Vox pop
Moundiyipa Ibrahim, cadre de développement et administrateur de sociétés ; 43 ans
Ce qui est sûr, le Cameroun est un Etat de droit. De ce fait aucun Camerounais n’est au-dessus de la loi et ne doit jouir d’une immunité qui l’absout de répondre des éventuels actes ou exactions posés de son vivant, soit-il le président de la république.
Mais je pense que pour l’essentiel que toute révision devrait plutôt aller dans le sens de la recherche du bien être social et la préservation de la paix de tous. Mais la réalité montre bien que le centre d’intérêt était ailleurs. Toutes les tractations qui ont conduit à cette modification n’ont pas tenu compte de cela. En revanche, il a été privilégié des intérêts d’un seul individu. Pourtant, dans un Etat de droit, on ne met pas en place des lois impersonnelles.
Sur le plan de la procédure de la révision de la constitution, je crois que cette loi fondamentale en elle-même prévoyait les conditions de révision. Il est question de voir si elles ont été respectées. Et c’est sur cet aspect que nous jugerons les députés de cette mandature de ce qu’ils auront fait même après leur mandat. Sur le plan sociologique, il est parfois important de faire la comparaison de nos lois par rapport à ceux des autres pays pour en tirer la substantifique qui sied le mieux à notre contexte.
Me Bena Niba Nchotu Easter, Avocat au barreau du Cameroun ; 41 ans
Cette modification dans son ensemble est une erreur très grave des élus du peuple. La loi fondamentale dit que toutes les personnes sont égales en droit et en devoir, mieux encore devant la loi. Et le président de la république, en sa qualité de premier citoyen doit donner l’exemple. En introduisant dans cette révision une immunité qui exclut toute poursuite judiciaire pour les exactions qu’il aura commis pendant son mandat témoigne toute simplement de ce qu’il se reproche des délits graves dont il est conscient des conséquences. Malheureusement ceux qui prétendent légiférer au nom du peuple, les députés pour ne pas les citer, n’ont pas tenu compte dans leurs appréciations du projet de loi de la révision constitutionnelle des préoccupations du peuple.
C’est une situation lamentable pour des gens qui prétendent parler au non du peuple. Car les gens ne peuvent pas poser des actes et chercher les moyens pour ne pas en répondre. Curieusement, ils accordent au président de la république des faveurs que lui-même ne les accorde pas. On est là dans un marché de dupe.
Ce qui est certains c’est qu’avec cette modification, le Cameroun est entrée dans une spirale de modification permanente de cette constitution. Puisque chaque fois qu’il y aura un nouveau chef de l’Etat nous allons être soumis à des modifications en fonction de ses caprices de chaque chef d’Etat. C’est dire si, la constitution qui est faite pour durer au moins 30 ans avant d’obtenir de véritable changements va devenir un instrument sans consistance qui va subir plusieurs autres modifications à l’avenir. Comme dans un moulin. Mieux un objet de peut de valeur qu’on va valoriser et dévaloriser à la guise des prochains gouvernants.
Siaka Jean Christophe, professeur de Lycée, 53 ans
C’est non évènement, c’est le moins que je puisse dire. Car on ne pouvait pas s’attendre à mieux. Dès lors que les députés qui composent l’assemblée nationale ont été élus sur les bases solides d’une fraude bien huilée. Ce sont les sous-préfets qui ont décidé à la place des électeurs, faussant les résultats sur la demande du président de la république. On se souvient qu’il avait demandé une majorité écrasante et confortable. C’était alors prémonitoire pour qu’il arrive à ses fins.
Il ne fait pas de doute qu’en introduisant cette immunité dans la constitution, le président de la république fait l’aveu de ce qu’il se reproche bien de choses dans sa gestion du pays. Notamment plusieurs morts suspects, à l’instar de ceux de Tchuidjang Pouemi, Mgr Yves Plumey, du jeune Njomo Pokam à l’hôtel Hilton, la liste est loin d’être exhaustive. Et puis en sa qualité de garant de nos vies et nos biens, il lance avec cette immunité une alerte sur l’encouragement des assassinats. C’est dire que jusqu’à ce qu’ils partent du pouvoir, il va instaurer la peur généralisée dans la société camerounaise. La situation est très grave !
Je vais vous avouer que j’avais fait pour le libéralisme communautaire mon livre de chevet, mais tout cela n’a été que de l’utopie et la réalité sur le terrain n’a été que mensonge. Au lieu de choisir de modifier la constitution, il aurait mieux fait de rétablir les salaires des camerounais qui ont été baissés de près de 75%. Contre toute attente, il a choisi la diversion en relevant de 15%. Une moquerie dont la finalité était d’appâter les camerounais et faire accepter cette révision obtenue au forceps.
Ze Messomo Moïse, Juriste ; 41 ans
Il va de soi que la modification de la constitution est de l’initiative des députés ou du président de la république. De ce fait les voies ont été respectées et la révision légitime. Le reproche qu’il y a à faire va à l’endroit des députés qui n’ont pas tenu comptes des aspirations du peuple qu’ils sont sensés représenter. Toutefois, il faut dire qu’en voulant se prémunir des exactions qu’il aura commises pendant son règne, le président de la république n’échappe pas totalement aux poursuites. Car on devra bien faire la différence entre les actes liés à sa fonction présidentielle et ceux du camerounais Biya. Je comprends les ambitions personnelles du président de la république qui sont légitimes et sommeillent en chacun de nous.
Mais je persiste que pour moi la faute revient aux députés et je veux bien comprendre la position des députés en laissant une énormité pareille être insérée dans la loi fondamentale d’un pays. Car pour moi-même la discipline du parti ne saurait justifier leurs attitudes. Car autant je trouve que l’article 6.2 de la constitution était anti-démocratique, autant je trouve que le principe de discipline du parti qu’on brandit pour justifier cette forfaiture est encore plus anti-démocratique. Ce qui m’amène à conclure que les députés n’ont pas joué pleinement leur rôle.
Propos recueillis par Mathieu Nathanaël NJOG
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