Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 16:16

Panorama – Affaire Mapouro – Bamkoui

 

I- Ordonnance de renvoi

Le juge d’instruction N°2 a retenu contre le Chef d’escadron du Groupement de gendarmerie du Wouri des charges suffisantes pour son inculpation.

Bamkoui traduit devant le tribunal militaire

 

L’affaire du décès dans les conditions troubles de l’inspecteur Hervé Michel Mapouro Ndifon connaît une nouvelle avancée. Le Lieutenant colonel magistrat Hiehies Jonas, juge d’instruction N°2 au tribunal militaire de Yaoundé a clos l’information judiciaire. A cet effet, il a signé le 23 janvier 2009 l’ordonnance définitive aux fins de renvoi devant le tribunal militaire de Yaoundé du Chef d’Escadron, Bamkoui Emile Joël, 44 ans. Le juge d’instruction  a retenu le chef d’inculpation de «meurtre». Après avoir entendu plusieurs témoins et les différentes parties prenantes au dossier, le juge d’instruction conclut « qu’en l’état actuel de la procédure, plusieurs évidences et constances se dégagent, mais sans pour autant effacer tous les points d’ombre qui induisent un important questionnement ».

Parmi les points de convergence, il ressort que : - l’inspecteur de police Hervé Michel Mapouro Ndifon est décédé au petit matin du 14 novembre 2008 des suites des blessures causées par les coups de feu tirés par le Chef d’escadron Emile Joël Bamkoui. – La victime, Mapouro Ndifon était bel et bien l’amant de Mme Bamkoui, avec laquelle il entretenait des rapports adultérins depuis un certains temps et même quelques fois au domicile conjugal.  En revanche que des interrogations qui en résultent, sont de quatre ordres. Elles amènent à se demander : - Si le chef d’Escadron Bamkoui a effectivement surpris son épouse et l’inspecteur Mapouro Ndifon en flagrant délit d’adultère. – Pourquoi personne n’a suivi aucun des coups de feu tirés, ni les enfants de la maison, ni les voisins ? – Pourquoi le Chef d’escadron Bamkoui blessé à la tête n’est pas allé à l’hôpital, mais a préféré se faire un pansement par son domestique le nommé Wansi Jean Pierre alias «Lucas». – Enfin pourquoi et sur instruction de qui le domestique s’est-il empressé de nettoyer toute la maison, effaçant à l’occasion toutes les traces de l’infraction ?

Des pistes et bien d’autres que l’instruction propose au tribunal. Mais de toute évidence, seules la franchise et l’honnêteté du couple Bamkoui, qui sont les acteurs vivants de ce drame permettront de savoir ce qui s’est exactement passé cette nuit là. Toutefois à l’état actuel du dossier, ce qui est tout au moins intangible est : « La mort de l’inspecteur de police Mapouro Ndifon et la certitude de l’auteur de celle-ci, en la personne du Chef d’escadron Bamkoui », affirme le juge d’instruction dans son ordonnance définitive de renvoi. C’est pourquoi, il soutient « qu’il y a lieu en conséquence de suivre contre Bamkoui le chef d’inculpation de meurtre et d’ordonner son renvoi » devant le tribunal militaire de céans. Surtout que les frères et ayants-droit de Mapouro Ndifon, ont au nom de toute la famille, décidé de se constituer partie civile.

Au regard de tout ceci, le juge d’instruction constate tout simplement qu’il s’agit des charges suffisantes contre Bamkoui Emile Joël. D’autant que ce dernier a dans la nuit du 13 au 14 novembre 2008, causé la mort de Mapouro Ndifon Hervé Michel à la suite d’un drame qui s’est produit dans l’enceinte du Camp de la gendarmerie de Mboppi à Douala.

 

II- Information judiciaire

Après avoir dessaisi le tribunal militaire de Douala du dossier pour le confier au tribunal militaire de Yaoundé, l’information judiciaire a été close au terme de 44 jours.

La version des faits retenue par l’instruction

 

C’est sur ordre d’information n°624/Mindef/0252 du 9 décembre 2008 du ministre délégué à la Présidence chargé de la défense, Emile Ze Meka que le tribunal militaire de Douala a été dessaisi à la faveur du tribunal militaire de Yaoundé. Le lendemain, 10 décembre 2008, le chef d’escadron Emile Joël Bamkoui est placé en détention provisoire à la prison militaire de Yaoundé suivant le mandat décerné le même jour par le juge d’instruction. Pourtant après le drame survenu dans la nuit du 13 au 14 novembre 2008 à Douala, il est transféré à Yaoundé le jeudi 20 novembre 2008 où il est placé sous surveillance au Secrétariat d’Etat à la défense (Sed). Pendant ce temps, une commission mixte (Commissaire du gouvernement près des tribunal militaire de Douala, l’adjoint au commandant de la légion de gendarmerie et le chef service régional de la division de la police judiciaire du Littoral) s’attelait depuis un mois à mener une enquête pour rétablir les circonstances réelles du drame. Avec la clôture de l’information judiciaire, et des documents en notre possession nous pouvons donner aujourd’hui la version quasi exacte du drame qui s’est produit dans la nuit du 13 au 14 novembre 2008. Et à la suite duquel l’inspecteur Hervé Michel Mapouro Ndifon  a succombé de ses blessures.

 

Les faits

En effet, aux environs de 22h30mns, le soir du 13 novembre 2008, Emile Joël Bamkoui s’apprêtait à se coucher lorsqu’il a été rappelé pour une intervention d’urgence, c’est alors qu’il est ressorti. C’est à son retour un peu après minuit qu’il découvre dans la chambre réservée aux étrangers son épouse couchée à côté d’un individu inconnu de lui. Les deux sont en tenue d’Adam et Eve. C’est alors que tétanisé par ce qu’il découvrait, il a tout d’abord pensé mettre cet individu aux arrêts dans l’état de nudité ou il se trouvait, mais il a été surpris par l’agressivité de son épouse et de l’inconnu dont l’intention était de s’enfuir. C’est ainsi que les deux tourtereaux engagent une bagarre contre Bamkoui qui reçoit un coup violent à la tête entraînant une blessure légère. C’est sur ces entrefaites qu’il a sorti son arme et a commencé à tirer. Estimant que l’inconnu était neutralisé, il s’est rendu dans la chambre de ses enfants pour les réveiller afin qu’il viennent constater d’eux-mêmes ce que leur maman faisait à la maison. Mais il a été surpris à on retour de se rendre compte que l’individu sur qui, il venait de tirer avait disparu et c’est après une battue tout au tour de son domicile (au camp de la gendarmerie de Mboppi à Douala) qu’il a aperçu l’amant de son épouse qui essayait de s’enfuir dans la pénombre. C’est alors qu’il a une fois de plus ouvert le feu sur lui et l’a atteint à la jambe.

 

Résultat d’autopsie

Alertés par ses bruits dans la cour de son enceint, le capitaine Romuald Agrius Noah, l’un des voisins de Bamkoui est sorti de son domicile et c’est lui qui à son tour, a fait appel au capitaine Jean Vincent Messie Ngolla, un autre voisin et aux hommes du corps de garde qui ont tous accouru vers le lieu du drame où ils ont trouvé la victime dans un bain de sang, mais encore vivant et conscient. C’est d’ailleurs quelques un de ces hommes de garde parmi lesquels l’adjudant Tanga Engolo et le Maréchal des logis chef Danielle Rachelle Olanga qui ont aidé à transporter le blessé dans le véhicule de Mme Bamkoui née Danielle Mvoune à Ekorong, une Mercedes ML. Cette dernière va toute seule conduire le blessé à l’hôpital Laquintinie où il a été reçu à 1heure 40 minutes dans un bain de sang et présentant plusieurs plaies issues par des impacts d’une arme à feu. Il a reçu les premiers soins entièrement payés par Mme Bamkoui sous un pseudonyme avant d’aller au petit matin du 14 novembre 2008 se réfugier au domicile de son oncle, le colonel d’armée de l’air Tiati sis à Bonapriso. C’est de cet exil qu’elle va apprendre le décès à 7h45mns de son amant. Une expertise médicale et une autopsie effectuée plus tard sur la dépouille ont révélé des résultats concordants.  « Mapouro Ndifon est mort des suites de choc hémorragique, après avoir reçu plusieurs balles tirées» par le chef d’Escadron Bamkoui avec son pistolet automatique Browning n°245 Pt 47875. L’arme du crime a été saisi et scellé de même que quelques étuis de munitions de 9 mm trouvés sur les lieux du drame.

Ce n’est qu’après qu’a été effectuée une fouille des habits de la victime trouvés dans la chambre. Fouille effectuée par le chef d’escadron Bamkoui et les capitaines Noah Agrius et Messie Ngolla qui a permis de se rendre compte qu’il s’agissait de l’inspecteur de police Mapouro Ndifon Hervé Michel en service au commissariat spécial de l’aéroport international de Douala.

 

Les contradictions de Mme Bamkoui

Selon le rapport du juge d’instruction, Danielle Mvoune à Ekorong épouse Bamkoui a été constante dans ses dépositions lors de l’instruction judiciaire, et confirme la version de son mari. Par ailleurs, elle avoue que son collègue Mapouro Ndifon Hervé Michel et elle entretenait des rapports adultérins depuis deux ans qui avaient souvent lieu au domicile conjugal. Elle a aussi déclaré que plusieurs membres de la famille de la victime, notamment les frères avec qui il vivait chez une membre de famille à Maképé Douala et sa petite sœur Chumoun Ndifon Marthe Laure, aujourd’hui constituée partie civile. Toutefois, le rapport indique que les confidences faites à quelques proches immédiatement après le drame sont des versions complètements différentes. Elle a déclaré alors à ces derniers que son mari savait très bien que son collègue dormait dans la chambre des étrangers, puisqu’elle avait préalablement obtenu sa permission et que c’est revenu aux environs de minuit et sous le prétexte qu’elle n’avait pas répondu à ses appels téléphoniques et qu’elle n’était pas allée lui ouvrir la porte qu’il a piqué une crise de jalousie et est allé réveiller l’inspecteur de police Mapouro Ndifon qu’il soupçonnait déjà. C’est dans la confusion qui s’en est suivi que son mari a sorti son arme et a commencé à tirer.

III- Inculpation

Le collège de quatre avocats que dirige Me Clémence Tchamo Mafetgo y voit un acte prémédité.

Les avocats demandent la requalification les faits

 

A la suite de l’ordonnance définitive aux fins de renvoi devant le tribunal militaire de Yaoundé, signé le 23 janvier 2009 par le juge d’instruction Jonas Hiehies, les avocats des ayants-droit de Mapouro Ndifon ont déposé le 26 janvier 2009 une requête « tendant à la requalification des faits de meurtre en assassinat ». Ils soutiennent à cet effet que : « Les circonstance de ce drame crapuleux, atteste à suffisance que celui-ci a été commis avec préméditations, en ne s’en tenant qu’aux sévices et nombre de balles reçus par la victime, tel que le laisse transparaître le corps mutilé ».

Pour le soutenir Mes Clémence Tchamo, Jeanne Gisette Mare, Ndogmo Tapet Thérèse et Tcheugueu Louis Bernard, conseils de la partie civile, affirment que l’inspecteur de police Mapouro Ndifon collègue de Mme Bamkoui s’était rendu au domicile du couple Bamkoui pour le retrait de sa caisse de Whiskys que cette dernière avait retiré pour lui au Free shop de l’aéroport international de Douala. D’ailleurs que «les investigations menées à l’aéroport ont établi qu’effectivement ce jour, Mapouro Ndifon avaient acheté au Free shop des whiskies. Ces whiskies se trouvent sous scellés et en disent plus». Que par la suite elle a déclaré à d’autres endroits que «son époux  ayant trouvé le défunt au salon l’a entraîné délibérément dans une chambre de leur maison, l’obligeant de se déshabiller sous la menace de son arme. Et l’a torturé avant de tirer plusieurs fois sur lui».

Avant de faire remarquer que : « Sieur Bamkoui a déversé ces balles sur le défunt pour des raisons qu’il mijotait depuis belle lurette et qu’il ne lui restait plus qu’une occasion propice pour mettre en œuvre sa résolution de le tuer ». Parce que l’intention de donner la mort à l’inspecteur de police Mapouro Ndifon était antérieure à l’acte criminel, et qu’il avait de la détermination à réaliser cet acte.  

Une bataille juridique importante, même si le code pénal dans le cas du délit d’adultère n’accorde pas au cocufié agresseur des circonstances atténuantes. D’autant plus que la loi camerounaise punit le crime même qualifié de passionnel. Et n’accorde que des circonstances atténuantes qui laissent à l’appréciation du juge d’alléger ou non la peine. Seule une circonstance absolutoire annule complètement l’infraction. Ce qui est loin d’être le cas dans ce délit. Soutiennent les avocats

Mathieu Nathanaël NJOG, article publié dans Le Messager

Par Njognath - Publié dans : Société
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