Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 23:12

Crash Kenya Airways

Les habitants espéraient voir cette bourgade marécageuse tirer profit de cet évènement malheureux pour sortir de son désenclavement. Il n’en est rien.

 

Ils sont loin les souvenirs du 18 mai 2007 lorsque la mangrove de Mbanga Pongo accueille une cérémonie interreligieuse en mémoire des 114 personnes mortes dans le crash du vol KQ 507 de la Kenya Airways. A cette époque le comité d’organisation déploie un chantier pour rendre accessible la zone. La voie y menant subit des travaux de reprofilage. L’espace d’un instant les habitants se réjouissent. La quasi-totalité des membres du gouvernement avec à leur tête le Premier ministre est présente. « On pense même qu’à quelque chose malheur est bon ». Depuis lors plus rien. Le reprofilage n’a pas tenu longtemps. Les 5 km de route en terre se sont encore fortement dégradés, jonchés par une vingtaine de nappes d’eau qui coupent la route. 

Motocyclistes et automobilistes s’y embourbent régulièrement. L’étendu de parcelle sablonneuse où a eu lieu la cérémonie interreligieuse est resté une carrière où les jeunes creusent au quotidien du sable fin. Mais plus que par le passé une grande activité champêtre bat son plein. Les gens ont acheté d’importantes parcelles au point qu’on assiste régulièrement à des litiges fonciers. «Il y a une semaine un adjudant et un colonel de notre armée  se sont affrontés à la machette pour cette parcelle là », raconte le jeune Ndongo. Un des deux belligérants était sur les lieux lors de notre passage vendredi 2 mai 2008. Il marquait son territoire en mettant sous terre des pieds de plantains. «Depuis le crash, il y a eu un boom foncier ici. Les gens se sont précipité à acheter de grande étendu de terrain. Moi même j’ai un 75m2 », affirme-t-il.

 

Vestiges du crash

Quelques maisons en matériaux provisoires qui étaient en chantier à l’époque sont déjà habitées. La baraque servant de poste de gendarmerie qui y était installé à l’entrée de la mangrove qui mène au lieu du crash pendant les travaux de remonter de la carlingue est à l’abandon. L’herbe a repoussé de plus belle dans cette mangrove et l’accès est encore plus difficile. C’est à un véritable parcours de combattant qu’il faut se livrer en compagnie de quelques pisteurs pour retrouver le chemin. Pour autant cette forêt n’est pas du tout abandonnée. Les chasseurs continuent de mener leur activité et les exploitants amateurs du bois y mènent un abattage sauvage. Les vrombissements permanant des scies à moteurs témoignent de l’intensité de cette activité. « On sort des planches et des lattes mais aussi du bois de chauffage », déclare le jeune Mme Rodrigue Aristide Noukeu, épouse Boneyo. Cette exploitant mener cette activité depuis huit ans et il y a seulement quelques mois qu’elle explore la mangrove de Mbanga Pongo.

Après avoir pataugé dans la boue de cette piste parsemée ronces, de fourmis et d’obstacles, dans une austérité et anxiété permanente, trente minutes de marche plus tard on arrive sur le lieu du crash. Un espace toujours clairsemé par l’impact de l’écrabouillement de l’aéronef. Un sol boueux et remué par les hommes qui cherchaient avidement les trésors des passagers. Où encore des débris d’avions, des morceaux de tissus, des ossements humains, des bagages et surtout ce cratère qui  a pris la forme d’un lac suffisent pour indiquer l’ampleur du drame. A côté un réacteur à l’abandon que les badauds et ferrailleurs ont trituré pour obtenir autant qu’ils ont pu quelques pièces. Même s’il reste dangereux sur le plan environnemental, les odeurs pestilentielles dégagées par la putréfaction des débris de corps parsemés et enfouis dans la boue ont disparu. Mais désormais, les jeunes badauds du coin y font la loi. «Les fumeurs de chanvre sont régulièrement installés aussi bien à l’extérieur que dans la forêt. Ils recalent systématiquement le droit de brousse. Si vous ne vous exécutez, ils vous dépouillent et peuvent même vous exécuter ».

Une conséquence de l’abandon des pouvoirs publics. «On nous a longtemps fait croire que ce lieu serait viabilisé et transformé en site touristique. Mais depuis là on n’a plus vu une seule autorité administrative ou municipale », déplore Soko, un habitant, avant d’ajouter « Il y a deux semaines que nous avions vu la Crtv et les gens de Kenya Airways ici. Les rumeurs ont alors laissé entendre qu’il se préparait une cérémonie commémorative. Mais on se rend compte que c’était que du vent ».

Mathieu Nathanaël NJOG

Par Njognath - Publié dans : Crash Kenya Airways
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