Culture – Peinture
Du 17 avril au 10 mai 2008, la galerie Keuko présente pour la première fois à Douala une exposition monographique de la prometteuse Justine Gaga.
Une vingtaine de toiles et une vidéo artistique, toutes des productions récentes meublent la galerie. L’exposition dénommée « Massoma » va y faire ses quartiers pendant semaines. Après les avoir parcouru, on est frappé par l’aspect quasi-identique de ses tableaux aux dimensions variées. Un même personnage énigmatique, ni homme, ni femme, n’étant d’aucune race précise, est placé au centre de ses toiles. Ce personnage omniprésent les hante d’un vide insoutenable. « On y perçoit comme une invite discrète mais efficace à partager, à échanger, à communiquer avec autrui », déclare un critique. Seules les couleurs et quelque peu le décor qui diffèrent. En effet d’un regard plus attentif on s’aperçoit que le personnage fréquente tous les lieux: cabines de bateaux, chambres d’hôtels, places publiques, recoins glauques, salles de banquets… avec une terrifiante indifférence, « comme s’il poursuivait avec un acharnement implacable, la quête de quelque chose qui pourrait modifier à jamais sa vie », déclare Goddy Leye, un critique.
Mais pour les observateurs cela traduit de la légèreté, pour les autres un manque d’inspiration, mais pour la plasticienne, c’est voulu. « C’est à dessein que je l’ai peint ainsi pour passer un message et pour marquer ma touche personnel. Car, je veux être moi, pas les autres, exprimer mon génie sans calquer qui que ce soit », lance Justine Gaga. Pour les professionnels, ses tableaux offrent un regard sensible et critique sur des thématiques terriblement humaines, telles que la solitude, l’exil, ou encore la quête identitaire que tout un chacun traverse un jour. Le personnage, souvent ceint d’une lumière noire ou blanche semble perpétuellement en situation, entre deux univers, soit dans un passage, soit en transition. On ne sait en effet pas s’il vient ou s’en va, s’il glisse, flotte ou marche. « On y perçoit comme une invite discrète mais efficace à partager, à échanger, à communiquer avec autrui », déclare un critique.
Une solitude heureusement contagieuse !
Depuis 2005, pensionnaire de ArtBakery, sis au quartier Bonendale à Douala, la jeune Gaga artiste plasticienne, née à Douala en 1974 a su trouver à chaque fois des solutions idoines pour suivre sa voie et, contre vents et marrées arpenter les chemins sinueux de l’expression artistique. Elle poursuit avec acharnement l’exploration de la solitude et des sujets connexes comme l’isolement, l’exil, l’éloignement, l’expulsion, l’émigration… Son œuvre pourrait avoir quelques ressemblances avec Ed Hopper dont elle a découvert il y a peu le travail. « J’ai admiré son travail et il aurait pu inspirer le mien si je l’avais connu plus tôt », avoue Justine Gaga. De même, le travail de Justine Gaga peut également être relié à celui des aînés comme Bill Kouelany et Ernest Pignon Ernest par exemple.
« Masoma », nom de baptême de cette exposition sonne comme une invitation à partager nos solitudes avec les siennes. Mais aussi à vibrer devant la beauté des formes, l’expression pure de la couleur, à ressentir une sensibilité grave, mais pleine d’espoir. Il faut dire que de par ses origines familiales et ses expériences passées, cette ancienne hôtelière et chef d’entreprise (elle a dirigé une entreprise de peinture en bâtiment), était destinée au commerce. Mais peut-on arrêter un tel flux de créativité et d’imagination ? Peut-on enfermer une telle sensibilité, fut-ce dans une cage dorée ? L’artiste a donc abandonné le confort douillet d’une vie tranquille pour plonger dans l’eau vive de l’art contemporain avec ses incertitudes génératrices d’angoisses.
Mathieu Nathanaël NJOG
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