Dossier : Rentrée scolaire 2008
Réalisé par Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 10-09-2008
1- Problématioque des recrutements
Chaque début d’année scolaire est aussi la période où s’installe dans les établissements publics une bourse de valeur des marchés financiers des recrutements des nouveaux élèves. Une lapalissade puisque c’est l’occasion ou jamais pour les proviseurs des lycées et directeurs des Ces de s’en mettre plein les poches. Mieux, d’amasser un petit trésor. Coïncidence étrange, c’est aussi le moment où certains engagent les nouveaux chantiers, ou remettent à flot les chantiers longtemps abandonnés. Comme on dit dans le jargon du transport aérien, c’est la haute saison. Celle où la demande est plus importante que l’offre. La majorité des parents, nantis ou démunis, cherchent avidement une place dans les établissements scolaires publics pour leurs enfants. Ils sont, s’il le faut, prêts à payer le prix. Nombreux sont ceux qui, sachant le niveau réel de leurs enfants ou voulant mettre en valeur leur position sociale, évitent de se soumettre à la procédure réglementaire en vigueur : Passer par voie de concours ou d’étude de dossier.
Ils investissement les bureaux des proviseurs de lycées et directeurs de Ces, favorisant la spéculation des recrutements. Pratique en violation flagrante des instructions ministérielles. Pour préserver la discrétion, les chefs d’établissements ont mis en place un réseau bien huilé. Donnant lieu à des activités parallèles qui ont pignon sur rue, à l’instar des intermédiaires ou rabatteurs qui ont la charge d’écumer les quartiers pour chercher la clientèle. Ce à quoi se livrent aussi les enseignants pour arrondir les fins de mois. Il y a aussi des arnaqueurs qui prospèrent en cette période. Le marché s’annonce plus propice cette rentrée avec les effectifs qui sont revus à la hausse : 34.000 élèves supplémentaires dans l’enseignement secondaire dans la province du Littoral. Les effectifs passent selon la délégation provinciale du Minesec de 263. 000 l’année scolaire 2007/2008 à 297. 000 élèves cette année scolaire 2008/2009.
Dans ce capharnaüm, les phénomènes de corruption, d’arnaque et bien d’autres abus tissent allégrement leurs toiles. Les parents d’élèves sont tondus comme des moutons. Les prix sont différents entre les classes de 6ème, 1ère année et seconde qu’on dit à prix d’or, 100.000 Fcfa et les classes intermédiaires dont les prix varient entre 50.000 et 80.000 Fcfa. Laissant impuissantes les autorités compétentes chargées de réprimer. Bien entendu dans ce poker, il y a des heureux, mais aussi des victimes qui ont le malheur de ne pas tomber sur le bon intermédiaire. C’est ainsi que prospèrent de faux enseignants, enseignants véreux, faux rabatteurs, qui en profitent pour extorquer de fortes sommes d’argent à certains parents d’élèves. Il ne fait aucun doute qu’en cette période si les organisations spécialisées dans la lutte contre la corruption s’activent à établir le baromètre des institutions les plus corrompues, le secteur de l’éducation remporterait la palme d’or. Même si les ministres en charge de l’éducation nationale, aussi bien de l’enseignement de base que secondaire ont pris des instructions ministérielles pour éradiquer le mal, mieux atténuer le phénomène. , il faut dire qu’au regard des proportions prises, ce n’est pas demain qu’on y mettra fin. Les paroles ne suffisent pas, il faut des actions coercitives fortes. Cette bourse des valeurs du marché financier des recrutements profite, apprend-on, aussi aux personnes les moins insoupçonnées. Notamment dans la haute hiérarchie. Une tradition qui s’est suffisamment enracinée au point de s’institutionnaliser.
Avec l’ouverture officielle des recrutements, depuis hier mardi 9 septembre, Le Messager lève un coin de voile sur les tendances du marché 2008-2009, qui alimentent déjà les conversations dans les chaumières.
2- Recrutement en 6ème, 1ère année et seconde
Ce sont des classes où les recrutements arbitraires sont proscrits parce que réglementés. La réalité est tout autre sur le terrain. La corruption ayant fait son lit.
La chasse gardée des chefs d’établissements
Nous sommes au mois de juillet 2008, le concours d’entrée en classe de 6ème a délivré son verdict depuis des semaines, le Certificat d’étude primaire (Cep) aussi. La veuve T. Florence a des soucis pour assurer la scolarité de ses trois enfants. Sa fillette de 11 ans a réussit au Cep et a échoué au concours d’entrée en 6ème. Cette année, elle devra supporter la scolarité de deux enfants au collège privé si rien n’est fait. Elle fait recours à un professeur de lycée en fonction au lycée bilingue de Déido. «Pour les cas des enfants de 6ème c’est la chasse gardée du proviseur, mais si c’est pour une autre classe, il n’y a pas de problème », confie le professeur à la veuve. Toutefois, le professeur promet de fureter pour dénicher le bon réseau du proviseur, sinon de voir avec ses collègues des autres lycées.
Ce n’est pas évident, les chefs d’établissements publics sont sur la sellette avec les instructions ministérielles qui recommandent de ne pas effectuer le moindre recrutement avant le 9 septembre 2008. Ils se montrent plus ou moins hermétiques. Finalement, un bon filon sera trouvé au Cetif d’Akwa où grâce à un professeur, une place en classe de 1ère année a été achetée pour la fillette. Montant de la transaction 100.000 Fcfa. Soulagement tout de même pour la veuve, même si le prix semble élevé. La veuve est rassurée pour les quatre prochaines années, elle n’aura plus à faire face aux soucis de scolarité. Il faudra pour cela que la fillette ne soit pas renvoyée.
Bluff et procédures réglementaires
Plusieurs autres parents sont prêt à débourser la même somme, sinon un peu plus, pour décrocher une place à leurs enfants dans ces classes particulières. Lors de nos descentes dans les lycées, les informations concordantes des enseignants et parents font état de ce que le Cetif d’Akwa n’est pas l’apanage de ce genre de pratique. Certains lycées de la ville de Douala ont même la réputation établie en la matière, malgré la circulaire ministérielle que les responsables ont distribuée dans ces établissements publics. Au lycée technique de Douala-Koumassi on peut lire sur ce document : « Le proviseur seul procède au recrutement des élèves. Alors faites attention ». Une mise en garde qui confirme les pratiques d’arnaque qui ont court en cette période et qui entraînent souvent des plaintes à l’encontre des professeurs indélicats, mais aussi des inconnus qui se font passer pour les hommes de l’ombre des chefs d’établissements.
Si pour les classes de 6ème et 1ère année, les recrutements se font pour la majorité des cas sur concours officiel, pour les classes de seconde, la réglementation en vigueur laisse la latitude aux chefs d’établissements publics d’organiser en interne des concours ou des recrutements par étude de dossiers. Notamment pour les lycées techniques et les lycées classiques qui ne disposent que de second cycle. Dans la ville de Douala le jeudi 4 septembre 2008 a été consacré soit au concours, soit aux assises des conseils de recrutements. C’est le cas dans les lycées techniques de Douala Koumassi et de Douala-Bassa, et lycée polyvalent de Bonaberi où les candidats ont été soumis au concours le même jour.
Cas de figures
Au lycée bilingue de Déido après avoir limité le dépôt de dossiers au 3 septembre, le jeudi 4 a été consacré aux assises du conseil de recrutements où siégeaient un représentant des élèves, et un autre des parents des élèves pour garantir la neutralité. «Nous avons estimé que le conseil de recrutement est plus rassurant que le concours et nous dispense de la pression de la correction et de la délibération », affirme Isidore Sylvain Bitchoka, censeur N°III et par ailleurs président de la cellule anti-corruption de ce lycée. En fonction des places disponibles, les postulants venant des établissements publics devaient avoir une moyenne de 11sur 20, ceux des établissements confessionnels 12 sur 20 et ceux des collèges laïcs 13 sur 20. «Que ce soit un protégé de l’enseignant, du censeur, du proviseur, de l’homme politique, tous les cas sont passés devant ce conseil présidé par le proviseur et sous la vigilance du président de la cellule anti-corruption », soutient Bitchoka. Pourtant les professeurs de cet établissement avouent qu’ils ont obtenu du proviseur une place inaliénable.
Tout compte fait, qu’ils soient issus des recrutements par concours ou par étude de dossier, ces deux procédures ne peuvent être crédibles que si ceux qui en ont la charge, font preuve d’intégrité. Il y a des faux bulletins qui ne garantissent pas toujours ce travail et les dossiers dits recommandés des autorités et ceux parrainés par les collègues. Bonjour les effectifs pléthoriques !
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