Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /2009 19:08

Politique – Suspension des maires

Les dessous de l’application discriminatoire des dispositions de l'article 58 de la loi N° 2004/018 du 22 juillet 2008 font des vagues. Le Minatd dans le viseur.

 

Après les trois arrêtés N° 00025, 00026 et 00027 du 19 février 2009, signées du ministre d’Etat, ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation (Minatd),  suspendant pour trois mois renouvelables, les présidents des Conseil municipaux d'Ombessa dans le département du Mbam et Inoubou, Mouanko dans le département de la Sanaga-Maritime et Kyé-Ossi dans le département de la vallée du Ntem. Il s’agit respectivement de Joseph Adebada, Lucien Célestin Edoube, et Antoine Bikoro Alo’o, tous trois maires issus du parti au pouvoir. Les langues se délient au sein du Serail pour condamner cette décision. Et même demander de surseoir au processus de remplacement. Selon certaines indiscrétions, la majorité des différents conseils municipaux et certains pontes du régime, très remontés contre le Mintad, crient à la trahison. Pis encore, ils estiment que «ces décisions inopportunes discréditent le Rdpc dont les mairies ne sont pas les seules des 360 mairies du Cameroun a violé les dispositions de l'article 58 de la loi N° 2004/018 du 22 juillet 2008 ». Surtout que sur plus d’une centaine de maires visés, certaines mairies de l’opposition sont aussi concernées. Conséquence, les responsables du Rdpc rencontrés n’excluent pas la piste d’un règlement de compte. Pour beaucoup, la présence des maires, d'Ombessa et de Mouanko, dans cette liste n’est que diversion. D’autant plus qu’ils s’étaient déjà inclinés à l’appel à démissionner lancé en fin d’année 2008 par le Minatd.

 

Les dessous

A cet effet, l’on parle des rapports très tendus entre les maires suspendus et leurs tutelles. C’est le cas de l'exécutif communal de Kyé-Ossi par exemple. Les témoignages concordant révèlent que depuis de longues dates les rapports entre le maire suspendu et ses ministres de tutelle n’étaient pas au beau fixe. D’autant que Antoine Bikoro Alo’o le maire de Kyé-Ossi n’étaient pas toujours en odeurs de sainteté avec Emmanuel Edou, ministre délégué des collectivités décentralisées auprès du Minatd et Marafa Hamidou Yaya, Minatd. Il se raconte que Marafa et Bikoro ont travaillé à la Snh avant que le premier ne soit nommé membre du gouvernement. Pendant toute cette période, Antoine Bikoro alors Directeur administratif et financier de la Société nationale des hydrocarbures (Snh) aurait fait échec à plusieurs dossiers plus ou moins occultes. Des dossiers aux enjeux financiers énormes parrainés par le Minatd. On cite entre autre celui  de l’achat de l’Albatros.

Mais il y a aussi et prioritairement la guerre de leadership, que se sont toujours livrés, Antoine Bikoro et Emmanuel Edou sur le plan politique. Les deux étant tous originaires de la vallée du Ntem. C’est le cas des différentes consultations internes du Rdpc et notamment des dernières portant sur le renouvellement des organes de base que pour les investitures pour les élections municipales et législatives 2007. La victoire de la liste du maire suspendu au détriment de la liste soutenue par le ministre des localités décentralisées était restée en travers de la gorge de ce dernier. Les deux se vouent une haine viscérale avant même que la mairie d’Olemze qu’a toujours dirigé Antoine Bikoro ne soit éclatée en deux pour donner naissance à celles d’Ambam et de Kye-Ossi.

 

Focal

Marafa : L’arroseur arrosé ?

Cette décision n’étant pas très appréciée, les voix s’élèvent pour demander que l’arroseur  soit à son tour arrosé. En effet, au sein du sérail, on demande aussi la démission de Marafa de son poste de président du conseil d’administration (Pca) du Feicom. Les partisans de cette position se recrutent tous au sein des hautes sphères du Rdpc. Ils se fondent sur l’article 21 de la loi N°99/016 du 22 décembre 1999 portant statut général des établissements publics et des entreprises du secteur public et parapublic. En son alinéa 1, il est indiqué que «les fonction de président du conseil d’administration d’établissements publics, de sociétés à capitaux publics et de sociétés d’économie mixte à participation publique majoritaire, sont incompatible avec celles de membre du gouvernement, de parlementaire, de directeur général et directeur général adjoint…»

De ce fait, Marafa tombe aussi sur le coup de cette loi, en sa qualité de Pca du Feicom et ministre d’Etat, ministre de l’administration territoriale et de la décentralisation. Il va de soit qu’il n’est pas le seul membre du gouvernement sous le coup de cette loi. «C’est précisément pour cela qu’il doit être le premier à démissionner ou à être démissionné», sérine un membre du comité centrale du Rdpc de la Vallée du Ntem. Et pour cause, «les trois maires que vient de suspendre le Minatd n’étaient pas aussi les seuls à ne pas résider dans leur commune respective. Autant si le Minatd veut appliquer la loi pour les autres, il doit spontanément prêcher par l’exemple en se soumettant à la loi, sans tenir compte du cas de ses collègues cumulards», poursuit un responsable du Rdpc à Mouanko.


Mathieu Nathanaël NJOG 

Par Njognath - Publié dans : Société
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