Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 16:37

Portrait - Ils ont marqué 2008

Agé de 48 ans, le digne fils du richissime milliardaire, Victor Fotso traverse une passe difficile. Il est inquiété dans le scandale de l’Albatros. Depuis lors, plusieurs dossiers sont dépoussiérés à l’instar de sa gestion de la Camair entre 2000 et 2003. Inéluctablement, Yves Michel Fotso fait partie des victimes collatérales de l’opération épervier, lancée pour nettoyer le régime en place des prévaricateurs. Même s’il résiste avec courage, il n’en demeure pas moins vrai qu’il a toujours une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.

 

Il revient incontestablement de loin. «Depuis le 1er janvier 2007, je ne suis plus un contribuable camerounais, explique-t-il. J’ai un titre de résident de Singapour, où je passe la moitié de mon temps», déclarait Yves Michel Fotso dans l’une des éditions 2008 de l’hebdomadaire continental Jeune Afrique. Singapour, est un pays qui lui offre de meilleures conditions d’imposition. Mais, les observateurs y ont vu un exil au prix de sa liberté. Seulement, de passage au Cameroun en avril 2008, son passeport lui est retiré. Il est depuis lors interdit de sortir du pays. La distance qu’il entendait mettre entre ses adversaires et lui n’a pas suffi à éteindre le relent d’animosité de ses adversaires, comme il le pense. «Je fais peur car on pense, à tort, que je pourrais peser sur certains choix, analyse-t-il. Pourtant, je n’ai cessé de répéter que je n’avais aucune ambition politique. Que je ne briguais aucun poste ministériel. Mais plus je dis, moins on me croit. C’est pour cela que j’ai décidé de déplacer ma base opérationnelle à Singapour pour laisser le champ libre à ceux à qui je semble faire de l’ombre», confiait Yves Michel Fotso chez notre confrère Jeune Afrique en janvier 2008.

Malheureusement comme en 2005, tout au long de l’année 2008, on a annoncé l’imminence de son arrestation. En vain. Pour échapper aux serres de l'épervier qu'on disait qu’il fallait tout simplement qu’elles se referment sur lui, on a dit que Y.M. Fotso s’était réfugié à Bandjoun dans son village natal auprès de son père, Victor Fotso, le richissime homme d'affaires et ami très intime à Paul Biya. Un repli grégaire que tout le monde disait hypothétique lorsqu’on sait qu’aucune personne ne peut se prévaloir d’un quelconque soutien ou d’un lien familial haut placé, même du président de la république pour échapper à la sanction que subisse tous ceux des gestionnaires des deniers publics, reconnus coupables de malversation.

Tout part en 2005, lorsque, est lancée « l’opération épervier» chargée de débusquer tous les voleurs à col blanc, la gestion de Y.M. Fotso de la Camair (2000 à 2003) est sur la sellette. Sa réputation est mise à mal. La rumeur annonce alors que son arrestation est imminente, surtout qu’au cours du premier trimestre 2006, «l’opération épervier » fait ses premières victimes, avec une première vague d’arrestations des anciens directeurs généraux d’entreprises publiques et parapubliques. Mauvaise affaire pour Y.M. Fotso qui voit suspendre les négociations de finalisation de l’entrée de la Banque européenne d’investissement (Bei) et de la Société financière internationale (Sfi), la filiale de la Banque mondiale, dans le capital de la Capital Financial Holdings (Cfh) Luxembourg, qui coiffe le groupe Commercial Bank. Il faudra attendre les conclusions d’une enquête de l’Inspection du contrôle supérieur de l’État d’octobre 2006 pour le disculper. C’est alors que reprennent les négociations. Et le 11 décembre 2007, il officialise l’entrée de la Banque européenne d’investissement (Bei) et de la Société financière internationale (Sfi), la filiale de la Banque mondiale, dans le capital de la Cfh à hauteur de 19 % chacune. Il affirme : «C’est la preuve que les deux institutions internationales, qui tiennent les économies et les finances du monde, ont eu foi en moi et dans mon groupe après avoir mené leurs propres investigations et sans tenir compte des rumeurs ou des manœuvres politiciennes de déstabilisation.»

 

Affaire Albatros

Le 28 avril 2008, nous sommes en pleine saison sèche. Au pied de l’immeuble de la Commercial Bank à Bonanjo à Douala, le thermomètre bascule au-delà des 37° C. À l’étage, se tient le conseil d’administration de la Cbc à Douala. Pendant ce temps, l’immeuble siège est quadrillé par des éléments de gendarmerie et de la police judiciaire sous le regard très attentif d’une horde de journalistes, venus assistés à l’annonce de l’arrestation de Yves Michel Fotso. Au final, il n’aura été question que de la signification de sa première convocation dans le cadre de l’affaire Albatros. Une enquête policière dans laquelle plusieurs hautes personnalités de la république sont déjà entendues. Mais cette théâtralisation de cette remise de la convocation suscite plusieurs interrogations au sein de l’imagerie populaire. Au Groupe Fotso, on parle de cabale visant à discréditer cette institution bancaire. «J’ai été le premier dirigeant pur produit du secteur privé à être appelé à la tête d’une société d’État... Depuis, je fais l’objet d’une cabale», indiquait-il bien avant.

C’est le début d’une série de convocations à la division des affaires économiques de la Direction de la police judiciaire à Yaoundé où il est cuisiné. En dépit du fait qu’il est convoqué comme témoin, les interrogatoires qu’il subit, durent souvent plus de douze heures. Et son inculpation est même envisageable. D’ailleurs le Messager va dans une de ses éditions dévoiler le bras de fer qui oppose Amadou Ali, le garde des sceaux qui voulait obtenir sa mise sous mandat de dépôt et Laurent Esso qui s’y est opposé. Son passage à la Dpj sera suivi des auditions du délégué général à la sûreté nationale, Edgar Mébé Ngo’o ; pour son implication dans ce dossier du temps où il était directeur du cabinet civil à la présidence de la république; du premier ministre Ephraïm Inoni le 11 juillet à l’époque des faits, secrétaire général adjoint de la présidence de la république et Pca de la société Apm crée pour gérer l’achat de cet avion ; et de Marafa Hamidou Yaya, le ministre de l’administration territorial et de la décentralisation le 16 juillet. Finalement à la suite d’une confrontation le 6 Août 2008 entre Yves Michel Fotso et Atangana Mebara, L’ex Minrex et ex- secrétaire général à la présidence est placé en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé.

L’affaire Albatros bouscule toute l’etablishmen de la république. D’autant plus que le Boeing 767 acheté en 2003 pour servir de cocon présidentiel a failli lors de son premier vol s’écraser avec Paul Biya et sa famille. Par ailleurs, la seule présence de Yves Michel Fotso dans ce dossier en fait un client qu’on essaie toujours de manger à toutes les sauces. La presse en fait ses choux gras. Elle retourne l’affaire sous tous les angles. Versant parfois dans la délation, dénonciation calomnieuse et diffamation. Certains médias seront tout simplement sentencieux. Les différents journaux se livrent à la recherche des scoops. Entre ceux qui essaient d’infiltrer  les secrets des interrogatoires et ceux qui s’attellent, soit à démontrer avec des fac-similés sa complicité dans la malversation qui a émaillé l’achat de l’Albatros, soit à démontrer le contraire. Les différentes parties prenantes à ce dossier sont même soupçonnées de tirer les ficelles sous cape contre des espèces sonnantes et trébuchantes.

Le mercantilisme est même animé par le personnel de la sûreté nationale proche de l’enquête. C’est ainsi que va circuler les pans entiers des interrogatoires et le passeport de Yves Michel Fotso, retenu par les services compétents sera proposé à Victor Fotso, son père, à un peu plus de cent millions de francs Cfa. Un journal va même publier les pages de ce  passeport. Ce qui met en mal la neutralité du Délégué général à la sûreté nationale (Dgsn) qui y est aussi impliqué. Et le 18 juin 2008, l’affaire Albatros emporte les officiers de police Mme Minkoue Eyenga, chef service de la coordination des enquêtes économiques et financière à la Dpj et  Moutassi Jean Pierre, adjoint au chef service des études et de la criminalité à la Dpj, suspendus pour 3 mois par le Dgsn. Ils sont accusés de forfaitures et divulgation des documents d’enquêtes par l’organisation des fuites au profit des personnes mises en cause. L’affaire Albatros reste un sujet brûlant, captivant et décapant, qui va certainement encore faire des vagues en 2009.

 

Coup médiatique de l’année

Yves Michel finira par rompre le silence qu’il s’est imposé depuis le lancement de l’opération épervier en 2005. Il fait une sortie médiatique qui continue de faire tâche d’huile dans le microcosme socio-politico- communicationnel. Le 11 septembre 2008, tiré à quatre épingles, Yves Michel Fotso accorde une interview diffusée de manière synchronisée par trois chaînes de télévision privées, parmi ceux ayant un plus grand audimat. Tous les ingrédients sont mis en contribution pour captiver l’attention de la communauté nationale et internationale. D’une voix posée et avec force et arguments, il fait le grand déballe : L’opération épervier, l’affaire Albatros, la Camair, Apm et Gia International sont au menu. Le lendemain, c’est le Messager qui a l’exclusivité dans la presse écrite de publier une interview fleuve éclatée dans trois éditions. Une interview qui n’avait rien de commun avec celle diffusé par les chaînes de télévision. Dans Le Messager, Yves Michel Fotso n'a éludé aucune question. Il fait le tour de l'actualité autour de sa personne. Pour dire sa part de vérité.

Cette sortie médiatique va défrayer la chronique au Cameroun. Le ministère de la communication  a même essayé de l’interdire, en vain. Le sujet est au centre de toutes les conversations. L’opinion publique s’interroge sur l’opportunité d’une telle sortie médiatique. Il va sans dire que l’imagerie populaire a été  très divisée. Mais pour la majorité des Camerounais, Y.M. Fotso voulait prendre l’opinion publique à témoin surtout que l’étau de l’épervier se resserrait autour de lui. La crédibilité de cette interview a été remise en question et les journalistes l’ayant interviewé ont été sur la sellette. Y.M. Fotso a-t-il eu raison de parler ? La question continue de tarauder les esprits

Celui qui est présenté comme le premier dirigeant pur produit du secteur privé à diriger une société d’État a aussitôt eu de nombreux contradicteurs qui ont commencé, eux aussi, à le contrarier dans différents médias. Certains en guise de droits de réponse. C’était le cas de Francis Nana, cet expert financier camerounais installé en Angleterre qui n’a pas fait dans la dentelle. Il a répondu à Y.M. Fotso dans un entretien diffusé par Le Messager. Ce genre de réplique est l’unique, car d’après des sources introduites, les ex-dirigeants de la défunte Camair, incriminés dans ce «grand déballage», prépare la riposte. C’est le cas de  Cyrille Etoundi Atangana. Au Cameroun, la gestion de la défunte Camair reste sur les tablettes des fins limiers de la Dpj. D’autant plus qu’au passage, les ex-dirigeants de la Camair, Cyrille Etoundi, Dakayi Kamga et Ngamo Hamani  ont défilé chez le juge d’instruction du Tgi du Mfoundi. Mi-janvier 2009, Ngamo Hamani a manqué une arrestation arbitraire. On est encore à se demander si Yves Michel Fotso aussi répondra de sa gestion à la Camair. Lorsqu’on sait qu’en décembre 2007 après la remise du rapport du Contrôle supérieur de l’Etat, Y.M. Fotso déclarait : «Ma première et seule victoire a été le classement sans suite du dossier sur ma gestion de la Camair».

 

Faillite Cbc : Info ou intox ?

Alors qu’on assistait à une certaine accalmie dans les déboires de Y.M. Fotso dans l’affaire albatros, Aurore Plus dans son édition du 28 novembre 2008, remet Y.M. Fotso sur la sellette. Avec en titre : «Secteur bancaire : La Cbc en faillite», en disant s’appuyer sur un rapport de la Cobac de 2006. Le journal précise que certaines instances du contrôle financier de la Cobac ont confirmé les difficultés financières de la Cbc. Estimant que ces «allégations portent gravement atteinte à l'honneur et à la considération » de la société, en même temps que ces informations ternissent son image de marque et contribuent à jeter le discrédit sur cet établissement bancaire et à déstabiliser sa clientèle. Le directeur de publication de Aurore Plus a reçu à cet effet deux citations directes le 2 décembre 2008 pour répondre des délits de « diffamation et de publication de fausses nouvelles ». Celles de la Cbc et Georges Dadjo, cadre de la même entreprise, incriminé, lui aussi dans le même article d’avoir emporté 1,2 milliards Fcfa.

A la suite de Aurore Plus, le journal L’Anecdote va titrer : Yves Michel Fotso : «Sa tentative de suicide et la faillite de la CBC». Des révélations fracassantes et non fondées. Même si le contenu de ces journaux semble avoir suffisamment ébranlé les dirigeants de la banque, tel n'est pas encore le cas du journal Aurore plus. Michel Michaut Moussala décidé de «secouer» le groupe bancaire, a retourné le sujet sous toutes ses coutures dans une série publié sur plusieurs éditions. Mais comme le disait Y.M. Fotso lors des journées de réflexion du groupe, «comme je l’ai toujours dis, j’ai confiance en la justice de mon pays et reste persuadé que les faits tangibles, portés à la connaissance des responsables chargés de l’instruction de l’affaire, vont permettre d’établir clairement les responsabilités » dans ces nombreuses affaires dans lesquelles il est mêlé.

Mathieu Nathanaël NJOG, Article publié dans Le Messager

Par Njognath - Publié dans : Société
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