26 mai 90 – 26 mai 08
Grandeur et servitudes
Le principal parti de l’opposition traverse depuis quelques années une crise de croissance. Le capital de confiance aussi a pris un coup.
« Suffer don finish », traduction, « la fin de la souffrance » est proche. Ainsi avait-on finit par transposer la définition du Sdf (Social democratic Front) pour en faire le cri de ralliement. En plein avènement du retour au pluralisme politique, quarante ans après, le Sdf avait porté tous les espoirs d’un peuple avide de changement… de régime. Ce qui avait susciter avec le charisme d’alors de son leader, Ni John Fru Ndi, une forte adhésion populaire. Les meetings politiques étaient très courus par une marée humaine qui voyait en son chairman le messie et au Sdf, mieux qu’un parti, la chapelle religieuse par laquelle le salut arriverait. En moins d’un an, le parti qu’on avait tôt fait de réduire en parti régional, notamment anglophone, prend une dimension nationale, avec une imposante implantation sur la quasi-totalité du pays. Une exception dans l’opposition camerounaise. Les speeches du Chairmain, mieux ses prêches, faites en «pidding» n’avaient rien d’académique. Incisifs, ils se résumaient à fustiger le pouvoir et à décrier les maux d’une société à la dérive. «Biya must go!», « Don’t tchop soya !», «We go cash Biya, we go Kill him ! »,…dépourvus de programme politique.
Cette adhésion est traduite par les premières élections multipartistes. Notamment lors des élections présidentielles de 1992. Il ne fait pas de doute dans l’imagerie populaire que le candidat de l’opposition « radicale» qui était le Chairman l’avait remporté. Le peuple remet cela aux élections législatives de la même année. Malgré le boycott du Sdf, le peuple avide du changement, s’exprime par un vote sanction qu’il transpose sur les autres partis de l’opposition en course. L’Undp, l’Upc, le Mdr raflent les 2/3 des sièges à l’assemblée nationale. Tout le monde s’accorde pour dire que la participation du Sdf aurait entraîné une victoire plus éclatante encore. Le Sdf a failli payer cher sa politique de la chaise vide. Heureusement, les trois partis d’opposition majoritaires de l’assemblée nationale pendant cette mandature vont se compromettre avec le pouvoir. Ce qui vaut au Sdf, un rachat et une cote de confiance encore plus croissante.
Quel avenir ?
Lors des élections législatives et municipales de 1996, le peuple se remobilise pour rééditer l’exploit de 1992, mais alors le régime déploie l’artillerie de fraude. Malgré tout, le Sdf matérialise alors son leadership au sein de l’opposition en remportant une soixantaine des sièges et une quarantaine de mairies à travers le pays, contrairement aux autres partis d’opposition qui grappillent des écharpes de députés et de maires dans leurs bastions régionalistes. Ce qui fait du Sdf, la deuxième force politique après le Rdpc.
Malheureusement, l’occupation des sièges de députés et de maires est diversement appréciée au sein du parti. L’issue laisse sous la cendre, couvé le feu. Surtout que dans plusieurs cas, les consultations démocratiques de la base ne seront pas respectées pour faire valoir les critères spécieux d’équilibre sociologique. Plusieurs langues dénoncent, des marchandages. «Quand le Sdf est entrée pour la première fois à l’Assemblée nationale et dans les mairies, on a découvert que 90% de personnes qui sont venues militer dans ce parti qui avait pour credo la libération, le changement, la transparence et l’égalité de chance, le faisaient pour leur ventre.», affirme Martin Fon Yembe, ancien président provincial du Nord-Ouest.
Ce climat va fertiliser un champ de frustrations qui débouche sur le clanisme, la balkanisation du parti. Ce qui entraîne les démissions, les exclusions à la pelle, avec l’application de l’article 8.2, qui n’est autrement perçu que comme une guillotine. «Lorsque vous avez sur une position contraire à la hiérarchie, on vous traite de déstabilisateur et on vous passe à la guillotine du 8.2», dénonce Fon Yembe. C’est ainsi que naîtra des factions intéressées et même tribalisées. Tels que les « Founding fathers ». Confortant par la même le Chairman du Sdf comme un gourou. Le combat radical pour le changement prend du plomb dans l’aile. Si le Sdf reste, le principal parti de l’opposition, il ne fait aucun doute que le capital de confiance s’est « considérablement » effrité. Il ne porte plus les aspirations de tout un peuple qui est épris par le changement. « La vision et les missions du Sdf ont été détournées par des gens qui au sommet du parti tirent des dividendes pour leur propre compte», déclare un militant, avant d’ajouter : « Le Sdf est parasité, envahi par un cancer qu’il faut absolument sectionné. Pour qu’il renaisse de ses cendres ». Au moment de célébrer ce dix huitième anniversaire du Sdf, l’avenir de ce parti suscite de sérieuses interrogations. « Pour que le Sdf redevienne le grand parti des années 90, il a besoin d’un nouveau et dynamique leadership », conclu-t-il.
Mathieu Nathanaël NJOG
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