Société – Au Palais
Le Tribunal de grand Instance de Douala statue depuis neuf mois sur une affaire de trafic maritime. Trois marins ukrainiens et trois piroguiers camerounais impliqués. L’audience du mardi 27 mai 2008 a débouché sur une nouvelle évolution.
Gorbach Alexis, Miltako Dimitro et Milko Alexandro, trois marins ukrainiens viennent d’être mis en liberté par le tribunal de grande instance (Tgi) du Wouri après 9 mois de détention préventive à la prison central de Douala. Ils étaient accusés de coaction de vol aggravé avec trois autres piroguiers camerounais. Il s’agit de Nkongo Isaac, Doumbe Emmanuel Blaise et Nyamsi Essomé André qui attendent toujours d’être fixés sur leur sort. Le Tgi siégeant en matière criminelle, le 27 mai 2008 a statué sur la qualification des faits reprochés aux six prévenus. C’est ainsi qu’après confrontation des prévenus et plaidoiries des conseils des marins ukrainiens, le juge a concédé la non culpabilité de ces derniers pour faits non établi. En revanche, pour les trois autres prévenus camerounais, les faits ont été requalifiés en coaction de recel aggravé et l’affaire est renvoyée pour le 3 juin prochain pour la plaidoirie de la défense des trois piroguiers camerounais. Le procureur de la république a requis l’application de loi, soit 10 à 20 ans d’emprisonnement ferme.
Mais déjà, la libération des ukrainiens dans cette affaire suscite des commentaires malveillants. Pour Me Soppo Sandrine, l’un des avocats des marins ukrainiens, il a été la non culpabilité de ses clients dès lors que leurs supposés complices ont affirmé ne pas les reconnaître. «Nous disons que nous ne pouvons pas les identifier, car il était à 50m de haut, mais nous savons qu’il y avait trois blancs. Et la descente de la compagnie de gendarmerie du port a effectivement interpellé les trois matelots blancs qui ont travaillé cette nuit là », réplique Doumbe. Pour les proches des prévenus camerounais, cette libération ne se justifie pas. « On aurait compris s’ils étaient admis à comparaître libre, mais pas jusqu’à déclaré purement et simplement leur non culpabilité avant que l’affaire n’entre dans le débat au fond », s’indigne une soeur.
Les faits
L’affaire remonte à la nuit du 4 au 5 août 2007. Trois piroguiers sont pris en location à Akwa-Nord pour aller décharger nuitamment et illégalement les pneus de voitures d’un bateau de la société maritime Delmas à quai au niveau de Marina présence dans les eaux du port. Des européens et africains qui se trouvent sur le bateau s’emploient à l’aide des cordes à descendre les pneus sur une hauteur de 50m. 30 roues sont frauduleusement déchargées. Au moment d’effectuer le premier tour de livraison, l’embarcation est interpellée par la brigade marine. « Pas du tout. C’est nous qui nous rapprochons de l’embarcation de la brigade marine pour solliciter un ravitaillement en carburant. Faute d’argent, celui qui nous a réquisitionné rejoint l’embarcation de la brigade marine pour aller récupérer l’argent auprès du patron qui attendait du côté d’Alpicam à Bonabéri», raconte les piroguiers.
C’est alors qu’entre en scène les éléments de la compagnie maritime qui interpellent les occupants de la pirogue qu’elle conduit à leur base avec toute la marchandise. Curieusement, cette intermédiaire ne réapparaîtra. Par la suite, la compagnie maritime fait une descente dans le bateau et met aux arrêts les européens qui ont travaillé dans le bateau cette nuit. En compagnie des piroguiers, ils sont alors déférés devant le parquet el 29 août 2007. Lors de l’audience du 6 mai 2008, Me Kengoum Célestin, avocat international, tout en déclarant le tribunal incompétent, révèle que tout porte à croire que le commanditaire de ce trafic maritime était l’importateur qui voulait se dérober de la douanes des marchandises non déclarées qui se trouvaient en supplément dans son container. D’ailleurs, ni la société Delmas, ni l’importateur ne se sont constitués en partie civile. Le représentant de la société Delmas, comparaissant comme témoin a d’ailleurs reconnu que sa société a déjà dédommagé l’importateur.
Mathieu Nathanaël NJOG
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