Société – Mouvement social
Douala
Depuis le mercredi 28 janvier 2009, les employés de Douala sont en débrayage.
Même la rencontre tripartite du mardi 27 janvier avec Mme Edjangue, le délégué provincial du travail et de la sécurité sociale n’a émoussé la détermination du personnel. Lancée par le personnel du Matgenie de Yaoundé depuis lundi 26 janvier 2009, celui de l’agence de Douala a pris le relais depuis le mercredi 28 janvier. Jusqu’à vendredi 30 janvier 2009, le personnel poursuivait la grève en barricadant le portail principal avec deux engins placés de par et d’autre du portail. Devant la grille principale une kyrielle de pancartes sur laquelle est écrite les complaintes des employés. «Nos bailleurs nous expulsent des maisons, confisquent nos biens. Nos femmes nous quittent, nos enfants et nous n’avons plus d’avenir». Tout ceci parce que les employés réclament neuf mois d’arriérés de salaire, 17 mois d’arriérés de locations familiales ; pas de congés établis, ni bénéficiés et ni payés ; des temporaires qui gardent leur statuts depuis 15 ans au mépris de la loi ; pas de bulletins de paie même pour les mois déjà. Des carrières compromises à cause des méthodes autoritaristes d’avancement. «Il a été décidé que tout le monde (les bons et les moins bons) avance après quatre ans », dénonce Félicien Mekodo, délégué du personnel.
Pour les délégués du personnel, ils ne sont pas en grève, mais ils essaient d’attirer l’attention de l’opinion publique «Sinon nos créanciers, les responsables d’établissements et nos bailleurs,…ne comprendraient pas que nous n’honorions pas nos créances », affirme Mme Monique Ahanda, délégué du personnel. C’est pourquoi, ils ont opté pour le service minimum. «Nous sommes conscients du fait que nous ne devons pas tout paralyser car il y a des charge incompressibles. Seulement, mercredi, nous avons reçu un client pour la location d’un engin, le devis a été établi à 1,5 millions Fcfa, le chef d’agence a refusé qu’elle soit exécutée», dénonce Monique Ahanda. L’accusé s’inscrit en faux. «En bloquant le portail et en fermant mon bureau, est-ce que c’est cela les conditions du service minimum ? », s’interroge Tachedjou,le chef d’agence. Avant d’ajouter «Pour la location des engins, les délégués veulent s’arroger de mes prérogatives et gérer la location eux-mêmes. Une démarche à laquelle je ne souscris pas parce que aucun d’eux n’en répond devant la hiérarchie. Par le passé dans les mêmes conditions, il y a eu un précédent, les délégués ont distrait l’argent de la location et ils ont été licenciés ».
Mais le Matgenie est confronté à un réel problème de déficit qualitatif et quantitatif de son parc de matériels. L’agence de Douala ne compte plus que de manière opérationnelle : un compacteur, une niveleuse, une pelleteuse, un camion citerne et un porte-char. Pourtant l’Etat avait dans sa politique de réhabilitation, entrepris un partenariat avec la Chine qui devait permettre de remettre à flot cette entreprise avec un rééquipement en matériel de pointe. Une équipe chinoise a fait le tour des unités du Matgenie du Cameroun en mars 2008. Par la suite, les dirigeants du Matgenie avaient la charge de le mener à bout, ils ont effectué deux missions en Chine qu’ont conduit respectivement le Directeur général et le directeur technique. Et jusqu’à ce jour rien ne se profile toujours à l’horizon. Ce qui fait soupçonner les employés que le projet aurait capoté
17 ans de crise sociale
Cette crise date depuis 1991 lorsque le pays est secoué par la crise économique. Et pour cause, dans sa mission « d’acquisition, de maintenance et de location du matériel» de génie civil, l’Etat, l’unique client devait une ardoise de 14 milliards Fcfa. Malgré tout, il y a eu des éclaircis avec le paiement de cette dette par des ordres de paiement. Il y a aussi eu avec le boom des chantiers d’entretien routier qui ont permis des entrées intéressantes puisque l’Etat avait libéralisé la location des engins, ce qui avait permis aux entreprises privées du secteur de se référer au Mategnie. Ce qui avait alors permis à l’ancienne équipe dirigeante d’instaurer le paiement hebdomadaire de 10% des arriérés de salaires. Ce que la nouvelle équipe dirigeante nommée en 2006, avec à comme directeur général Jean-Marie Takam, a supprimé depuis mai 2008. Et la majorité des employés (soit 22 permanents, 16 temporaires) sont convaincus que cette situation de crise sociale va en l’encontre de la politique de réhabilitation lancée par l’Etat depuis trois ans. Notamment, lorsque l’Etat décide de rendre autonome le Matgenie et débloque des appuis financiers qui permettent de payer par échelonnement huit mois d’arriérés de salaire sur les trois dernière années. Ce qui avait permis de ramener les arriérés à trois mois. Mais aujourd’hui le Matgenie en remontant à neuf mois est retombé dans ses travers, ce qui inquiète les employés. « Nous n’avons pas d’avenir…Le Matgenie est dans l’étau de la mafia sauvez-vous !»
Mathieu Nathanaël NJOG
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