Grâce présidentielle - Prison centrale de Douala
La deuxième vague de 48 jeunes condamnés dans le cadre des soulèvements de la dernière semaine de février a été libérée du pénitencier de New-Bell.
Tsana Falerice, est le brave jeune qui a lu l’allocution au nom de ses camarades de la prison centrale de Douala, le lundi 16 juin dernier lors de la célébration de « La journée de l’Enfant africain ». Agé de 15 ans, cet élève de l’Institut polyvalent Nanfah a perdu son année scolaire, après sa condamnation à la suite des procès des personnes arrêtées lors des soulèvements sociaux de fin février 2008. Comme si cela ne suffisait pas, il ne peut pas bénéficier de la grâce présidentielle accordée aux personnes condamnées dans le cadre des soulèvements de fin février 2008. Et pour cause, il fait partie des 245 condamnés qui ont interjeté appel. «L’avocat nous a dit de ne pas nous inquiéter, il s’occupe de la gestion du dossier », affirme Falerice Tsana. Depuis lors, c’est avec impatience qu’il attend de sortir de ce milieu carcéral infecte. C’est désemparé qu’il regarde la deuxième vague de 48 autres jeunes gens condamnés dans le même cadre bénéficier de leur liberté. « Il font partie des 221 condamnés qui sont concernés par la grâce présidentielle. Leurs parents se sont acquittés des amendes. Plusieurs sont encore là faute de s’être acquitté des dommages et intérêts », souligne Joseph Tsala Amougou, le régisseur de la prison centrale de Douala.
Pendant qu’il est dans son bureau, un de ses collaborateurs vient s’enquérir de la conduite à tenir, car, il est assailli par des avocats. Ces derniers ne cessent de multiplier les dépôts des décharges des lettres de désistement de leurs clients adressées au greffier de la cour d’appel. Le régisseur semble embarrassé devant cette sollicitude. « Il ne me revient pas de décider de ces cas. Le parquet est seul habilité à apprécier si le désistement cadre des ordonnances du 20 mai 2008 accordant ces remises de peines », indique Tsala Amougou. Mais pour le sous-préfet de l’arrondissement de Douala IIème, Mohamadou Bachirou, les avocats essaient tout simplement d’éconduire les responsables de la prison centrale de Douala. « Ils savent mieux que quiconque que la loi n’est pas rétroactive. Et qu’à ce titre, ceux des personnes condamnées et qui ont fait appel ne peuvent pas bénéficier de cette grâce présidentielle si elles n’avaient pas désisté avant la signature de cette remise de peine », soutien Mohamadou Bachirou. Il va poursuivre:« A l’état actuel de cette situation, seul le juge en appel qui a la charge d’apprécier, peut essayer de voir la volonté politique affiché pour déclarer leur libération ». Avant de conclure de manière ironique : « Personne d’autre ne peut prendre sur ses petites épaules fragiles une telle responsabilité».
Rappelons que sur les 576 jeunes gens traduits devant les tribunaux de premiers instances de Bonanjo et Ndokoti, 110 ont été relaxés lors des audiences et 221 condamnés bénéficient de la grâce présidentielle. Et à ce jour 99 attendent toujours d’être élargis, dès qu’ils vont s’acquitter des dommages et intérêts.
Mathieu Nathanaël NJOG
Le Messager du 17-06-2008
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