elle va souffrir d’un paludisme. Elle se rend dans son village dans le Nord-Ouest. Le lendemain de son arrivée, elle est victime au réveil d’un déboîtement de sa mâchoire. Après un mois de traitement, elle regagne Douala en début d’année dernière. Le lendemain de son retour, elle se réveille avec une hémiplégie qu’elle soigne depuis un an. «Ce qui est curieux depuis un an, j’ai été substituée par ma sœur cadette et par la suite j’ai repris le commerce à travers mes ouvrières puisque je ne sors pas», affirme-t-elle, avant de conclure «C’est justement un an après ma paralysie que cette histoire est montée de toute pièce par celle qui espérait ne plus me voir poursuivre mon commerce.» Mais pour les habitants, elle est victime de l’effet boomerang de ses pratiques maléfiques.
M.N.N., article publié dans Le Messager
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