Morgue Hôpital Laquintinie deDouala
En huit mois, la morgue de l’hôpital Laquintinie comptabilise soixante deux corps en attente de sépulture.
Depuis le 6 juin dernier, le directeur de l’hôpital Laquintinie de Douala a signé un communiqué d’appel aux familles dont les corps sont abandonnés à la morgue de cet établissement sanitaire. Ils avaient jusqu’au 17 juin 2008 dernier pour venir les retirer sinon la direction de l’hôpital menaçait de remettre ces dépouilles aux services compétents pour inhumation dans une fosse commune. «En Afrique, on ne conçoit pas qu’une famille n’inhume pas son parent décédé. C’est la seule manière de lui rendre un dernier hommage. On a beau aimer le cadavre en Afrique avec les rites et les cérémonies funéraires qui vont avec, mais on l’enterre», commente E. Valerie Nkeng, un anthropologue.
De plus en plus pourtant, le phénomène d’abandon des corps prend des proportions inquiétantes. « Il s’agit pour la majorité des cas d’une incapacité pour les membres de famille de pouvoir s’acquitter des factures souvent astronomiques », affirme un major en service à hôpital Laquitinie. Là est le nœud du problème car le communiqué ne précise pas si les retraits sont gratuits. Sur les soixante deux dépouilles en souffrance à la morgue de l’hôpital laquintinie de Douala (Hld), entre novembre 2007 et juin 2008, trente deux corps ont été abandonnés par les familles démunies. «Malgré tous les moyens de sécurité mis en place, les usagers usent de toutes les subterfuges pour se soustraire de la vigilance du personnel», déclare un responsable de l’hôpital. Quant à leur provenance, trente huit corps sont venus de l’extérieur, vingt trois personnes sont décédées dans les différents services de la Hld, et une est décédée à domicile.
La trace des « émeutiers »
Parmi les trente huit corps venus de l’extérieur, un a été déposé par une personne identifiée, sept par des personnes non identifiées et vingt huit ont été déposés par les différents corps en tenue (9 proviennent de la prison centrale de Douala, 7 de la police judiciaire, 7 des sapeurs-pompiers, 6 des brigades de gendarmerie, 1 du commissariat du 3ème). Si pour les sapeurs-pompiers et les brigades de gendarmerie (Maritime, Dibombari et New-Bell) leurs corps sont considérés comme étant issus pour la plupart des ramassages des macchabées retrouvés dans la rue ou dans les accidents, en revanche ceux provenant de la prison centrale de Douala et de la police judiciaire peuvent laisser penser que ces deux institutions sont des mouroirs. Surtout qu’entre janvier et avril 2008, huit prisonniers sont décédés dans ce pénitencier et un pendant ses soins à la Hld.
Par ailleurs, sur les soixante deux corps à l’abandon à la morgue de l’hôpital Laquintinie de Douala, vingt quatre corps sont non identifiés et les âges varient entre 25 et 50 ans.
Parmi ces décédés, onze proviennent de l’extérieur dont huit ont été déposés par les différents corps en tenue. D’autre part, on dénombre six cadavres de nouveaux nés et deux fœtus dans cette liste. Les parents de quatre bébés sont identifiés et trois de ces parents ont abandonné les corps en salle d’accouchement ou en pédiatrie et un a abandonné le cadavre de son bébé après l’avoir déposé à la morgue. Trois autres corps sont d’origine externe et deux déposés par des sapeurs-pompiers. Dans l’ensemble, l’âge, la date de décès (après fin février) et le service de soins où certaines de ces personnes sont mortes laissent croire qu’une dizaine de corps seraient les victimes de la répression armée intervenue lors des soulèvements de fin février 2008.
Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 23-06-2008
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