Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 15:59

Au palais - Sorcellerie

Poussées par un marabout,  elles ont commis en coalition le délit de tentative d’assassinat. Quatre sœurs ont été condamnées à 10 ans d’emprisonnement ferme par le tribunal de grande instance de Moungo. L’affaire est en appel.

 

Le 22 janvier 2006, Joséphine Ndjuignia, Josiane Marthe Kepfeg, Louise Djakou et Catherine Yamou, mariées à Douala débarquent dans la ville de Loum aux premières heures de la matinée et se dirigent au domicile de leur oncle, Michel Tchatchou, 75 ans sis au quartier jouxtant le marché. Il s’en suit une échauffourée qui va drainer la quasi-totalité des habitants et commerçants des quartiers environnant.  Selon ce dernier, elles font irruption dans son domicile à 5h30mns où elles le surprennent tout seul, l’agresse, le moleste, le bâillonne et à l’aide d’une seringue l’injecte un liquide dans le ventre avant de le relâcher. Immédiate, il va ressentir des douleurs abdominales qui vont le contraindre à une hospitalisation de trois mois au cours duquel il va subir cinq interventions chirurgicales. L’abdomen et le dos, présentés à la cour a une allure de charcuterie. Par la suite, il va pendant six mois recourir à tout sorte de traitement externes pour recouvrer la santé. En revanche, pour les accusés, elles se sont rendues au domicile de leur oncle pour lui demander de les laisser en vie.

 

L’influence du charlatan

En effet, tout part de Ndjuignia Joséphine qui dit avoir subit des menaces prémonitoires. «Un soir mon mari de retour du travail se retrouve avec un seul pied. Une nuit, elle urine dans le pot et au matin elle retrouve le pot vide», raconte-t-elle. C’est alors qu’elle décide de se rendre à Bamenda pour consulter un tradipraticien. Celui-ci l’apprend que son oncle a engagé un processus irréversible pour la tuer mystiquement. Pour la protéger et ses autres frères et sœurs, le marabout exige que chacun devrait débourser la somme de 200 000 Fcfa. De retour, elle ameute ses sœurs et décident toute en ensemble d’aller résoudre cet épineux problème avec leur oncle. Pour l’avocate générale, qui officie au banc du ministère public, il ne fait aucun doute «qu’elles y sont allées pour lui faire la peau afin d’en finir définitivement». Ce qui justifie cette agression.

Par la suite, elles confortent la vision du marabout par le fait que ce charlatan va faire parler son fils décédé en 1998, qui dévoilera que c’est son père qui est à l’origine de sa mort et celui de leur père survenu en 1995. Selon les accusés, Leumi Dorethe et Yami Justin, les fils du plaignant s’y étaient aussi rendu à Bamenda pour savoir les causes de la mort de leur frère, à leur retour, ils ont gardé silence parce qu’ils ont découvert qu’il ne s’agissait pas du frère aîné des accusées qu’ils soupçonnaient, mais de leur père. Le ministère public soutient le contraire et estime que le silence traduit tout simplement leur déception de découvrir qu’il s’agissait d’une mort naturelle. D’autant plus que le fils du plaignant décède par désobéissance. Lors des obsèques de la coépouse de la mère des accusées, le fils va prendre le véhicule abandonné par son père alors qu’il ne possède pas de permis de conduire. Il se rend aux obsèques à l’Ouest avec sa compagne, leur enfant et sa belle-mère. Surpris de voir son fils arrivé à bord de son véhicule, Michel Tchatchou condamnera cette attitude de son fils parce que pas suffisamment apte à rouler sur la national N°4. C’est alors que sur le chemin de retour, il va sous une forte pluie déraper et se retrouver les quatre fers en l’air. Il décède avec son fils et sa compagne s’en tire avec une paralysie.

 

La famille vole en éclat.

Dans la salle d’audience, un membre de cette famille, la soixantaine est inconsolable. «J’aurai souhaité que l’une des parties soit opposée à un inconnu, mais entre membre de la même famille, c’est une guerre interminablement qui déchire notre petite famille», maugrée-t-il, avant d’ajouter «Ce papa, était l’un des rares lettrés des années d’avant et après l’indépendance. C’est lui qui nous a tous élevé dans la famille. Il ne faisait aucune différence avec ses enfants». On prend ainsi qu’après ses neuf mois de traitement, des négociations sont entamés pour que le linge sale se lave en famille. Les quatre sœurs refusent de faire amende honorable. C’est ainsi que Michel Tchatchou décide de porter plainte. Après avoir été interpellées à Douala, elles sont placées sous mandat de dépôt le 21 juillet 2006 et par la suite condamné. L’audience criminelle de la Cour d’appel du Littoral du mardi 31 mars 2009 a statué sur l’affaire qui a été mise en délibéré pour le 8 avril 2009.

Mathieu  Nathanaël NJOG, article publié dans Le Messager

Par Njognath - Publié dans : Société
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