Dossier – Education de base
La sonnette d’alarme a été donnée par les différentes missions de la société civile japonaise. A la suite des multiples descentes effectuées dans les infrastructures du projet «Don japonais » au Cameroun, les résultats obtenus ont été inquiétants. La quasi-totalité présente une palle allure parce que plongée dans l’insalubrité ambiante, le délabrement, voire la décrépitude des ouvrages, qui sont les corollaires d’un manque d’entretien et de maintenance. Ce bilan alarmiste n’a pas laissé insensible Mme Halimatou Haman Adama, ministre de l’éducation de base. Surtout que cette situation menace la poursuite du volet construction des écoles de la coopération bilatérale nippo-camerounaise. Du fait du non respect par la partie camerounaise de ses engagements dans le partenariat qui lie les deux pays. Pour sauver ce qui peut encore l’être, il a été décidé d’organiser par an jusqu’au tour complet des sept régions abritant le projet. Les deux premier séminaires ont été organisés le 9 et 15 janvier 2009 respectivement dans les villes de Yaoundé et Douala. Les deux métropoles où l’incivisme est le plus accentué et les plus marquées par les phénomènes de vandalisme et de dégradations du fait que ce sont elles qui ont bénéficié de la construction des premières écoles du projet. Le but était d’informer, sensibiliser sur les enjeux de cette coopération, la politique d’hygiène, d’entretien et de maintenance qui devrait être appliquée dans les écoles du projet : «Don Japonais». Le deux séminaires d’un jour chacun a globalement coûté la modique somme de 21.970.625 Fcfa. Excusez du peu !
Initialement, ce projet de la coopération nippo-camerounaise était porteur d’espoir. D’autant plus qu’il visait à améliorer le niveau d’éducation et d’encadrement des élèves. Mais aussi améliorer les performances des élèves, en les offrant les conditions de travail fiables ainsi qu’aux enseignants, favoriser la décongestion et promouvoir l’éducation primaire pour tous en tenant compte de l’égalité des sexes à l’horizon 2015. Le projet a vu le jour lors de la première conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (Ticad) de 1993. Il est lancé au Cameroun en 1997 après la signature des documents le 21 août par les représentants des deux Etats. A ce jour, c’est au total 94 écoles publiques qui ont été construites, pour 1199 salles de classes et 118 blocs de latrines, sur 92 sites éparpillés dans sept régions sur les dix que compte le Cameroun. Ce qui correspond à une aide financière sous forme de don non remboursable de 889 millions de yens (environ 46.940.571.821 Fcfa).
En revanche, l'Etat du Cameroun a pris des engagements dans ce partenariat. Notamment dans les volet de la sécurisation de ses écoles par la construction des clôtures et le recrutement de vigiles, mais aussi d’allouer un budget pour le volet entretien et maintenance. Seulement onze ans après, seuls 77 de ses écoles du don japonais seulement ont bénéficié de la construction d’une clôture. Conséquence, les écoles japonaises sont livrés aux actes de vandalisme, de certains élèves et particulièrement des riverains. Le budget d’entretien et de maintenance apparaît comme le ventre mou du projet. Curieusement entre les directeurs d’écoles et les responsables chargés de la gestion de ses fonds dans les services centraux et décentralisés ont ne semble pas s’entendre sur leurs déblocages. Ce qui frise les détournements de deniers publics. Les auteurs devront alors rendre gorge.
Peut-on encourager les bailleurs de fonds à choisir la destination Cameroun si les Camerounais eux-mêmes ne mesurent pas la portée et l’impact des dons venus de l’extérieur pour contribuer au développement du pays ? C’est dire s’il y a urgence de redorer ces cadeaux japonais qui étaient au moment de la remise de clés étaient des joyaux qui devrait servir à plusieurs générations. Les responsables du Minedub ont lors de ses séminaires, interpellés la communauté éducative (élèves, parents d’élèves, enseignants et directeurs), les collectivités locales (maires et conseillers municipaux, chefs de quartier) qui ont pris part à ce séminaire de s’impliquer plus que par le passé pour que cela n’arrive plus. Seulement rien n’a été dit sur les actions qui seront menées dans les brefs délais pour la réfection des dégâts relevés. Le Cameroun qui voudrait intensifier sa coopération avec le Japon dans ce secteur aura-t-il des coudées franches?
Mathieu Nathanaël NJOG
Ecoles dons japonais
La situation frise le déshonneur. Indifférence de la communauté éducative.
Douala : Un état de délabrement inquiétant
Le tour de quelques établissements de Douala issus du projet « Don japonais » laisse transparaître de nombreuses dégradations, allant des destructions des infrastructures et des équipements à l’irresponsabilité de certains personnels qui laissent les écoles devenir le dépôt de déchets de tous genres. A l’école publique bilingue de Bépanda, les cinq grands bâtiments R+1 de quatre classes et deux bureaux administratives chacun, sont majestueusement dressés. Une barrière en matériaux définitifs ceinture tout le périmètre. La cour est d’une propreté éclatante. Ce matin du lundi 19 janvier 2009, la directrice, Mme Soumelong Young Pauline, en lieu et place des enseignants qui sont pratiquement tous en retard, a soumis les élèves au balayage des différentes salles de classes. Mais ce qui frappe à première vue est le reflet des murs, qui sont défraîchis.
Inauguré depuis 1997, ces bâtiments n’ont plus reçu la moindre couche de peinture, voici onze ans. Les blocs des latrines sont enfouis dans des parcelles envahies par des herbes et des plantes. Mais aussi on constate qu’à la section francophone, il y a tout un bâtiment de quatre salles de classes inoccupées. Ceux des classes occupées présentent des effectifs de moins de 30 élèves. «Les parents n’envoient plus beaucoup les élèves dans les écoles publiques», reconnaît un des responsables. Mais ce dernier dit ne pas véritablement en savoir davantage sur les raisons de ce désintérêt. Curieux, tout de même lorsqu’on sait que Bépanda omnisports et ses environs, où est situé cette école publique bilingue repartie en huit groupes (soit quatre francophones et quatre anglophones), est très populeux. Peut-être faut-il aller chercher les raisons dans le fonctionnement à mi-temps. Lors de notre passage en section anglophone, le directeur du groupe 1B était en plein travail manuel avec les élèves du cours moyens 2è année. Pendant ce temps sa collègue du groupe 1B était en négociation avec un technicien pour défricher mécaniquement les herbes qui ont repoussés tour au tour des bâtiments pendant les congés du 1er trimestre. Aux toilettes, d’une propreté approximative, il y a fuite d’eau au niveau des robinets ce qui crée une importante nappe d’eau dans laquelle les élèves pataugent lorsqu’ils y rendent.
Les autres sont à la même enseigne
L’extérieur de la barrière, occupé par les laveries et vendeurs de planches qui occupent les emprises, qui la juchent ne permet pas de donner une fière allure. Les murs en matériaux définitifs sont parsemés de trous, soit pour servir d’échafaudage au hangar, soit de marchepieds pour escalader la barrière et aller puiser de l’eau ou se soulager dans les toilettes pendant les heures de cours. Ce qui n’est pas pour garantir la sécurité de ces enceintes qui sont pour la plupart dépourvu de vigiles. «Et pour cause, avec la gratuité des frais de scolarité et le paiement facultatif des frais d’Ape, les parents refuse de s’acquitter des cotisations de l’association des parents d’élèves», affirme un des directeurs.
Dans les autres écoles du projet «Don japonais», notamment Cité berge, Ndogbong, Nkongmondo, Billongue, Bonassama, Bonabérie, New-town aéroport, le registre des dégradations révèle : des plafonds et tôles démontés par les intempéries, les tables bancs cassées par les riverains qui les utilisent pendant les vacances pour servir comme tribune lors des championnats de vacances et souvent par les ménagères dans les zones rurales pour les utiliser comme bois de chauffe. On y retrouve aussi des portes défoncées, et par endroit on note les monticules d'ordures dans l'enceinte et aux alentours, les eaux stagnantes le long des murs du fait de la défectuosité de la tuyauterie, ainsi que les caniveaux faute de cirage. Par ailleurs on notre l’absence de voies de canalisation des eaux de pluie.
Le cas de New-town aéroport
La situation de l’école publique de New-town aéroport qui est dépourvue de barrière est plus criarde. Les blocs de latrines ont été vandalisés par les riverains. Tout comme les portes des salles de classe du rez-de-chaussée. Affectées aux classes de la maternelle, Sil, Cp et Ce I. Les enseignants disent être régulièrement interpellés par leurs mioches lorsqu’ils ont retrouvé dans les des emballages de condoms et même des condoms utilisés. Lorsque ce ne sont pas les excréments humains qui sont parsemés entre les rangs et même badigeonnés sur les tableaux. «Les habitants en majorité de culture musulmane, disent ainsi protester contre les frais de l’association d’élèves dont ils s’acquittent», confie un enseignant.
Lundi 26 janvier 2009, Mme Essame, la délégué départemental a tenu une réunion d’urgence avec les directeurs d’écoles du projet «Don japonais» pour mettre en place des stratégies qui permettront aux écoles de sa circonscriptions de compétence de sauver la face. On attend les fruits.
M.N. NJOG
Contribution camerounaise
Le Cameroun est sensé débourser chaque année des centaines de millions dans le cadre de la maintenance et l’entretien des écoles du projet.
Un milliard de francs Cfa a tête chercheuse
Dans la coopération bilatérale nippo-camerounaise consacrée au volet construction des écoles, la partie japonaise a pris en charge le financement du projet tout en assurant l’assistance technique. C’est ainsi que de 1997 à 2006, 94 écoles publiques flambant neuves ont été reconstruites et équipées sur les anciens sites des écoles existantes. Des écoles dispersées sur 92 quartiers de sept régions sur les dix que compte le Cameroun. Ces infrastructures et équipements ont été financés par des dons du gouvernement japonais à hauteur de près de 47 milliards Fcfa. Pour accompagner ces investissements à fonds non remboursables, le gouvernement camerounais a pris les engagements de viabiliser les sites pour l’implantation et la viabilisation des chantiers, de prendre en charge les taxes et impôts dus par les entreprises japonaises retenues à la réalisation du projet. Des engagements que le Cameroun s’est acquitté sans coup férir. Par ailleurs, à la livraison des écoles du projet «Don japonais», le gouvernement avait aussi pris l’engagement de sécuriser les écoles par la constructions des clôtures et le recrutement des vigiles. A ce jour, il y a encore, 14 écoles de ce projet qui sont encore dépourvues de clôtures, même s’ils possèdent des vigiles qui disent être dans ces conditions impuissants. Certaines étant situé dans les zones criminogènes.
Par ailleurs, le gouvernement camerounais s’est aussi engagé de les maintenir en bon état en allouant un budget annuel pour assurer leur entretien et garantir l’hygiène et salubrité. L’Etat camerounais a sur ce plan fait montre d’une grande défaillance. Ce qui est la conséquence de l’état de délabrement de ces joyaux cadeaux japonais. «Jusqu’ici le volet maintenance qui concerne aussi bien l’entretien des bâtiments et des équipements que l’hygiène dans l’enceinte et à l’extérieur des écoles n’a pas bénéficié d’une grande attention du gouvernement », reconnaît l’Unité d’exécution du projet « Don japonais » du ministère de l’éducation de base dans la fiche technique de justification la situation réelle sur le terrain. Toutefois, la même Unité d’exécution affirme que : «Ces opérations qui s’exécutent avec plus ou moins de bonheur au fil des années s’élèvent à près d’un milliard de francs chaque année ». Pourtant la redistribution des subventions débloquées pour leur entretien et leur aménagement. Curieusement les directeurs d’écoles et les responsables chargés de la gestion de ses fonds dans les services centraux et décentralisés ne semblent pas s’entendre sur l’existence de ce fonds. Certains directeurs des écoles du projet de la ville de Douala que nous avons rencontré ont reconnus avoir reçu de la délégué départementale de l’éducation de base du Wouri, Mme Elise Essame en début d’année scolaire 2008-2009, une dotation de près de 300.000 Fcfa chacun pour l’entretien et l’aménagement des ses écoles, alors que d’autres disent ne pas être au courant d’une telle dotation.
C'est donc à juste titre que André Manga Ewolo, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education de base s'est montré virulent à l'ouverture du séminaire-atelier de Douala. «Le constat fait sur les nombreuses dégradations et destructions des infrastructures et des équipements dans les écoles, la négligence de certains personnels qui laissent les écoles devenir le dépôt de déchets de tous genres.» Or, la partie japonaise attache du prix à la pérennisation desdites écoles. Ceci s’illustre par la régularité et le nombre toujours croissant des missions de la société civile japonaise dans les infrastructures du projet «Don japonais». «le gouvernement japonais est soucieux de l’utilisation qui en est faite. Plus encore le contribuable japonais accorde un intérêt particulier à l’entretien et l’hygiène dans ces éceoles, critère pouvant garantir selon l’Etat japonais, la durabilité ou mieux la consolidation de ce projet », affirmait Monique Constance Ndongo, coordonnatrice de ce projet à Douala.
Parce que pour le gouvernement japonais, les écoles de ce projet doivent assurer leur place d’écoles de référence dans l’environnement scolaire au Cameroun, susceptible de garantir la qualité de l’éducation de base, pour que Le Cameroun puisse préserver sa crédibilité auprès du partenaire japonais et consolider ainsi la coopération avec le Japon. «Et enfin pour que les efforts des contribuables camerounais et japonais ne paraissent pas vain », affirme-t-on à l’unité d’exécution de ce projet. C’est dire que s’il y a à quelque niveau que ce soit des pratiques s’apparentant aux détournements de deniers publics, les responsables devraient être établies et les coupables rendre gorge.
M. N. NJOG
Carte scolaire
Chronologie des constructions
Le partenariat qui lie le Camerounais et le Japon dans le volet construction de ces écoles s’est déroulé en trois phases reparties chacune en trois tranches. Et chacune des tranches est matérialisée par un échange de notes entre les deux parties. La phase I qui va de 1997 à 2000, démarre avec la première tranche le 21 août 1997 et permet de construire 14 écoles publiques dans la ville de Douala. La deuxième tranche est signé le 14 octobre 1998 et aboutit avec la construction de 16 écoles publiques dans les villes de Yaoundé et de Douala. La troisième tranche est signée le 6 août 1999 pour l’achèvement de la construction des 8 écoles publiques de cette phase I Pour un total de 38 écoles du projet « Don japonais ».
La phase II va de 2001 à 2004 et permet de construire 27 écoles publiques. La première tranche de cette phase est paraphée le 16 août 2001 et abouti à la construction de 10 écoles à la ville de Yaoundé. La deuxième tranche signée le 24 juin 2002 offre 9 écoles dans la ville de Yaoundé et dans les villes de la région du Sud. La troisième tranche matérialisée le 19 juin 2003 permet la construction de 8 écoles dans la région de l’Ouest.
La Phase III va s’étendre de 2004 à 2007 et est consacrée à la construction des 33 dernières écoles de ce projet. La première tranche de cette phase est signée le 24 août 2004 et permet d’offrir 11 écoles publiques dans les régions du Centre et du Sud. La deuxième tranche réservée à la construction de 12 écoles est paraphée le 16 juin 2005 dans les villes de Yaoundé, Buea, Limbé et Kumba. La troisième tranche et fin de ce projet est signé le 20 juin 2006 pour la construction de 10 écoles publiques dans les villes de Garoua et de Maroua.
Dans l’ensemble la région du Centre s’en tire avec 29 écoles pour 481 salles de classes et 43 blocs de latrines entre 2001 et 2006. la région du Littoral bénéficie de 20 écoles pour 195 salles de classes et 23 blocs de latrines entre 1999 et 2001. La région du Sud voit construire entre 2003 et 2005 11 écoles pour 112 salles de classes et 12 blocs latrines. La région de l’Ouest reçoit en 2004 dans ce partage 11 écoles pour 163 salles de classe et 13 blocs de latrines. La région du Sud-Ouest bénéficie de 12 écoles pour 112 salles de classe et 12 blocs latrines. La région de l’Extrême-Nord voit construire en 2007 6 écoles pour 74 salles de classe et 7 blocs latrines. La région du Nord se contente en 2007 de 4 écoles pour 64 salles de classes et 7 blocs latrines
M.N.N
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